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Une année de transition en attendant des jours meilleurs
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Une année de transition en attendant des jours meilleurs
Les derniers comptes nationaux publiés par Statistics Mauritius sont un bon point de départ pour faire le bilan de la performance socio-économique du pays pour 2025.
Premier constat : la croissance sera molle en 2025, soit autour de 3,2 % du PIB. Un léger mieux de 0,1 % par rapport aux estimations initiales. Sans surprise, les principaux moteurs de croissance sont : le tourisme avec une performance de +3,5 % réalisée notamment grâce à des arrivées record de 1 435 000 visiteurs, la finance et les assurances (+4,8 %), le global business (+3,9 %) et les Tic (+5,1 %). En revanche, les piliers traditionnels, à l’instar du secteur manufacturier (+1,5 %) et de la construction (-2,1 %) sont en net ralentissement en raison de facteurs conjoncturels comme la guerre commerciale initiée par le président américain, Donald Trump, qui a fragilisé le secteur du textile avec une épaisse brume d’incertitudes planant jusqu’à tout récemment sur le renouvellement de l’African Growth and Opportunity Act.
Globalement, le PIB en valeur nominale est calculé à Rs 743 milliards. Cette richesse est générée essentiellement par la consommation qui totalise Rs 615,4 milliards en 2025, soit l’équivalent de 82 % du PIB. La consommation des ménages est également en nette hausse, passant de Rs 476,3 milliards à Rs 508,7 milliards. Quant à l’investissement national, cet indicateur crucial fait pâle figure avec un taux de seulement 19,6 %, contre 21 % en 2024.
De ces chiffres, on peut tirer une série d’enseignements. D’abord, malgré le discours fort servi dans le Budget 2025-2026 selon lequel le pays va faire la transition d’un modèle basé sur la consommation à un modèle centré sur l’investissement productif et l’innovation, dans les faits, on voit l’inverse. Tout comme en 2024, la consommation des ménages avoisine les 68 % cette année. À ce niveau, on n’a pas bougé d’un iota. Pis encore, ce chiffre semble refléter beaucoup plus une situation inflationniste plutôt qu’une amélioration du pouvoir d’achat. Il est clair qu’avec la suppression partielle des allocations CSG, le revenu disponible des ménages mauriciens a pris un sale coup. L’inflation globale revue au taux de 3,7 % est calculée sur des produits considérés comme étant essentiels et ne reflète pas la réalité des prix des produits de consommation courante qui composent le vrai panier du consommateur. Les Mauriciens ont acquis un certain niveau de vie et, dans la vraie vie, consomment du chocolat, des crèmes glacées et autres produits dont les prix ont littéralement explosé notamment avec la majoration de la taxe sur les produits sucrés. D’ailleurs, une enquête d’Analysis/Kantar dévoilée le mois dernier a révélé que 60 % des Mauriciens ont réduit leur consommation de produits alimentaires.
Concernant l’investissement national, le constat est inquiétant : les mesures annoncées dans le Budget sont loin d’avoir instillé la confiance chez les acteurs économiques, avec l’investissement privé chutant de 17,2 % à 16,2 %.
Les politiques diront que c’est une année de transition et que les efforts consentis pour assainir les finances publiques et pour moderniser la structure de l’économie ne se feront sentir que dans le temps. Toujours est-il que cette politique d’austérité a quelque peu cassé la confiance chez les agents économiques. La décision du gouvernement d’initier la réforme des pensions sans engager des consultations populaires provoque toujours des grincements de dents. Le mécontentement populaire ne fait que grandir. Cela est accentué par le fait que rien n’a changé dans le train de vie de l’État, avec les ministres multipliant les missions à l’étranger. On ne comprend pas non plus pourquoi, en cette période d’austérité, les fonctionnaires sont les plus nantis. Et pourquoi plus de 80 000 employés – environ 15 % de la main-d’œuvre locale – vont toucher une généreuse augmentation salariale de 15,3 % suivant l’application du rapport du Pay Research Bureau (PRB) dont le paiement sera étalé sur deux années, avec un coût additionnel de Rs 2,75 milliards qui va se refléter dans le bilan de l’exercice financier 2025-2026. Ce qui au bas mot représente 25 % du loyer que le Royaume-Uni devrait à l’État mauricien pour l’opération de la base américano-britannique de Diego Garcia.
