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Movember

Briser le silence des hommes

1 décembre 2025, 13:00

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Briser le silence des hommes

■ Le Dr Zoe Wyatt-Potage, Australienne installée à Maurice, est une travailleuse sociale spécialisée en santé mentale.

Tous les mois de novembre à travers le monde, des hommes se laissent pousser la moustache dans le cadre de Movember, un mouvement international lancé en 2003 en Australie. L’initiative attire l’attention sur la santé masculine, notamment sur les cancers et la santé mentale des hommes, souvent passés sous silence. À Maurice, ce geste symbolique est diffusé dans les entreprises, dans les clubs sportifs et communautés, favorisant ainsi l’ouverture du dialogue sur le bienêtre des hommes.

Le Dr Zoe Wyatt-Potage, Australienne résidant à Maurice et spécialiste en santé mentale masculine, explique que de nombreux hommes ressentent une forte responsabilité financière et le devoir de rester forts pour leur famille, parfois étendue à la famille élargie. Selon elle, la peur du jugement ou de «faire honte» à leurs proches les pousse souvent à se taire, même face à des pressions professionnelles, des tensions financières ou des difficultés relationnelles, qui durent plusieurs mois, voire des années.

Elle précise que la détresse masculine se manifeste d’abord par le comportement avant d’être verbale. Ainsi, des troubles du sommeil, la fatigue, l’isolement, la consommation accrue d’alcool ou les changements d’humeur prolongés sont autant de signaux à observer. «Toute modification notable, qui dure plus de deux semaines, mérite une attention», souligne-t-elle.

Pour encourager la parole, le Dr Wyatt-Potage recommande la pratique d’activités partagées comme la marche, la cuisine ou le bricolage car elles régulent les émotions et permettent aux hommes de parler par petites touches, sans se sentir obligés de faire un long discours.

Cependant, elle note que plusieurs obstacles persistent à Maurice : la stigmatisation reste forte et certains associent la consultation psychologique à une faiblesse. De plus, l’accès aux services peut être limité par le coût, les horaires ou les délais. Dans un pays où les réseaux familiaux et communautaires sont étroits, la crainte que la démarche se sache freine parfois la recherche d’aide.

Elle insiste également sur le rôle des proches : aborder la personne avec bienveillance et faire une observation concrète plutôt que par critique, facilite la parole. Par exemple : «Je te sens plus silencieux et tendu que d’habitude. Comment te senstu vraiment ?» Elle ajoute que parler en marchant ou en conduisant aide souvent à engager la discussion.

Réduire le sentiment d’isolement

Pour ceux qui hésitent à consulter, elle recommande un accompagnement clair, concret et limité dans le temps car il fonctionne généralement mieux ainsi. Comprendre ce qui se passe dans le corps et le cerveau, puis appliquer des outils simples entre les séances, apporte un soutien tangible. De plus, les groupes de pairs et des ateliers permettent de partager son expérience et de réduire le sentiment d’isolement.

Elle attire également l’attention sur l’influence des réseaux sociaux sur la perception de la masculinité. Selon elle, lorsque les jeunes hommes voient que «les vrais hommes» ne pleurent jamais, ils apprennent à tout garder pour eux, ce qui augmente les risques de dépression ou d’addictions. En revanche, de plus en plus de créateurs partagent leurs expériences de santé mentale, montrant que demander de l’aide est normal.

Pour renforcer le soutien, le Dr Wyatt-Potage recommande le développement d’espaces communautaires autour d’activités partagées, des campagnes basées sur des témoignages locaux et des services accessibles, confidentiels et disponibles en dehors des heures de travail. Dans les entreprises, la formation des managers et l’exemple des leaders masculins peuvent créer un environnement où demander de l’aide devient possible.

Elle conclut en disant que «si vous traversez une période difficile, cela ne remet pas en question votre force. Parler ne vous rend pas faible; cela aide votre corps et votre esprit à respirer de nouveau. Choisissez une personne de confiance et commencez par une phrase sincère. Vous comptez plus que vous ne le pensez, et votre vie mérite que vous demandiez du soutien.»

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