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L’intelligence artificielle au-delà de ChatGPT
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L’intelligence artificielle au-delà de ChatGPT
■ Avinash Ramtohul, Kaviraj Sukon, et Fabrice David,Dhaneshwar Damry, Koyal Bissessur, de Rogers Capital (Technology) et Harry Coolen de la MCB.
Maurice a accueilli, le 4 décembre 2025, un sommet de haut niveau consacré à l’intelligence artificielle (IA) et à son rôle dans le développement durable. Réunissant ministres, experts internationaux, universitaires et leaders du secteur privé, l’événement ambitionne de positionner le pays comme un pôle régional de l’IA responsable et d’explorer ses applications.
En 2025, beaucoup décrivent déjà cette année comme celle de l’intelligence artificielle (IA) à Maurice. Les annonces et programmes se multiplient : AI Strategy, AI Innovation Start-Up Programme, Public Sector AI Programme, National AI Policy Guidelines, AI Proficiency Programme, sans oublier une série de conférences et de rencontres dédiées à ce thème.
Derrière le phénomène médiatique, l’IA regroupe des technologies dont les implications pour le pays sont considérables. Mais une question demeure : qu’est-ce que l’IA réellement, si l’on dépasse l’image réduite à ChatGPT ?
L’IA englobe un large éventail de technologies : apprentissage automatique, vision par ordinateur, traitement du langage, robotique, systèmes de recommandation, analyse prédictive ou encore l’IA embarquée dans les objets connectés. Plus simplement, elle permet à des systèmes informatiques d’accomplir des tâches autrefois réservées à l’humain : reconnaître une voix, classer une image, détecter une fraude, anticiper une panne, traduire un texte ou recommander un itinéraire. En apprenant à partir de données collectées, raffinées et structurées, ces modèles gagnent progressivement en fiabilité.
Les applications de l’IA sont multisectorielles. Le ministre des Technologies de l’Information et de la Communication, Avinash Ramtohul, intervenant lors du GenAI Summit le 4 décembre 2025 au Côte d’Or Technopole à Réduit, a insisté sur le caractère collectif de l’action gouvernementale. Il a déclaré : «En tant qu’équipe ministérielle, nous avons plusieurs missions, qu’il s’agisse de la santé, de l’agriculture, de l’éducation ou des technologies de l’information. Nous disposons de ressources complémentaires et nous veillons à créer une véritable synergie entre nos travaux. L’objectif est de les utiliser de manière optimale afin d’atteindre nos objectifs communs».
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Kaviraj Sukon, a, quant à lui, souligné les applications de l’IA dans la vie quotidienne, notamment en matière de santé préventive. Il a expliqué que les technologies émergentes permettent déjà d’imaginer un consommateur se rendant au supermarché, scannant un produit et voyant instantanément s’il est adapté à son profil. «Ce n’est pas seulement identifier des marqueurs de maladie, mais aussi accompagner chacun vers un mode de vie et une nutrition adaptés, afin de prévenir l’apparition de ces problèmes, a-t-il ajouté.
Fabrice David, junior minister de l’Agro-industrie, a rappelé que son ministère avance sur plusieurs projets numériques: «Au niveau de notre ministère, nous avons l’ambition de mettre en place un centre pour les technologies innovantes. Le Centre for Innovative Technologies and AI in Agriculture (CITAI- AGRI) figure déjà sur notre feuille de route. »
«Un espace budgétaire limité»
Dhaneshwar Damry, junior minister aux Finances, a abordé la question du digital finance et de l’IA. Insistant sur le droit à un environnement propre et à des océans sains, il a rappelé l’importance de l’implication du secteur privé et des citoyens : «Nous avons besoin du secteur privé, et nous avons besoin de chaque être humain pour y parvenir. Et c’est là que je voudrais dire quelques mots sur le climate finance. Le gouvernement dispose d’un espace budgétaire limité, et c’est pourquoi nous avons besoin que le secteur privé s’implique afin de garantir une bonne adaptation, une réelle résilience et une mitigation efficace face au climat dans notre pays.»
Au-delà de l’optimisation du secteur public, le secteur privé dispose déjà d’une longueur d’avance dans l’adoption de l’intelligence artificielle. Les banques utilisent l’IA pour la détection de fraude, l’analyse de risque, l’amélioration de l’expérience client, mais aussi pour automatiser les demandes de financement et accélérer l’accès au crédit.
