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Planification économique

«Vision 2050», une promesse faite aux enfants d’aujourd’hui

19 décembre 2025, 09:00

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«Vision 2050», une promesse faite aux enfants d’aujourd’hui

■ Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et la ministre de la Planification économique, Jyoti Jeetun, ont, hier, exposé leur vision de l’île Maurice de demain. © Dev Ramkhelawon

À l’université de Maurice, là où naissent les idées et se forgent les ambitions, le gouvernement a choisi, hier, d’ouvrir une conversation qu’il qualifie de vitale : quel pays voulons-nous devenir ? Avec le lancement des consultations sur Vision 2050, Maurice est invitée à lever les yeux du quotidien pour regarder plus loin que les urgences immédiates. Plus loin qu’un mandat. Plus loin qu’un cycle électoral.

Pour la ministre de la Planification économique, Jyoti Jeetun, ce moment n’a rien d’anodin. Elle parle d’un privilège personnel, mais surtout d’une responsabilité collective. Sa conviction est simple et directe : sans vision, il n’y a pas de victoire durable. Les pays qui ont changé de trajectoire l’ont fait parce qu’ils ont osé penser grand, penser loin, parfois à contrecourant. Singapour, la Corée du Sud, le Rwanda ou encore la Malaisie n’ont pas avancé à l’aveugle.

Son propos résonne aussi comme un avertissement. Ces dernières années, a-t-elle dit, Maurice a trop souvent vécu dans l’instant, sacrifiant le long terme à des calculs politiques immédiats. Des décisions prises sans penser aux conséquences. Des institutions affaiblies. Une confiance abîmée. «Nous vivions comme s’il n’y avait pas de lendemain», résume-t-elle. Aujourd’hui, la facture est là : incertitudes économiques, dette et surtout, une jeunesse qui doute.

Ce doute, la ministre l’a entendu sur le terrain. Des jeunes qui ne savent plus où ils seront dans cinq ou dix ans. Des familles qui n’osent plus planifier. Des talents qui regardent ailleurs. Vision 2050 veut répondre à cette inquiétude silencieuse, en redonnant une direction claire, lisible, partagée.

Pourquoi 2050 ? Parce que 25 ans, c’est une génération. Les enfants qui entrent aujourd’hui à l’école primaire seront les décideurs de demain. Les choix faits maintenant détermineront le pays qu’ils hériteront – et surtout, s’ils choisissent d’y rester. Pour Jyoti Jeetun, la vision est aussi une affaire intime : celle d’une génération qui a grandi dans une île Maurice en transformation, portée par le sacrifice de parents convaincus que leurs enfants vivraient mieux qu’eux.

Le Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, inscrit cette démarche dans un monde profondément instable. Il parle d’une époque de polycrise, où se croisent conflits géopolitiques, fractures économiques, révolution technologique et dérèglement climatique. Pour un petit État insulaire dépendant de l’ouverture et des échanges, le danger est réel. «Nous ne pouvons pas simplement subir les tempêtes. Nous devons apprendre à utiliser les vents du changement.»

Son message est clair : Maurice doit viser plus haut. L’objectif affiché est d’intégrer le cercle des économies avancées d’ici 2050. Cela suppose de tourner la page d’un modèle fondé sur les bas salaires, et de miser sur la valeur ajoutée, l’innovation et les compétences. Intelligence artificielle (IA), services numériques, fintech, sciences médicales, économie bleue, énergies renouvelables : ces secteurs ne sont plus des options, mais des impératifs.

L’IA, insiste le PM, transforme déjà la manière de travailler, de produire, de soigner. Elle oblige à repenser l’éducation, l’apprentissage, la formation continue. Il ne s’agit pas seulement de créer des emplois, mais de créer des emplois durables, capables de résister aux bouleversements à venir. Mais Vision 2050 ne se résume pas à une feuille de route économique. Les deux dirigeants insistent sur un principe fondamental : personne ne doit être laissé de côté. Une croissance qui creuse les inégalités est une croissance fragile. La vision intègre donc la justice sociale, la réduction des écarts de richesse, l’accès au logement, à la santé, à une alimentation sûre, et des filets de protection capables d’amortir les chocs.

Le climat et l’environnement occupent une place centrale. Pour Maurice, la protection des terres, des lagons et des écosystèmes marins n’est pas un luxe idéologique, mais une question de survie. Vision 2050 entend renforcer la résilience climatique et accélérer la transition énergétique, pour préserver ce patrimoine naturel qui fait aussi l’identité du pays.

Il est aussi question de réhabiliter l’État. Des institutions indépendantes, professionnelles et crédibles sont présentées comme le socle de toute confiance durable. Sans règles claires, sans transparence, aucune vision ne peut tenir dans le temps.

Enfin, la méthode se veut profondément participative. Dialogues dans tous les districts, tables rondes sectorielles, forums jeunesse, implication du secteur privé, de la société civile et de la diaspora : Vision 2050 promet d’être co-construite. Une plateforme numérique doit permettre à chaque Mauricien, ici ou à l’étranger, de contribuer. Les consultations débuteront en janvier, avec un premier projet attendu à mi-année.

Vision 2050 est, au fond, une promesse faite aux générations futures. Reste à savoir si Maurice saura tenir cette promesse dans la durée. Car penser loin est une chose. Agir avec constance, malgré les tempêtes et les pressions du présent, en est une autre.

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