Publicité

Carrière

Walls Of Dubrovnik : Chronique d’un parcours hors-norme

7 novembre 2025, 10:18

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Walls Of Dubrovnik : Chronique d’un parcours hors-norme

Une trajectoire stellaire. Des courses d’anthologie et une place amplement méritée dans le panthéon du turf mauricien. Après avoir fait vibrer le Champ-de-Mars par 16 fois, Walls Of Dubrovnik, le cheval de coeur de beaucoup de turfistes de la nouvelle génération goûte enfin à sa douce retraite au Centre Équestre de Riambel, sa légende intacte.

Comme le souligne si bien un de ses anciens propriétaires, Shea Mannick (voir hors-texte), Walls Of Dubrovnik est le coursier de toute une vie. Beaucoup d’amoureux de la race équine poursuive ce rêve, mais très peu arrivent à le toucher des doigts. Au final, c’est ce qui rend sans doute ce sport aussi passionnant au-delà de la considération financière que véhicule généralement l’image des courses hippiques. De même que nos aînés nous ont compté les exploits des Azul, Noble Salute et autres coursiers de légende, cette génération-ci relatera aux turfistes de demain le privilège qu’elle a eu de vivre l’épopée de Walls Of Dubrovnik au Champ-de-Mars. Et c’est sans aucun doute le plus bel hommage qu’elle pourra rendre à ce coursier d’exception.

Oui, on parle bien ici d’un coursier d’exception car qui aurait pu penser un seul instant que ce fils de l’étalon Fencing Master aurait eu une si brillante carrière sur le turf mauricien ? Probablement même pas Mukund Gujadhur, qui a déniché cette pépite élevée au Hemel’n Aarde Stud (Ndlr: le paradis sur terre en Afrikaans) en Afrique du Sud. Le fils de Ramapatee Gujadhur a, certes, l’oeil pour repérer les talents, mais le tour de force qu’a accompli Walls Of Dubrovnik dépasse l’entendement. Et cérise sur le gâteau, il n’aurait coûté que la modeste somme de 120 000 rands (!) à Pound Bloodstock pour le compte de l’entraîneur Michael Miller avant d’être acquis par Mukund Gujadhur.

PAGE 04-3.jpg

Mais c’est bien sous les noms de David Chui Wan Cheong, Reynolds Chung, Shea Mannick et ses autres heureux propriétaires que Walls Of Dubrovnik a écrit une des plus belles pages des courses hippiques mauriciennes des temps modernes.

“Walls” s’est d’ailleurs révélé au turf mauricien par une entrée en matière fracassante, vainqueur par 7,35L de Badawee. Une puissance pure au démarrage. Du coeur dans chaque foulée. Et une détermination à toute épreuve quand vient poindre la ligne d’arrivée. Walls Of Dubrovnik était, à l’image des remparts autour de la cité croate (d’où son nom est probablement inspiré), un obstacle infranchissable pour bien des adversaires.

Il a d’ailleurs fallu toute la science du chevronné Ricky Maingard, le métier de Bernard Fayd’herbe et toute la classe d’Undercover Agent pour mettre en déroute pour la première fois le dragster de David Chui Wan Cheong et consorts le 8 octobre 2022 alors qu’il était en lice pour une 9e victoire de rang.

L’explosif Andre Luis da Silva, ou ‘Lucky Luke’ par ses fans mauriciens, avait été pointé du doigts par certains pour son apparent excès de confiance ce jour-là, mais le Brésilien s’est racheté de la plus belle des manières dans la Coupe d’Or pour assurer l’immortalité de Walls Of Dubrovnik dans le panthéon du turf mauricien. Le jockey auriverde, qui avait les larmes aux yeux en rentrant au paddock, s’était réconcilié avec tous les aficionados de Walls, son unique revers jusqu’alors n’étant plus qu’anecdotique.

Le temps est assassin, nous disait le chanteur Renaud dans sa célèbre chanson Mistral Gagnant. Et il s’est vérifié pour “Walls” au crépuscule de sa carrière. Malgré le fait de laisser ses tripes à chacune de ses sorties, Walls était de moins en moins impérial, la faute au temps qui passe, mais aussi en raison d’adversaires plus jeunes et probablement plus talentueux, sans oublier ses récents ennuis de santé.

tab.jpg

Quand on possède un coursier aussi attachant que Walls Of Dubrovnik, la tentation de vouloir le garder en compétition peut s’avérer difficile à résister afin de se retirer avec panache sur une victoire dans un Groupe 1 par exemple. Mais l’entourage de Walls Of Dubrovnik, dans sa grande sagesse, a opté contre la poursuite de cette chimère, histoire d’accorder à son poulain tous les honneurs qu’il mérite et ne pas ternir son héritage. Pour cela, nous ne pouvons que les saluer.

Walls Of Dubrovnik peut à présent profiter de sa retraite bien méritée. Il a d’ailleurs été accueilli à bras ouverts par Arunima Bhunjun et toute l’équipe du Centre Équestre de Riambel, qui a été fondé en 1999. Entre balades à la plage et siestes prolongées (son péché mignon), Walls Of Dubrovnik découvre une nouvelle vie. Et ce n’est que justice pour cette légende du turf mauricien.

****** 

Shea Mannick : «My horse of a lifetime»

PAGE 05-4.jpg

C’est avec le cœur lourd que j’écris ces lignes. Aujourd’hui, je rends hommage à Walls Of Dubrovnik, ce cheval exceptionnel qui m’a offert une aventure que tout propriétaire de course rêverait de vivre.

Après une brillante carrière et des moments de pure magie, nous avons pris la décision de le mettre à la retraite pour des raisons de santé. «Walls» pour les intimes, ce cheval au grand cœur et au courage immense, a tout donné. Il totalise 18 victoires, dont 2 en Afrique du Sud et 16 à Maurice. Parmi elles, la plus mémorable restera à jamais la Coupe d’Or 2022, qui lui a valu le titre de Cheval de l’Année.

En 2021, il avait déjà été élu «Up and Coming Horse» et il n’a pas déçu. Avec lui, j’ai vécu un véritable conte de fées. Cette année, lors de sa course de rentrée, il s’est blessé. Grâce à la patience et aux soins de Vicky (Ruhee), nous avons espéré un dernier triomphe, juste pour la gloire. Mais après sa dernière course, il est de nouveau rentré boiteux.

D’un commun accord avec Vicky et les autres copropriétaires, nous avons choisi d’écouter notre cœur plutôt que notre ambition … il était temps de lui offrir du repos. Walls n’est pas qu’un champion. C’est un cheval intelligent, affectueux, qui adore les câlins et qui s’est toujours donné sans compter à chaque course. Il m’a offert des frissons, des larmes de joie et ce sentiment indescriptible de fierté. Oui, j’ai vécu ce que beaucoup espèrent vivre au Champ-de-Mars. D’ailleurs, je voudrais souhaiter aux amoureux de la race équine de vivre une histoire aussi féerique que celle que nous avons vécue!

Il va désormais couler une retraite paisible au Centre Équestre de Riambel. Je remercie du fond du cœur Arunima Bhunjun de l’accueillir et de veiller sur lui. Il va terriblement me manquer, mais notre histoire ne s’arrête pas là, car j’aurai désormais le bonheur de le monter. Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont contribué pendant sa carrière: entraîneurs, palefreniers, jockeys, vétérinaires, propriétaires et tous ceux qui ont cru en lui. Merci Walls. Bonne retraite, mon champion. Champions never die. See you soon my boy...

Publicité