Harry Coolen, Manager du SME Banking à la Mauritius Commercial Bank, a mis en avant le rôle central de l’IA dans l’accès au financement pour les petites et moyennes entreprises. Il a rappelé que «depuis 2022, la MCB a développé un outil interne de credit scoring et un robot, intégrés dans notre application mobile JuicePro. Cet outil est soutenu par le machine learning, utilise une grande quantité de nos données, internes comme externes». Il a aussi souligné la facilité d’accès au financement : «Plus de 1 000 demandes approuvées sur les quatre derniers mois. Avec un simple téléphone mobile et l’application JuicePro, les clients peuvent accéder à du cash immédiat sous forme de prêts express ou de facilités de découvert, jusqu’à un million de roupies en 48 heures, sans intervention humaine. Tout est fait électroniquement : machine learning, données et outil de crédit travaillent ensemble.»
Les assurances utilisent déjà des modèles prédictifs pour analyser les risques, estimer plus rapidement les dommages déclarés et accélérer le traitement des réclamations. Le tourisme peut bénéficier de recommandations intelligentes, d’analyse de flux de visiteurs et de gestion dynamique des prix. L’industrie se tourne vers la maintenance prédictive, tandis que les entreprises intègrent des outils automatisés pour renforcer les capacités humaines.
Koyal Bissessur de Rogers Capital (Technology) a expliqué que le GEN AI Summit a démontré que l’intelligence artificielle n’est plus une vision lointaine, mais un moteur réel du progrès national : «Chez Rogers Capital – Technology, l’entreprise adopte déjà l’IA comme un outil facilitateur au cœur de ses opérations, la considérant non pas comme un substitut, mais comme un puissant copilote qui renforce les capacités humaines et accélère l’innovation. Les équipes intègrent l’IA dans l’automatisation, l’analytique et la conception de solutions afin d’aider les clients à gagner en efficacité, à se développer de manière intelligente et à rester prêts pour l’avenir.»
Avec la pression croissante sur les ressources naturelles, l’IA devient aussi un levier indispensable. Dans l’énergie, elle améliore la prévision de la production solaire et soutient la gestion en temps réel du réseau électrique. Pour l’eau, elle permet la détection automatique des fuites, la modélisation de la distribution, l’optimisation des pressions et l’anticipation des pénuries saisonnières. Dans un système marqué par des pertes très élevées, l’IA pourrait contribuer à une transformation profonde de la gestion hydrique.
Dans un contexte où la sécurité routière et la criminalité évoluent rapidement, les technologies intelligentes s’imposent déjà : analyses vidéo pour détecter des comportements dangereux, optimisation des interventions d’urgence, calcul des temps de réponse ou encore modélisation des zones à risque.
Les écoles, universités et centres de formation se situent en première ligne de cette transition. L’IA peut personnaliser l’apprentissage, identifier les difficultés précoces, proposer des outils interactifs et assister les enseignants dans l’évaluation. Mais l’enjeu est plus vaste : former une génération capable de comprendre, critiquer et maîtriser ces technologies. Dans le secteur culturel, l’IA ouvre aussi de nouvelles possibilités : restauration d’archives, traduction automatique, création assistée et analyse de tendances.
Enfin, du côté des télécommunications, Mauritius Telecom fait de l’IA l’un des piliers de sa nouvelle stratégie, en l’intégrant à la gestion de ses réseaux, à ses plateformes prédictives et à ses services numériques, tout en se positionnant comme catalyseur pour les institutions publiques, les entreprises et les start-ups. L’opérateur investit dans des clusters GPU (Graphics Processing Unit), renforce son data center et déploie un cloud souverain afin d’offrir une capacité de calcul et de stockage sécurisée au service de projets d’IA à l’échelle régionale. Mauritius Telecom entend également démocratiser l’IA, à travers mytGPT et accompagne cet effort par des programmes de formation, des partenariats universitaires et un soutien accru aux innovateurs. L’entreprise mise enfin sur une cybersécurité augmentée par l’IA et sur un Centre des opérations de sécurité (SOC) souverain.
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