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Questions à…
Numa Rengot : «La visite du président Macron est un signal fort de consolidation économique»
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Questions à…
Numa Rengot : «La visite du président Macron est un signal fort de consolidation économique»
Numa Rengot, avocat associé du cabinet Franklin.
Avocat associé au sein du cabinet Franklin – société d’avocats au Barreau de Paris –, Numa Rengot est spécialiste du «restructuring» et d’opérations transfrontalières. Il a participé à la mission d’entreprises du Comité Afrique de Mouvement des entreprises de France (Medef) International, organisée en parallèle au déplacement officiel du président Emmanuel Macron à Maurice.
Que représente la visite du président Macron à Maurice ?
La visite du président Emmanuel Macron à Maurice, les 20 et 21 novembre, doit être lue par la communauté d’affaires comme un signal fort de consolidation économique. Au-delà de la diplomatie classique, ce déplacement vise à sécuriser et à dynamiser les flux commerciaux dans une zone où la concurrence internationale s’intensifie. Pour les investisseurs et les décideurs économiques, je relève trois piliers stratégiques de cette visite : l’axe Réunion-Maurice, la consolidation de Maurice comme hub de projection vers l’Afrique, et la montée en puissance de l’économie bleue et de la transition énergétique.
Comment se décline l’axe Réunion-Maurice ?
C’est le cœur du réacteur économique régional. La visite présidentielle met en lumière la nécessité de dépasser la simple concurrence pour créer un marché intégré, où La Réunion et Maurice sont appelées à former un véritable binôme complémentaire. Concrètement, cela passe d’abord par une meilleure intégration des chaînes de valeur, avec des investissements croisés déjà visibles : partenariat du groupe IBL Ltd avec le groupe SAB de La Réunion dans la reprise des hypermarchés Run Market, rapprochements entre le groupe Isautier et certains acteurs mauriciens tournés vers l’Afrique, ouverture du capital d’Air Austral, etc.
Cet axe se traduit aussi par une coopération renforcée en matière de sécurité alimentaire et d’agriculture : face aux défis logistiques mondiaux, la France pousse à une forme d’autosuffisance régionale, avec des accords facilitant les échanges de produits agroalimentaires entre les deux îles. Un exemple emblématique est la signature d’un protocole d’accord garantissant l’approvisionnement en blé français aux Moulins de la Concorde (Eclosia), sous l’égide d’Emmanuel Macron. Enfin, la Tech et l’innovation constituent un troisième pilier : la French Tech réunionnaise et le secteur des technologies de l’information et de la communication mauricien cherchent à mutualiser leurs forces pour peser davantage face aux géants mondiaux, notamment dans le Business Process Outsourcing à haute valeur ajoutée et la cybersécurité.
Comment Maurice se positionne-t-elle comme hub de projection vers l’Afrique ?
Pour la France, Maurice reste la porte d’entrée la plus stable et la plus juridiquement sûre vers l’Afrique de l’Est et australe. La visite conforte la position de Maurice comme place financière de référence : pour les entreprises françaises, utiliser la juridiction mauricienne pour investir en Afrique permet de sécuriser les actifs, grâce au réseau de traités de non-double imposition et de protection des investissements dont dispose l’île. Parallèlement, avec les projets d’extension portuaire et aéroportuaire, Maurice se positionne comme le hub logistique de l’océan Indien. La France, via l’Agence française de développement et ses grands groupes (bâtiment et travaux publics, transport), se place pour capter ces marchés d’infrastructures.
Comment l’économie bleue et la transition énergétique deviennent-elles les nouveaux gisements de coopération ?
Le business de demain dans l’océan Indien est bleu et vert. La visite d’Emmanuel Macron met l’accent sur deux secteurs où l’expertise française est attendue. D’une part, les énergies renouvelables : Maurice vise 60 % d’énergies renouvelables d’ici 2030 et les entreprises françaises (solaire, éolien, biomasse) sont en première ligne pour répondre aux appels d’offres, en partenariat avec les acteurs locaux. La coopération Réunion-Maurice sur les réseaux intelligents (smart grids) constitue à cet égard un modèle exportable. D’autre part, l’exploitation durable des océans : au-delà de la pêche, l’économie bleue inclut la biotechnologie marine et la gestion de l’eau. La France propose ici un transfert de technologie en échange d’un accès privilégié à ce marché émergent.
Le mot de la fin sur cette visite présidentielle ?
En synthèse, pour le secteur privé, cette visite n’est pas seulement protocolaire ; elle est résolument opérationnelle. Elle vise à lever les dernières «barrières douanières», à harmoniser les normes entre La Réunion et Maurice, et à rassurer les investisseurs français sur la stabilité fiscale et politique de l’île sœur. Gageons qu’il s’agisse là d’un signal fort en faveur de la structuration d’un pôle économique dans la zone des Mascareignes, capable, à terme, de rivaliser avec les grands hubs asiatiques.
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