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Passeport diplomatique
Henry V. Jardine: «Nous voyons un potentiel considérable pour Maurice en matière d’économie bleue»
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Passeport diplomatique
Henry V. Jardine: «Nous voyons un potentiel considérable pour Maurice en matière d’économie bleue»
Notre émission «Passeport Diplomatique» vous invite à découvrir la diplomatie sous un autre jour : les relations diplomatiques, les enjeux internationaux et le partage culturel. Pour ce deuxième épisode, bientôt en ligne, immersion au cœur des relations États-Unis-Maurice avec l’ambassadeur des États-Unis, Henry V. Jardine.
Comment résumeriez-vous aujourd’hui le rôle de l’ambassade des États-Unis à Maurice ?
Notre rôle est d’être ce point de contact, cette source de communication entre Maurice et les États-Unis. Mais j’aime aussi penser que cela dépasse la seule relation entre gouvernements – qui est très positive – pour inclure directement le peuple mauricien. Lorsque nous cherchons à renforcer cette relation, nous voulons le faire avec un large éventail de la société mauricienne.
Si vous deviez parler de votre travail d’ambassadeur à un collégien, comment décririez-vous une journée type ?
Cela paraîtrait sans doute un peu fou car mes journées sont extrêmement variées. Je peux être ici avec vous, rencontrer une organisation non gouvernementale (ONG), une organisation communautaire ou un responsable gouvernemental. Chaque journée est une aventure. À un collégien, je dirais que mon travail consiste surtout à rencontrer, écouter, expliquer et créer des liens. J’ai la chance d’exercer un métier important, mais aussi très gratifiant. En cette période de Thanksgiving, je suis reconnaissant d’avoir l’opportunité de contribuer à rapprocher nos deux pays, qui partagent de nombreux intérêts et préoccupations ainsi que de multiples pistes de coopération. De plus, ce travail n’est jamais monotone. La diversité des activités, des programmes et des interlocuteurs me garde constamment en mouvement.
Que diriez-vous à un jeune Mauricien qui rêve d’étudier, de faire de la recherche ou de créer une start-up aux États-Unis ?
Je lui dirais de suivre son rêve, c’est essentiel. Les États-Unis sont un pays d’opportunités, construit par des gens venus du monde entier. Ma propre famille est arrivée du Royaume-Uni, je suis un Américain de première génération. Leur désir d’offrir une vie meilleure a rendu possible mon parcours. Pour un Mauricien souhaitant partir aux États-Unis, les possibilités sont immenses: environ 3900 universités et collèges couvrant tous les domaines – technologies de pointe, informatique, histoire, culture, arts. Je reconnais que le processus peut sembler complexe mais notre bureau Education USA à l’ambassade est là pour conseiller et accompagner. Il suffit de chercher Education USA Mauritius en ligne. Pour l’entrepreneuriat et l’investissement, notre section économique peut orienter vers les agences américaines compétentes, notamment la Foreign Commercial Service, responsable des liens commerciaux. Bref, suivez votre rêve et n’hésitez pas à venir chercher des informations.
Quels sont, selon vous, les trois axes les plus stratégiques de la relation Maurice-États-Unis ?
Par rapport à la coopération en matière de sécurité, notamment maritime, chaque année, nous organisons un exercice multinational avec Maurice, les Seychelles, Madagascar et d’autres pays africains, coordonné par l’AFRICOM. Nous travaillons sur la lutte contre les stupéfiants, la pêche illégale, la réponse aux catastrophes ainsi que la sécurité portuaire. Le Federal Bureau of Investigation (FBI) collabore étroitement avec la Financial Crimes Commission (FCC), la police mauricienne, notamment sur le crime organisé, le blanchiment, les enquêtes complexes. Des agents du FBI sont déployés régulièrement. La Drug Enforcement Administration (DEA) apporte aussi des renseignements, ce qui a permis d’intercepter des narcotiques en route vers Maurice.

Sur le volet économique et commercial, après un sommet d’affaires en 2024, organisé par l’ambassade des États-Unis en collaboration avec l’Economic Development Board, Maurice accueillera en juillet prochain le U.S- Africa Business Summit, avec potentiellement des milliers de participants. Nous accompagnons aussi des entreprises mauriciennes vers des foires comme ENLIT sur les énergies renouvelables. Sur le plan éducatif et social, bourses, programmes d’échanges et partenariats avec les ONG composent un large éventail d’initiatives pour renforcer les relations entre nos peuples.
Maurice est en première ligne du changement climatique. Comment s’articule la coopération américaine en matière de résilience climatique et d’économie bleue ?
Les impacts sont déjà visibles : pluies soudaines, inondations graves à Port-Louis, modification des régimes météorologiques… À propos de la résilience climatique, l’United States Army Corps of Engineers, référence mondiale en ingénierie civile (notamment les digues en Louisiane), a envoyé, cette année, une équipe d’experts pour évaluer les infrastructures et proposer des recommandations adaptées. Des spécialistes du Pacific Disaster Center et du Center for Excellence in Disaster Management and Humanitarian Assistance ont également formé les autorités mauriciennes.
