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Statistics Mauritius

6 300 emplois créés : ça embauche, mais à quel prix ?

5 janvier 2026, 09:00

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6 300 emplois créés : ça embauche, mais à quel prix ?

Les derniers chiffres publiés par Statistics Mauritius le 23 décembre dressent le portrait d’un marché du travail en amélioration progressive au troisième trimestre 2025, avec une hausse de l’emploi, un recul du chômage et une diminution du nombre de personnes en dehors de la population active. Selon les données issues de la Continuous Multi-Purpose Household Survey (CMPHS), l’emploi des Mauriciens est estimé à 556 400 personnes entre juillet et septembre 2025. Ce chiffre marque une augmentation de 6 300 emplois par rapport au deuxième trimestre 2025 (550 100) et de 9 000 emplois sur un an, comparé au troisième trimestre 2024 (547 400). La dynamique de l’emploi profite particulièrement aux femmes, dont les effectifs ont progressé plus rapidement que ceux des hommes sur la période.

Cette amélioration se reflète directement dans les indicateurs du chômage. Le taux de chômage est estimé à 5,6 % au troisième trimestre 2025, contre 5,9 % au trimestre précédent et au même trimestre de 2024. En valeur absolue, le nombre de chômeurs recule à 32 800 personnes, soit 1 400 de moins qu’un an auparavant. Le chômage féminin affiche une baisse marquée, tandis que le taux de chômage masculin demeure stable autour de 4,2 %.

Autre signal positif : la population en dehors de la population active continue de se contracter. Elle est estimée à 402 100 personnes au troisième trimestre 2025, contre 409 800 au trimestre précédent et 411 600 un an plus tôt. Cette baisse de près de 9 500 personnes sur un an traduit un retour progressif de certains inactifs vers le marché du travail, notamment chez les femmes, dont le taux d’activité enregistre une progression notable.

Derrière ces tendances globales, le profil des chômeurs révèle toutefois des fragilités persistantes. Les femmes représentent 58 % des personnes sans emploi, contre 42 % pour les hommes. Plus de la moitié des chômeurs (55 %) sont célibataires, avec une proportion particulièrement élevée chez les hommes (73 %).

Le niveau d’instruction demeure un facteur déterminant : 46 % des chômeurs n’ont pas le School Certificate ou un diplôme équivalent et parmi eux, 3 000 personnes n’ont pas atteint le niveau du certificat de fin d’études primaires (PSAC/CPE).

La durée de recherche d’emploi reste relativement courte pour une majorité : 82 % des chômeurs cherchent un emploi depuis moins d’un an. Toutefois, près de 29 % sont des primo-demandeurs d’emploi, signe des difficultés persistantes d’insertion sur le marché du travail, notamment pour les jeunes. En effet, les 16–24 ans représentent environ 34 % des chômeurs, soit 11 100 jeunes, même si le taux de chômage des jeunes recule à 17,1 %, contre plus de 20 % au trimestre précédent.

Les données soulignent également une dimension sociale sensible : 10 % des chômeurs sont chefs de ménage et 16 % vivent dans des foyers où aucune personne n’est employée. Par ailleurs, seuls 44 % des chômeurs sont inscrits auprès de l’Employment Information Centre, ce qui pose la question de l’accès à l’information et à l’accompagnement institutionnel.

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Reza Uteem: «c’est un signe de reprise économique»

Commentant la progression de l’emploi observée par Statistics Mauritius, le ministre du Travail, Reza Uteem, y voit un signal clair de reprise économique : «Le marché du travail est en plein essor. La plupart des entreprises éprouvent des difficultés à recruter localement et ont recours à la main-d’œuvre étrangère. C’est un signe de reprise économique.» Le ministre annonce par ailleurs une modernisation des services de recrutement, axée sur la digitalisation, ainsi que des amendements aux lois du travail afin d’améliorer les conditions d’emploi, et de renforcer le bien-être physique et psychologique des travailleurs.

Reeaz Chuttoo : «Les chiffres peuvent être trompeurs»

De son côté, Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé, appelle à une lecture plus nuancée des chiffres publiés. Il s’interroge sur ce que ces données traduisent réellement sur le plan social : «Ce qui nous interpelle, c’est l’impact réel de ces statistiques sur la société. Le bureau des statistiques met les chiffres en avant, mais ne précise pas combien des emplois créés bénéficient aux Mauriciens et combien concernent les travailleurs étrangers.»

Il plaide pour la mise en place d’une employment impact analysis : «Il faut se demander si l’on ne surexploite pas la maind’œuvre étrangère.» Rappelant le principe fondamental du «decent work for a decent pay», le syndicaliste s’interroge également sur la qualité des emplois créés : «La création d’emplois s’est-elle faite au détriment des travailleurs mauriciens, de la qualité du travail, ou cache-t-elle une forme de surexploitation des travailleurs étrangers ? Les chiffres peuvent être trompeurs, car ils ne disent rien de la dégradation qualitative de l’emploi.»

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