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Dossier

«Extended Programme» : Un échec sur toute la ligne

14 décembre 2025, 15:00

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«Extended Programme» : Un échec sur toute la ligne

Photo d'illustration

94,7 % d’échec. C’est le triste résultat de l’«Extended Programme» pour sa dernière cohorte, le dernier d’une série de décevantes statistiques. Pourtant, l’intention était louable. Il s’agissait de donner une seconde chance aux recalés du «Primary School Achievement Certificate» (PSAC). C’était sans compter toutes les autres catégories d’enfants en difficultés face à l’apprentissage livrés à une expérience mal calibrée. Analyse post-mortem d’un système, remplacé par le «Foundation Programme for Literacy, Numeracy and Skills» auquel on souhaite des résultats plus encourageants.

Les résultats du National Certificate of Education (NCE) 2025 ont agi comme un électrochoc. Derrière les chiffres, ce sont surtout des trajectoires brisées qui refont surface. Sur 1460 élèves issus de l’Extended Programme, seuls 78 ont rempli les critères requis pour l’obtention du certificat. Les 1382autres quittent le système scolaire sans diplôme, sans certification, sans véritable passerelle. Un taux d’échec de 94,7%, qualifié par le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, de «moralement inacceptable».

Mais pour de nombreux acteurs du secteur éducatif, cet échec n’a rien de surprenant. Il s’inscrit dans une continuité. Depuis plusieurs années déjà, les taux de réussite des élèves de l’Extended Programme oscillaient entre 2 % et 6 %, traduisant une défaillance profonde du dispositif censé offrir une seconde chance aux élèves recalés au Primary School Achievement Certificate (PSAC).

? Intention louable, mise en œuvre désastreuse

Introduit dans le cadre du Nine-Year Continuous Basic Education (NYCBE), l’Extended Programme se voulait une réponse inclusive à l’échec scolaire. «L’intention, au départ, était bonne», reconnaît Preetam Mohitram, assistant directeur au ministère de l’Éducation. «Il s’agissait d’aider les élèves ayant échoué au PSAC, de leur offrir une alternative.»

Mais très vite, le programme a montré ses limites. Année après année, les statistiques n’ont cessé de confirmer l’ampleur du problème. «On ne récoltait que des mauvais résultats. En moyenne, 97 % d’échec. Et malgré cela, on a continué tête baissée», déplore-t-il.

Pour lui, le cœur du problème réside dans la conception même du dispositif. L’Extended Programme est devenu, selon ses mots, «un fourre-tout», regroupant des profils d’élèves très différents : ceux ayant échoué au PSAC, ceux pouvant potentiellement se rattraper, mais aussi des enfants souffrant de véritables troubles de l’apprentissage.

? Inclusion ou stigmatisation?

L’un des paradoxes majeurs de l’Extended Programme tient à sa perception de l’inclusion. Pensé pour intégrer, il a souvent contribué à marginaliser. Les élèves du programme évoluaient dans les mêmes établissements que ceux du parcours classique, sans bénéficier d’un environnement réellement adapté à leurs besoins.

«L’inclusion ne veut pas dire mettre tous les élèves dans le même espace», insiste Preetam Mohitram. «Ces enfants portent déjà le fardeau de l’échec. Les placer dans un environnement où tout symbolise la réussite ne fait qu’accentuer la stigmatisation.»

À cette pression psychologique s’ajoute un curriculum largement inadapté. Beaucoup de ces élèves présentaient de graves lacunes en littératie et en numératie. Certains avaient des difficultés à lire, à écrire ou à comprendre les consignes de base. D’autres souffraient de troubles d’apprentissage non diagnostiqués, comme la dyslexie ou le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

«On a oublié une réalité pourtant universelle: tous les élèves ne peuvent pas apprendre de la même manière», souligne l’assistant directeur. «On a confondu inclusion et uniformisation.»

