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Jocelyne Beesoon revient sur les temps forts de sa carrière

2 décembre 2025, 15:30

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Jocelyne Beesoon revient sur les temps forts de sa carrière

Jocelyne Beesoon, directrice de l’APEIM.

Avec une vie professionnelle entièrement consacrée à l’inclusion des personnes en situation de handicap intellectuel, Jocelyne Beesoon revient sur les temps forts de sa carrière et sur le dernier né des projets de l’APEIM : le Callithea Learning Centre.

?Comment est née cette vocation?

J’avais un cousin de mon âge, Christian, porteur de la trisomie 21, donc j’étais déjà sensibilisée au handicap cognitif, depuis jeune. Je souhaitais devenir puéricultrice et j’ai eu la chance de faire un stage déterminant dans le secteur du handicap. Très tôt, j’avais la volonté forte de faire une différence dans la vie des autres par une forme d’engagement. Dès le départ, de belles connexions se sont créées entre moi et les jeunes porteurs de handicaps, avec leur manière si particulière de savoir donner et recevoir… Une expérience fascinante !

?Pouvez-vous revenir sur les temps forts de votre carrière à l’APEIM ?

Je suis arrivée à l’APEIM au tout début des années 1990 pour exercer comme éducatrice au sein des ateliers pour adultes. Mais avant cela, j’avais déjà travaillé pendant dix ans à la Mauritius Mental Health Association. Dans cette école spécialisée accueillant les personnes en situation de handicap de cinq à 20 ans, j’avais déjà acquis une expérience très riche auprès des groupes de toutes les tranches d’âge !

?Jamais vous n’avez été tentée par un autre secteur ?

J’ai travaillé un an dans le corporate. Le niveau de salaire par rapport à la société civile était incomparable. Mais cela ne correspondait pas à mes aspirations profondes. Mes débuts à l’APEIM furent le début d’une belle grande aventure ! Grâce à Madame Nancy Piat, j’ai beaucoup appris! Les formations se sont enchaînées. J’ai décroché une bourse d’étude dans le domaine de l’aide médico-psychologique à La Réunion. En tant que chef de service à l’École de l’APEIM de Port-Louis, aujourd’hui administrée par le SEDEC avec toutes nos autres anciennes écoles, j’ai pris conscience qu’au-delà de l’accompagnement de l’enfant en situation de handicap intellectuel, la guidance parentale est essentielle pour son développement. Pendant trois ans, j’ai choisi de me former à l’écoute active. Cette formation m’a portée en tant que conseillère pédagogique pour toutes les écoles (dans le passé) et me porte encore aujourd’hui dans mon quotidien de directrice. Savoir entendre les besoins de mon équipe, leurs idées, leurs challenges… c’est fondamental comme préalable pour pouvoir prendre ensuite des décisions avec discernement et sagesse.

?Le plaidoyer est aussi l’une de vos passions…

Oui, inclure les jeunes en situation de handicap dans la société, leur faire connaître leurs droits et les transmettre au grand public, aux institutions, aux acteurs du secteur privé, aux employeurs… fait partie des missions de l’APEIM et de sa lutte pour une société plus inclusive et plus solidaire. Je crois beaucoup que la formation et l’information sont la réponse pour faire reculer les inégalités et les situations discriminantes… Je prends des exemples concrets. Un dimanche, une maman m’appelle car elle ne trouve aucune crèche pour accueillir son bébé porteur de trisomie 21 âgé de neuf mois. Or, cette femme, exerçant comme maçon, originaire de Rodrigues, a bien besoin d’une structure d’accueil pour subvenir aux besoins de sa famille. Je fais le tour des crèches avec elle. Je ne condamne personne. J’écoute. J’entends beaucoup d’empathie, beaucoup de bonne volonté, mais aussi une grande peur de la part des puéricultrices. Une peur légitime. Les bébés vivant avec la trisomie 21 sont hypotoniques. Ce manque de tonus musculaire nécessite des compétences particulières. Par exemple, pour pouvoir les nourrir sans les étouffer. Donc des compétences spécifiques qui ne s’acquièrent qu’au travers de formations adaptées.

?D’où la naissance du projet de «Learning Centre», inauguré le 12 novembre dernier ?