Au passage, ces dissonances dans la structure des salaires, avec, d’une part, les hauts fonctionnaires touchant des ponts d’or et, de l’autre, les cadres du secteur privé qui sont privés d’une compensation salariale pour la deuxième année consécutive parce qu’ils ne sont pas considérés comme étant des workers, ne font que raviver le désir de nos meilleurs talents de s’expatrier.
Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les analystes et Moody’s s’inquiètent par rapport au niveau de la dette publique calculée à 89,3 % à fin septembre. Le Premier ministre, lui-même, a confié que l’agence de notation n’était pas tout à fait satisfaite de la trajectoire de la dette publique. La gestion de la dette publique est un dossier épineux. D’autant plus que c’est l’un des arguments mis en avant pour justifier une politique d’austérité qui, selon toute logique, doit être ressentie uniformément par toutes les catégories socioprofessionnelles.
Ainsi, le Trésor public se doit de donner des résultats concrets visibles dans le temps sur la question de la dette. Si l’on a budgété Rs 5 milliards pour le paiement du PRB et que le montant finit par doubler, on crée de facto un déséquilibre dans les finances publiques. Cela entraîne un effet boule de neige, avec les pouvoirs publics qui seront contraints d’aller lever des fonds sur le marché de la dette pour financer les projets d’investissement prioritaires.
Bien qu’on soit dans une ère d’austérité, en cette période de fin d’année les Mauriciens lâchent du lest. Les centres commerciaux poussent comme des champignons après la pluie. Après l’entrée en opération de la nouvelle aile du Cascavelle Mall le mois dernier, l’on a eu droit à l’ouverture du China Mall et du Montebello Mall ce mois-ci. Dans le cas du China Mall, ce nouveau centre commercial a été rapidement pris d’assaut par les Mauriciens. Ces derniers sont des acheteurs compulsifs. Il s’agit d’un réflexe conditionné. D’ailleurs, un rapport de SWAN – Ascencia Limited indique que les centres commerciaux attirent en moyenne 2,1 millions de visiteurs. Et cette tendance n’est pas près de s’inverser.
Après la période festive, les premiers mois de 2026 risquent d’être difficiles. Le revenu disponible étant limité, il va de soi que beaucoup de ménages risquent de s’endetter davantage pour se faire plaisir. Actuellement à Rs 195 milliards, la dette des ménages pourrait rapidement franchir le seuil des Rs 200 milliards.
2025 a été une année de transition, dit-on. Après une année de vaches maigres, 2026, espérons-le, sera l’année de la reprise et du retour de la confiance. Le processus d’assainissement budgétaire ne saurait durer ad vitae aeternam. La manne de Rs 10 milliards que l’État va toucher fort probablement durant le premier semestre à titre de loyer sur Diego Garcia est une énorme masse monétaire supplémentaire dont dispose ce gouvernement pour concrétiser sa stratégie de développement. La Vision 2050 est une bonne initiative. Clairement, c’est aujourd’hui qu’on doit construire un pont vers un avenir plus prospère et plus inclusif. Mais, au-delà du très long terme, il y a des priorités de court et moyen termes auxquelles il faut s’attaquer tout de suite. Le système multilatéral est en train d’être redéfini, avec la disparition progressive du système des accords préférentiels. Dans cet environnement international en pleine ébullition, Maurice se doit d’émerger comme un hub commercial et financier dans la région, de consolider ses partenariats avec les pays amis, tout en explorant de nouvelles alliances stratégiques. En cela, ce gouvernement a marqué des points avec la venue à Maurice du Premier ministre indien, Narendra Modi, et du président français, Emmanuel Macron durant l’année, et l’avènement ère de partenariat avec l’Inde et la France.
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