? Dix ans d’école… pour rien

Le constat est d’autant plus brutal qu’au terme du parcours, les élèves n’obtenaient aucune reconnaissance officielle. Après neuf années de scolarité, auxquelles s’ajoutait parfois une année supplémentaire (l’Extended 9+1), nombre d’entre eux quittaient l’école sans certificat, sans qualification, sans compétence formellement reconnue… «ni diplôme, ni certificat, ni véritable passerelle vers l’emploi ou la formation», nous explique cet ancient syndicaliste.

Des tentatives de solutions alternatives ont bien été envisagées, comme le programme Brightup, censé orienter certains élèves vers le Mauritius Institute of Training and Development (MITD). Mais là encore, l’absence de compétences fondamentales constituait un frein majeur. «Sans bases solides en littératie et en numératie, ces jeunes ne peuvent pas suivre une formation professionnelle», explique-t-il.

? Un échec politique autant que pédagogique

Pour le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, l’échec de l’Extended Programme était prévisible. Il s’appuie notamment sur le rapport de mi-parcours 2018-2019 de la Banque mondiale, qui pointait déjà l’inadéquation du curriculum, l’absence de dépistage précoce et le poids des facteurs socio-économiques.

Preetam Mohitram évoque un manque de consultation des techniciens et des pédagogues lors de la mise en place du programme. «On a voulu calquer un modèle à tout prix, sans écouter les techniciens du terrain. C’était une volonté politique.» Malgré des investissements conséquents en ressources humaines, en matériel pédagogique et en encadrement, la base restait faussée. «Les ressources existaient, les enseignants aussi. Mais quand la vision est mauvaise, tout l’investissement devient un gaspillage», résume-t-il.

Pour le syndicaliste Yugeshwur Kisto, président de la Government Secondary School Teachers’ Union (GSSTU) l’échec de l’Extended Programme impose une remise en question en profondeur des pratiques et des conditions d’apprentissage. S’il reconnaît que le Foundation Programme peut représenter une opportunité pour clarifier les parcours et restaurer la confiance, il avertit toutefois que cette transition ne pourra réussir sans moyens humains et matériels suffisants, ni sans un cadre pédagogique solide. Il insiste également sur la nécessité d’une évaluation indépendante, fondée sur des indicateurs clairs, afin d’assurer une remédiation précoce et continue, tout en évitant que les élèves et les enseignants ne deviennent les boucs émissaires d’un dispositif mal dimensionné.

? Tourner la page, réparer ce qui peut l’être

La cohorte 2025 marque la fin officielle de l’Extended Programme. Depuis janvier, celui-ci a été remplacé par le Foundation Programme for Literacy, Numeracy and Skills (FPLNS), destiné aux élèves des Grades7,8 et9. Ce nouveau dispositif mise sur une approche par compétences et débouche sur le National Foundation Certificate of Education (NFCE), permettant l’accès à des formations professionnelles au MITD et autres.

Parallèlement, le gouvernement reconnaît le rôle crucial de l’éducation non formelle. Des structures comme les Maisons rurales familiales ou les institutions dirigées par The Adolescent Non Formal Education Network (AnFen) accompagnent déjà certains jeunes en rupture scolaire, avec des résultats encourageants.

Mais pour Preetam Mohitram, une chose doit être clairement admise : «Ce n’est pas l’échec des enfants. C’est l’échec du programme. C’est l’échec du système.»

? Une leçon à ne pas oublier

Au-delà des réformes annoncées, l’échec de l’Extended Programme pose une question fondamentale : comment construire un système éducatif réellement inclusif, sans sacrifier des générations d’élèves sur l’autel de modèles mal adaptés ? Ce qui est certain, nous dit Preetam Mohitram, c’est qu’il n’y aura plus jamais ça : «Le Foundation Program est modifiable si jamais il ne fonctionne pas…». Les enfants ne seront plus les cobayes ou les souffre-douleurs de systèmes mal pensés et mal mis au point. «Reconnaître la dignité des apprenants, c’est accepter que tous n’avancent pas au même rythme, ni de la même manière», conclut-il.

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