Au fil du temps, les situations difficiles rencontrées par les parents et les besoins de formations criants de différents secteurs ont mené à une réflexion en interne. Avec l’appui d’une organisation externe (NIVO), l’APEIM a travaillé un plan stratégique il y a quelques années. Au croisement d’un besoin de connaissances du public mauricien et de la nécessité pour les ONG de devenir plus autonomes financièrement se légitimait la transition vers un modèle plus pérenne, tendant vers plus de professionnalisation. Et tout s’est aligné, avec le désir de la MCB de soutenir notre projet de Learning Centre.

?Quels types de publics l’APEIM envisage de former ?

Par exemple, l’APEIM a déjà formé une quarantaine de policiers sur une journée pour savoir comment mieux entrer en relation avec personne porteuse d’un handicap intellectuel. À La Réunion, les magistrats et les policiers sont sensibilisés en profondeur à certains types de déficit cognitif, qui sont quasi méconnus à Maurice, comme le SAF (Syndrome d’alcoolisation fœtale). La fonction publique pourrait être un partenaire fort du Callithea Learning Centre de l’APEIM. D’autres secteurs également, comme l’hôtellerie pour la formation du personnel du Kids Club. L’APEIM souhaite également toucher le domaine de la petite enfance, avec des partenaires moins en mesure de payer des formations. Exemples: les maternelles œuvrant dans les poches de pauvreté, les shelters fonctionnant grâce aux ONG… Si des entreprises souhaitent financer ce type de formations pour leurs partenaires associatifs, elles pourront le faire auprès de l’APEIM sous forme de contributions CSR.

?Le grand public peut également soutenir les services de l’APEIM à travers la fonctionnalité Connect’ONG de Small Step Matters ?

Oui, les donateurs individuels et les entreprises qui feront des dons en ligne soutiendront le Callithea Learning Centre ou d’autres services de l’APEIM, comme les services d’intervention précoce et le service médicosocial, qui offrent des dépistages et donnent des thérapies à Trianon ou à domicile, selon les besoins des familles. Les évaluations touchent 150 à 180 enfants et adultes chaque année.

?Fin 2026, la retraite se profile, quels sont les derniers chantiers qui vous tiennent à cœur ?

Plusieurs! Le Callithea Café sur le modèle français du Café Joyeux est en mode rodage, avec l’intégration de six adultes en situation de handicap encadrés par du personnel formé. Tous ces jeunes ont bénéficié de stages dans un hôtel. Après l’étape du landscaping finalisé pour permettre l’accessibilité à tous les publics, le Callithea Café sera inauguré. J’ai vécu un moment exceptionnel, rempli d’émotions, quand notre première promotion a terminé sa formation de base axée sur l’employabilité et le self leadership. Lors de leur remise de certificats, avec leurs toques, devant leurs familles, leurs yeux brillaient comme de vrais diplômés d’une université ! Et déjà trois jeunes de cette promotion ont trouvé un emploi dans l’hôtellerie.

Autre projet porteur, avec le soutien de l’équipe d’Angèle Angoh de Carpe Diem, 80 jeunes en situation de handicap intellectuel ont pu bénéficier de L’APEIM Art Academy pour développer le contact avec leurs émotions avec différents objectifs(s’exprimer, s’apaiser, se sentir valoriser…). Notre rêve est d’ouvrir L’APEIM Art Academy aux fratries dans une phase 2, en 2026.

?À part de la dimension art-thérapeutique, l’APEIM encourage également les talents émergents…

Effectivement ! Lors de l’exposition Handy Cap – Cap ou pas Cap à la House of Digital Art en mars dernier, ayant donné le premier coup de célébrations des 55 ans de l’association, le talent de Jonathan Leboeuf et de Harish Ramgoolam, qui est malheureusement décédé quelques mois plus tard, a été mis de l’avant. Le travail de Jonathan a été remarqué par l’équipe de Small Step Matters pour illustrer le concept des dix ans de la plateforme solidaire. C’est un bonheur pour notre équipe de voir cette collaboration aboutir! Jonathan a été élève de l’APEIM, puis il est maintenant employé de l’APEIM de PortLouis. Sur place, il a son espace de création, car c’est important pour son épanouissement de s’adonner à son art quotidiennement. Aujourd’hui, Jonathan Leboeuf se positionne comme un artiste émergeant avec son style, qui a évolué considérablement au fur et à mesure des années ! Que son talent serve la cause de l’inclusion; cause choisie par Small Step Matters comme un des thèmes forts des dix ans en 2026 nous réjouitpleinement ! Et sur le plan personnel pour Jonathan, la visibilité de son talent auprès du grand public va participer encore davantage à son processus d’affirmation de soi.

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