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Fin du programme «Grant in aid» pour les pré-primaires
La CTSP se mobilise pour sauver 40 000 travailleurs
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Fin du programme «Grant in aid» pour les pré-primaires
La CTSP se mobilise pour sauver 40 000 travailleurs
■ La CTSP a organisé un rassemblement au Jardin de la Compagnie, le samedi 8 novembre, pour dénoncer la fin du programme GIA et réclamer la protection des emplois dans les écoles pré-primaires privées. © Dev Ramkhelawon
Le samedi 8 novembre, un rassemblement organisé par la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP) a eu lieu au jardin de la Compagnie à Port-Louis. Une conférence de presse et une manifestation publique ont été tenues pour alerter l’opinion sur la décision du gouvernement de mettre fin au programme «Grant in Aid» (GIA) pour les écoles préprimaires, une mesure qui menace directement l’emploi de centaines d’enseignants, assistants et agents d’entretien à partir de janvier 2027.
Selon Reeaz Chuttoo, président de la CTSP, cette décision du gouvernement intervient après une année de tergiversations et de négociations infructueuses. Il dénonce une politique qui sacrifie l’avenir des jeunes et la stabilité des familles. «Beaucoup me posent la question : pourquoi cette décision ? Qu’allons-nous faire ?» dit-il. «Nous voulons connaître la véritable raison de cette coupure, mais surtout, nous demandons un plan d’action politique clair.»
Il souligne que cette décision va laisser sur le carreau près de 40 000 travailleurs, dont des enseignants, assistants, agents d’entretien et gestionnaires de crèches privées. Ces employés, souvent issus de milieux modestes, risquent de perdre leur emploi dans moins de deux mois, sans perspective claire de reconversion ou de soutien financier.
«Nos salaires sont rabotés»
Lors de la conférence, plusieurs intervenantes ont pris la parole pour exprimer leur détresse. Prudence, directrice d’une crèche à Pointe-aux-Sables, témoigne : «Chaque année, c’est la même chose. Les ministres changent, et nos salaires sont rabotés. En 2025, on nous annonce qu’on nous supprimera. Mais c’est notre vie, nos familles, nos enfants qui sont en jeu.» Elle déplore que malgré la «gratuité» annoncée jusqu’en 2026, la réalité du terrain est tout autre. «Ce qu’on veut, c’est une reconnaissance de notre travail, une rémunération décente. Notre salaire actuel ne couvre même pas nos besoins de base. Nous ne demandons pas la lune, juste la justice.»
Jane Ragoo, secrétaire générale de la CTSP, insiste : «Le combat continue. La décision du comité interministériel de vendredi n’est qu’un répit temporaire d’un an. En réalité, l’avenir du programme GIA est incertain après 2026. Nous préparons un rapport détaillé que nous soumettrons au gouvernement d’ici deux mois.»
Reeaz Chuttoo évoque également le contexte plus large de cette crise. Depuis 2012, la CTSP a mené de nombreuses luttes pour améliorer la reconnaissance et la rémunération des éducateurs de la petite enfance. Il rappelle que, sous l’ancien ministère du Travail, un accord politique avait été signé pour assurer un salaire minimum de Rs 20 000 pour les éducateurs du secteur, une revendication longtemps portée par la confédération.
Cependant, l’évolution des politiques publiques a souvent été marquée par des compromis et des reculs. «En 2017, on nous annonçait une hausse à Rs 1 500, puis en 2018, on a continué à réduire nos droits. Aujourd’hui, on nous propose Rs 2 750 par mois, soit à peine le minimum vital, pour des responsabilités énormes», déplore Chuttoo.
Il affirme que cette nouvelle politique de rémunération ne répond pas aux besoins réels des éducateurs, et dénonce une logique de précarisation qui fragilise le secteur. «Nous ne pouvons pas accepter que notre travail, essentiel à la société, soit réduit à une rémunération indigne», ajoute-t-il.

Les témoignages recueillis sur place illustrent également la détresse des familles et des professionnelles. Manjoo Runghen (photo), une habitante de Rose-Hill, confie : «Il est très difficile de faire face à un salaire de Rs 2 750 pour un enfant en école pré-primaire. Entre la nourriture, les fournitures scolaires, les frais divers, cela ne suffit pas.»
Une enseignante de Quatre-Bornes, Heemalini Nathoo (photo), témoigne : «Je travaille depuis vingt ans dans ce secteur. Ce n’est pas facile, mais j’aime mon métier. Aujourd’hui, on nous dit qu’on perdra tout en janvier 2027. Si le gouvernement ne change pas d’avis, beaucoup d’entre nous risquent de se retrouver sans emploi, avec des familles à soutenir.»

La colère s’exprime aussi chez les délégués de la CTSP, qui dénoncent l’absence de dialogue constructif de la part du gouvernement. «Nous demandons simplement à être entendus, à négocier dans la transparence et la justice. La lutte syndicale, ce n’est pas une guerre, c’est une bataille quotidienne pour la dignité des travailleurs», insiste Nathalie, déléguée de la confédération.
Face à cette crise, la CTSP annonce qu’elle ne baissera pas les bras. D’ici la fin de l’année, elle prévoit d’organiser d’autres rassemblements, des campagnes d’information et des actions de sensibilisation pour mobiliser l’opinion publique.
L’objectif est clair : obtenir un engagement ferme du gouvernement pour une transition équitable, garantir le maintien des emplois dans le secteur et assurer une rémunération digne pour tous les éducateurs de la petite enfance. La confédération réclame également la mise en place d’un dispositif de soutien financier pour les familles les plus vulnérables affectées par cette décision.
«Notre combat ne concerne pas seulement nos emplois, mais aussi l’avenir de nos enfants et la qualité de l’éducation dans notre pays. Nous devons défendre un secteur qui construit le socle de la société de demain.», précise Jane Ragoo.
Ce conflit met en lumière la place essentielle de l’éducation de la petite enfance dans le développement national. Selon les experts, investir dans cette étape clé permet d’assurer une meilleure intégration sociale, une réduction des inégalités et une croissance économique durable.
Cependant, la réalité est tout autre : sous-financement chronique, précarisation des personnels, manque de reconnaissance. La décision du gouvernement de supprimer le GIA sans plan alternatif précis ne fait qu’aggraver cette situation.
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