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Philosophe et auteur de «Phronesis»

Kerslay Melanie : «La phronesis est la capacité à trouver l’équilibre entre deux extrêmes»

3 novembre 2025, 13:00

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Kerslay Melanie : «La phronesis est la capacité à trouver l’équilibre entre deux extrêmes»

L’Institut Cardinal Jean Margéot (ICJM) à Rose-Hill a fait salle comble, le lundi 27 octobre, lors de la sixième édition de sa soirée littéraire, qui avait pour invité le philosophe et écrivain Kerslay Melanie. L’auteur de «Phronesis» a entraîné le public dans un voyage intellectuel, revisitant les grands penseurs – de Platon à Aristote, d’Épicure à Socrate – au fil d’un dialogue vivant sur la sagesse et l’action.

Quelle est votre définition de la philosophie ?

Je dirai que c’est l’art de définir ce que l’on entend par vérité, de pacifier la relation entre les êtres humains et de chercher le sens de la vie. Elle est une marche vers la plénitude de la sagesse – un effort constant pour réfléchir au monde, questionner notre existence et comprendre la part de raison, qui éclaire nos choix. La phronesis, pour moi, se présente comme une science pratique : la capacité à trouver l’équilibre entre deux extrêmes.

Vous avez parlé du concept de dialogue. Comment le définissez-vous ?

Le dialogue, c’est avant tout l’art de parler et d’écouter l’autre. C’est l’usage conscient de la langue comme instrument de compréhension mutuelle. Nous confondons souvent dialogue et échange d’opinions, trop souvent, nous commentons sans vraiment réfléchir. Or, un véritable dialogue suppose un sujet, un cadre et une intention de croissance – celle de grandir à travers la rencontre avec l’autre. Il existe une méthodologie pour cela. Aristote, dans sa démarche dialectique, en donnait déjà le modèle : définir le sujet, identifier ce qui lui est propre, le situer dans son genre et reconnaître ses accidents.

Comment trouver des ponts entre les différentes écoles de pensée ?

Il ne faut pas étudier la philosophie en s’arrêtant à une seule école. La pensée ne se cloisonne pas, elle se nourrit de diversité. Il faut lire, découvrir, confronter les idées, puis commencer à tracer ses propres chemins. Aristote parle de l’amitié, Épicure du plaisir et entre les deux, il est possible d’établir un pont.

Comment concilier l’énoncé «il n’y a pas de vérité absolue» avec les lois de la science ?

La science, elle aussi, n’est pas figée. Ce que l’on tenait pour certain hier, devient parfois obsolète demain. On a cru que la Terre était plate, puis qu’elle était le centre de l’univers. Plus tard, Newton a formulé la loi de la gravitation, qu’Einstein a revisitée à travers la relativité générale. Chaque avancée révèle à la fois un progrès et une limite. Je rejoins ici Socrate qui disait «la seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien». Cette posture me permet d’accueillir, d’accepter les connaissances et de ne pas tomber dans l’extrême.

Vous avez parlé de «la peur de l’inconnu qui nous empêche de sortir des cages».Comment la surmonter ?

Il faut d’abord reconnaître cet inconnu. Nous planifions souvent notre vie sans intégrer l’imprévu, et c’est là que naît la peur : elle survient lorsque le lendemain diffère de ce que nous avions prévu. Accepter que l’imprévu fasse partie de notre existence, c’est apprendre à l’accueillir plutôt qu’à le redouter ou à paniquer. La philosophie stoïque nous offre un outil précieux : distinguer ce qui est en notre contrôle de ce qui ne l’est pas. Pour ce qui dépend de nous, agir avec discernement ; pour ce qui échappe à notre pouvoir, l’accepter avec sérénité. Comprendre et appliquer cette distinction réduit le stress et nous permet de nous libérer progressivement de nos propres cages.

Vous avez dit que «la réponse se trouve en nous». Comment la trouver justement ?

Socrate a parlé de *«la sage-femme de l’homme», c’est-à-dire, aider, à travers l’introspection, à faire émerger la réponse qui se trouve déjà en nous. Cela passe par le dialogue, un esprit ouvert, la curiosité et la disposition à se poser. C’est dans ces moments d’introspection que l’on peut véritablement découvrir ce que l’on porte en soi. Nous avons aussi une responsabilité envers les autres : plutôt que de leur donner une réponse ou une solution toute faite, il est préférable de leur permettre de retirer eux-mêmes ce qu’ils ont en eux.

Pourquoi avoir choisi le titre «Phronesis» pour votre livre ?

Phronesis est un terme grec, qui désigne la prudence, mais au sens large d’une sagesse pratique. Il permet de relier différentes écoles de pensée et de viser le juste milieu : ni téméraire, ni lâche mais équilibré. C’est cette capacité à réfléchir avec raison et discernement, qui nous aide à bien vivre, à agir avec solidarité et à tendre vers l’excellence de notre existence.

Comment votre ouvrage est-il structuré ?

C’est un livre qui pose des questions, comme un guide, et non un livre de réponses toutes faites. Ce sont des questions personnelles, individuelles, qui permettent de faire un véritable examen de conscience sur soi-même. Je commence le livre en disant que l’on est dans une cave, qui représente une force de croyance. À partir de là, je propose des questions et des exercices pour mener à des actions visant à aider chacun à explorer et à dépasser ses propres limites.

Votre livre s’adresse-t-il à un public averti ou peut-il être lu par tous ?

Les questions sont simples et les textes ne sont pas longs. Les extraits, choisis parmi différentes écoles philosophiques, rendent le livre accessible. Il est donc abordable aussi bien pour des étudiants que pour des personnes plus âgées, sans connaissance préalable en philosophie. Le livre est disponible à la librairie Le Printemps et peut aussi être directement commandé via WhatsApp sur le 5250‑8039.

Qu’est-ce que la richesse pour vous ?

Prenons un exemple : une personne qui ne désire rien est la personne la plus riche. C’est le niveau de désir qui nous rend pauvres ou riches. Si ce que j’ai me suffit et que je ne désire rien de plus, je suis riche. Mais si j’ai des milliards et que je désire toujours davantage, je reste pauvre. Et cela, Épicure l’explique très bien.

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