Publicité
Étude
42 % des Mauriciens ont subi des violences sexuelles
Par
Partager cet article
Étude
42 % des Mauriciens ont subi des violences sexuelles
Le Caudan Arts Centre a accueilli, le mercredi 19 novembre, une cérémonie à forte portée symbolique pour la célébration conjointe de la Journée internationale des droits de l’enfant et le 20e anniversaire de Pédostop. L’événement, en présence de la présidente de l’organisation non gouvernementale (ONG), Reena Moonoosamy, de la ministre de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille, Arianne Navarre-Marie, de la Resident Coordinator des Nations unies, Lisa Singh, et d’autres personnalités, a pris une dimension particulière avec la diffusion du premier National Survey on Prevalence of Sexual Violence et le lancement du livre Je dis NON. Le livre, destiné aux enfants de six à 11 ans et financé par la Scott Smile Foundation, a été présenté comme un outil clé de prévention. Pensé pour aider les plus jeunes à reconnaître des situations à risque, il s’inscrit dans une démarche visant à encourager la prise de parole et l’autoprotection dès le plus jeune âge.
Le chiffre phare révélé par cette étude a saisi l’auditoire : 42 % des Mauriciens déclarent avoir subi une forme de violence sexuelle au cours de leur vie. À Rodrigues, ce taux s’élève à 31 %. Ces statistiques, issues d’une étude menée par Analysis-Kantar et financée par la fondation Joseph Lagesse, constituent désormais une base de référence incontournable pour comprendre l’ampleur d’un phénomène longtemps traité comme tabou. La diffusion des résultats, assurée par l’équipe de Kantar, a mis en lumière l’ampleur des violences, leur sous-déclaration – à peine 3 % des cas sont rapportés aux autorités – ainsi que leurs conséquences souvent durables sur la santé mentale, la vie sociale et le parcours de vie des victimes.
En ouvrant la cérémonie, Reena Moonoosamy a rappelé le sens de cette journée dédiée aux droits de l’enfant. «Ce jour n’est pas seulement symbolique : c’est un appel à l’action, à la réflexion et à la responsabilité afin que chaque enfant grandisse dans la dignité, la sécurité et l’amour.» Elle a également souligné que cette année marque une transition majeure pour l’ONG, qui intensifie ses actions de terrain. «Les findings suggèrent que quatre enfants sur dix à Maurice et un sur trois à Rodrigues ont subi une forme d’abus sexuel. Derrière ces chiffres, il y a des histoires humaines de trauma et d’espoir», en insistant sur la nécessité d’une action collective. «Aucun acteur ne peut accomplir cette mission seul. La collaboration est la seule voie possible.»
La ministre Navarre-Marie a réagi avec gravité aux chiffres présentés. «À Maurice, 42 % des enfants interrogés déclarent avoir été victimes, au moins une fois, d’abus sexuel ou de violence. À Rodrigues, ce chiffre atteint 31 %. Ces chiffres, bouleversants, nous obligent à sortir du confort de l’ignorance», a-t-elle affirmé. Elle a rappelé que plus de 6 200 cas d’abus et de négligence avaient été enregistrés en 2024, soulignant que ce nombre, aussi inquiétant soit-il, reflète également une hausse des signalements et une prise de conscience croissante. Elle a annoncé plusieurs réformes, dont la transformation de la Domestic Violence Act en Domestic Abuse Act, qui offrira un cadre légal plus robuste et de nouvelles mesures de protection en ligne face à l’essor des violences numériques. «Un enfant est le plus grand des cadeaux», a-t-elle rappelé, insistant sur le devoir collectif de protection.
La cérémonie s’est poursuivie avec une table ronde réunissant Oskar Benedikt, ambassadeur de l’Union européenne à Maurice, Aneeta Ghoorah, Ombudsperson for Children, Me Nadjiyya Dauhoo, de la Victims Unit du bureau du Directeur des poursuites publiques, et Me Lovena Sowkhee, avocate affiliée à Pédostop. Les échanges ont porté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de signalement, d’améliorer la formation des intervenants et de bâtir une prise en charge plus humaine et efficace pour les enfants victimes. Tous les intervenants ont souligné les avancées récentes portées par Pédostop, notamment l’ouverture de salles d’audition adaptées aux enfants dans les différents locaux de la Brigade de la protection de la famille, la distribution de 1 000 comfort bags pour accompagner les enfants victimes, la création d’une unité de soutien à Rodrigues et la formation de plus de 100 professionnels, en partenariat avec le Centre hospitalier universitaire de La Réunion et d’experts internationaux.
Cette célébration s’est conclue par un appel unanime à briser le silence. «Chaque enfant a le droit à la sécurité, à la dignité et à une vie sans peur», a résumé Reena Moonoosamy, réaffirmant la mission de l’ONG. Dans une atmosphère empreinte d’émotion et de détermination, l’événement a rappelé que protéger les enfants, ce n’est pas seulement agir. C’est aussi tenir une promesse, celle d’un avenir où la violence n’a plus sa place.
Publicité
Publicité
Les plus récents