Publicité

Risques et incertitudes

9 décembre 2025, 03:51

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Alors que l’on s’apprête à aborder 2026, un voile d’incertitude plane sur le pays. Le présent gouvernement avait promis un changement de cap dans la philosophie économique et dans l’administration des affaires de l’État. Force est de constater qu’il y a un fossé entre les discours politiques et la réalité.

Pendant la semaine écoulée, l’on a eu droit à une série de signaux pour le moins inquiétants. D’abord, l’ambassade des États-Unis a émis un avertissement de voyage de niveau 2 à l’intention des touristes américains dans lequel elle leur recommande d’être extrêmement prudents en raison d’une dégradation du risque sécuritaire et des attaques perpétrées contre les étrangers. Cette mise en garde de l’ambassade américaine n’est pas à prendre à la légère. Il est vrai que l’on assiste à une apparente recrudescence de la criminalité et que, dans un passé pas trop lointain, des touristes se sont fait attaquer sur les plages publiques ou aux abords des guichets automatiques bancaires. Ce phénomène est sans doute amplifié par les réseaux sociaux. Mais toujours est-il que les perceptions sont tenaces et que, sur ce coup, les autorités auraient dû réagir et publier les chiffres sur l’évolution du taux de la criminalité pour infirmer ou confirmer les craintes du Département d’État américain.

Il serait naïf de croire que l’impact ne se ressentira que sur la clientèle touristique américaine. Un tel avertissement est susceptible également d’échauder les investisseurs internationaux intéressés par la perspective de faire des affaires à Maurice. Le risque sécuritaire peut, en effet, peser lourd dans une décision d’investissement. La déclaration diplomatiquement correcte de Henry Jardine à l’effet que ce Travel advisory n’est qu’une simple mise à jour n’a pour but que de faire passer la pilule. Dans tous les cas, une telle information est relayée aux investisseurs par les sociétés d’analyse qui, de loin, scrutent le niveau de risque politique et de risque sécuritaire dans le pays.

L’autre information inquiétante, c’est que nous sommes toujours sous le radar de Moody’s qui pourrait, à tout moment, abaisser la note souveraine du pays si elle n’est pas convaincue de l’efficacité des politiques publiques pour maintenir la dette publique en dessous de la barre des 90 %. Cela signifierait que Maurice perdrait son statut de pays investissable (Investment grade). Le Premier ministre a lui-même confirmé qu’il a rencontré une délégation de Moody’s venue en mission la semaine dernière et que celle-ci n’est pas totalement satisfaite du niveau de la dette publique calculée à 89,3 % à fin septembre.

Parallèlement, la Banque de Maurice a publié son programme d’émission de titres publics dans lequel elle annonce la mise sur le marché de bons du Trésor et de Government bonds pour un montant de Rs 28,5 milliards pour la période de janvier à juin 2026. Ces fonds seront utilisés pour financer des programmes d’investissement publics comme la seconde phase de la Ring Road au coût de Rs 5,2 milliards. Techniquement, cette levée de Rs 28,5 milliards sur le marché obligataire est l’équivalent d’une addition de 3,8 % du PIB à la dette publique. S’il est un fait que le pays se doit d’investir dans des projets prioritaires, touchant notamment à l’énergie, au secteur de l’assainissement et aux infrastructures routières et aéroportuaires, il est aussi vrai que le gouvernement avait promis l’exemplarité dans l’administration des fonds publics et que c’est le discours qu’on a servi à la population quand on a décidé séance tenante d’enclencher le processus d’assainissement budgétaire et de réformer le système des pensions.

Comment ce gouvernement va-t-il maintenir la dette publique en dessous des 90 % alors qu’il projette de s’endetter encore plus et que le train de vie de l’État ne semble pas décélérer, avec les missions ministérielles grevant la trésorerie publique ?

Si les incertitudes subsistent, la bonne nouvelle vient du Congrès américain qui a décidé en fin de semaine dernière de renouveler l’African Growth and Opportunity Act pour une période de trois ans. Il s’agit là d’un grand bol d’air frais pour les acteurs du secteur manufacturier en apnée depuis septembre dernier. À moyen terme, la reconduction prochaine de l’AGOA donnera plus de certitude à une industrie du textile morose et permettra au pays de préserver sa compétitivité sur le marché américain face au Bangladesh, au Vietnam et au Cambodge.

Publicité