S’agissant de l’économie bleue, nous voyons un potentiel considérable pour Maurice. L’idée centrale : cesser de se concentrer uniquement sur les industries terrestres alors que la véritable ressource du pays, c’est la mer. L’expert américain Jason Heckathorn a conseillé le gouvernement sur la structuration d’un secteur durable : recherche de marchés, identification d’espèces adaptées à l’aquaculture, zones propices et mécanismes de financement. J’ai visité la Ferme marine de Mahébourg, dont le marché principal est les États-Unis. Une réussite qui montre le potentiel du secteur. Des experts de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) ont aussi aidé l’Indian Ocean Rim Association (IORA) à établir une stratégie régionale pour l’économie bleue.
Les États-Unis sont à la pointe de la révolution numérique et de l’IA. Comment cela influence-t-il leur coopération avec Maurice ?
Nous avons beaucoup échangé avec Avinash Ramtohul, le ministre des Technologies de l’Information et de la Communication à ce sujet. Nous avons fait venir Ernie Fernandez, ancien vice-président de Microsoft, pour partager des solutions concrètes sur l’intégration de l’IA dans les entreprises et sur les cadres réglementaires nécessaires. Bien évidemment, toute technologie comporte des risques, mais l’objectif n’est pas d’adopter une approche «zéro risque», qui freinerait l’innovation. Nous souhaitons travailler avec le secteur privé pour aider Maurice à définir un cadre législatif permettant d’exploiter l’IA au bénéfice de la population, tout en encadrant les dérives potentielles.
Comment les États-Unis envisagent-ils leur coopération énergétique avec Maurice, notamment dans les renouvelables ?
Nous pensons que la réussite passe par l’investissement privé. En 2024, nous avons organisé un sommet d’affaires réunissant plusieurs entreprises du secteur des énergies renouvelables. Nous facilitons aussi l’accès des délégations mauriciennes à des événements internationaux comme ENLIT où se rencontrent les principaux acteurs mondiaux des renouvelables. L’ambassade elle-même donne l’exemple : notre nouveau bâtiment intégrera panneaux solaires, récupération d’eau, végétation endémique, conception passive et une certification environnementale LEED Silver, voire plus.
Les États-Unis reconnaissent-ils officiellement le gouvernement malgache de la Refondation ? Comment cela se traduit-il diplomatiquement ?
Notre ambassadrice à Madagascar, Claire Pierangelo, a assisté à l’investiture du colonel Michael Randrianirina et a des échanges étroits avec les nouvelles autorités. Nous les encourageons fermement à rétablir des institutions démocratiques, la transparence et une bonne gouvernance.
Concernant Mamy Ravatomanga, que signifie pour vous le retrait de ses privilèges diplomatiques ? Il n’a jamais eu de statut diplomatique à Maurice. Il aurait pu être ou non consul honoraire à Madagascar, mais cela ne lui confère aucun privilège à Maurice. Madagascar a d’ailleurs confirmé qu’il ne l’était pas. Un statut diplomatique dans un pays ne vaut jamais l’immunité dans un autre. Il est donc erroné de prétendre qu’il disposait ici de privilèges diplomatiques.
À votre connaissance, Mamy Ravatomanga détient-il des intérêts dans des entreprises américaines ou en lien avec les États-Unis ?
Les États-Unis mènent une enquête approfondie concernant son rôle présumé dans le détournement de cinq Boeing 777 vers l’Iran. Nous collaborons étroitement avec les autorités mauriciennes. Cette enquête est d’autant plus importante que la Financial Action Task Force (FATF) évaluera Maurice en 2027, avec une collecte d’informations dès 2026. La rigueur des investigations en cours envoie un message positif sur la gouvernance du secteur financier mauricien.
Dans l’esprit de «Passeport diplomatique», pouvez-vous partager une histoire ou un moment marquant qui illustre la diplomatie «behind the scene» ?
La diplomatie peut parfois être… très physique ! J’estime essentiel de sortir du bureau car les vraies connexions se font sur le terrain. Ces derniers mois, nous avons parcouru l’île à vélo. Un trajet nous a menés de Mapou à Roches-Noires: visite du conseil de district, du monument Paul et Virginie et d’un centre religieux fondé par un pandit américain venu d’Hawaï dans les années 1970. Un autre parcours, de Bambous au Morne, nous a permis de découvrir le site historique, le cimetière post-abolition, une reconstitution de village et une pépinière d’endémiques destinée au nouveau site de l’ambassade. Ces moments permettent de voir l’île autrement, de rencontrer davantage de Mauriciens et de pratiquer une diplomatie de terrain, au plus près de la société – là où, pour moi, la diplomatie prend vraiment tout son sens.
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