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25 ans de carrière
Alain Narainsamy nous prouve qu’on peut rire de tout
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25 ans de carrière
Alain Narainsamy nous prouve qu’on peut rire de tout
Sur scène, Alain Narainsamy ne se présente pas : il apparaît. Comme ces vérités simples que l’on croyait rangées au fond de soi et qui, un jour, remontent sans prévenir. Vingt-cinq ans de carrière, et toujours ce léger tremblement dans le corps, ce regard qui scrute la salle avant de s’y abandonner. Dimanche dernier, à Vacoas, il n’y avait ni décors somptueux ni effets tapageurs, juste deux téléviseurs JVC qui n’ont pas servi à grandchose. Juste un homme debout, un micro et un public serré comme un village venu écouter l’un des siens.
Le stand-up remplit les salles en Europe et aux États-Unis parce qu’il est devenu une forme de veillée moderne. Un art pauvre, presque nu, mais chargé de sens. On y rit de tout, disait Jarry, mais surtout de ce qui fait peur, de ce qui gratte, de ce qui dérange. Le rire n’y est pas une échappatoire : c’est une reconnaissance. On rit parce qu’on se voit. Parce qu’on se comprend sans avoir besoin de s’expliquer.
Alain Narainsamy appartient à cette lignée rare. Celle des comédiens qui travaillent la langue comme on travaille la terre : en la retournant. Il casse les chansons – «mes chansons KC ranzé», dit-il – démonte les refrains populaires, garde la musique intacte mais en détourne le sens. Les airs connus disent soudain autre chose, parlent de nos manies, de nos silences, de nos petites lâchetés quotidiennes. Il enfile une perruque de Céline Dion non pour singer, mais pour déplacer le regard, provoquer l’étonnement, faire surgir l’absurde là où l’on croyait être à l’abri.

Son comique est dit «gros», mais il n’est jamais vulgaire. Les mots peuvent être crus, l’intention ne l’est pas. Chez lui, le rire ne frappe pas vers le bas : il circule. Son visage, surtout, parle. Il envoie plusieurs signaux à la fois : la peur, le stress, le sourire, l’éclat de rire. Comme Maurice elle-même, hésitante et vive, pudique et bruyante.
Animateur de radio pour payer ses factures, oui. Mais vivant ailleurs, pleinement, sur scène. Là où il décrypte les Mauriciens sans les trahir. Sans gros moyens, mais avec une fidélité rare, Alain Narainsamy a rappelé, ce dimanche à Vacoas, que faire rire est une affaire sérieuse. Une manière de tenir ensemble. Une manière, peut-être, de rester debout.
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