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Commerce

Noël sous tension : les commerçants face à la concurrence des marchands de rue

2 novembre 2025, 14:00

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Noël sous tension : les commerçants face à la concurrence des marchands de rue

À l’approche des fêtes, la tension monte entre les commerçants établis et les vendeurs de rue. Pouvoir d’achat en berne, ventes en ligne en hausse, loyers et taxes qui étranglent : la saison s’annonce sous haute pression.

À un mois des festivités de fin d’année, l’effervescence gagne déjà les centres-villes et les galeries marchandes. Les commerçants s’organisent, peaufinent leurs vitrines et planifient leurs stocks en prévision de la traditionnelle ruée des consommateurs de novembre et décembre. Mais cette année, l’ambiance est teintée d’inquiétude. Face à la montée fulgurante du commerce en ligne et à la présence toujours plus visible des colporteurs, les acteurs du commerce formel redoutent une saison particulièrement difficile.

Le gouvernement, conscient des tensions croissantes dans ce secteur, s’apprête à durcir le ton. Un comité interministériel planche actuellement sur des mesures destinées à réguler l’activité des marchands ambulants illégaux, dont les ventes saisonnières se multiplient à l’approche des fêtes.

«D’ici quelques semaines, les acheteurs vont commencer à affluer. Mais cette année encore, la concurrence est féroce », soupire Raj Appadu, président du Front commun des commerçants de l’île Maurice. Pour lui, les commerçants établis, qui paient des loyers, des licences et des taxes, font face à une injustice flagrante. «Vous avez un emplacement que vous payez, sans parler de la patente. À cela s’ajoutent les salaires, les contributions à la MRA, tout se fait dans la transparence. Et pendant ce temps, d’autres s’installent dans les rues sans rien payer», déplore-t-il.

Selon lui, la situation s’est aggravée ces dernières années. «Aujourd’hui, certains colporteurs sont aussi devenus importateurs. Ils passent à la douane, paient leurs 15 %, puis revendent leurs produits sur le trottoir, dans leurs maisons ou à bord de vans qui sillonnent le pays. C’est un système parallèle qui met en péril les commerces légaux.»

Raj Appadu affirme que cette concurrence déloyale prive les commerçants établis du profit qu’ils réalisaient autrefois. «Tous les ans, cela se répète. Et les bénéfices disparaissent. Dans plusieurs villes, on rouvre temporairement des espaces pour ces marchands occasionnels, qui ferment boutique dès janvier.»

Des promesses sans effet ?

Le président du Front commun estime que la situation dépasse les capacités d’un seul ministère. «Ces personnes ne paient pas la MRA, ni d’autres frais. Les promesses politiques se succèdent, mais sur le terrain, rien ne change. Le ministre des Collectivités locales devrait, en cette période, être plus présent sur le terrain pour constater la réalité.»

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Il plaide aussi pour une réflexion plus globale sur la redynamisation des centres-villes. «Les villes deviennent désertes après une certaine heure. Il faut encourager les commerces à rester ouverts plus tard, pas seulement pendant la période des fêtes. Cela stimulerait la vie urbaine et l’économie locale.»

Même son de cloche du côté de la Victoria Urban Terminal Stall Holder Association. Son président, Hyder Rahman, dresse un constat alarmant : «Il y a un ralentissement généralisé du commerce à travers le pays. Depuis le Budget de juin, avec la réduction de certaines allocations et la flambée des prix alimentaires, le pouvoir d’achat a chuté d’environ 75 %.»

Selon lui, la dépréciation de la roupie et la hausse des devises étrangères accentuent encore la pression sur les petites et moyennes entreprises.«Nous, commerçants légaux du Victoria Urban Terminal, payons une allocation mensuelle de Rs 4 000 à la mairie de Port-Louis, en plus d’un Trade Licence pour opérer. Pourtant, nous avons de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. »

Un appel à la fermeté face aux marchands saisonniers

Hyder Rahman affirme avoir lui-même alerté les autorités sur la nécessité d’un comité ministériel pour encadrer les marchands illégaux. «J’ai rencontré le Deputy Prime Minister il y a quelques semaines pour lui exposer la situation. J’ai expliqué qu’il existe un risque réel d’envahissement des rues de Port-Louis par des marchands saisonniers.»

Selon lui, certains de ces vendeurs occasionnels ne sont pas issus de milieux précaires. «Ces personnes ont un emploi stable, parfois même dans la fonction publique, mais deviennent marchands saisonniers en décembre. Ils occupent les trottoirs, vendent n’importe où, et prennent la place de ceux qui dépendent réellement de ce métier pour vivre. »

La crise touche toutes les strates du commerce : marchés, magasins, centres commerciaux et foires traditionnelles. «Les acheteurs se font rares, que ce soit dans les marchés ou les Malls», observe Hyder Rahman.

Il met également en garde contre la situation financière précaire de nombreux commerçants : «Plusieurs d’entre eux accumulent des retards de paiement vis-à-vis des municipalités et des conseils de districts. Même au Victoria Urban Terminal, certains doivent entre quatre et sept mois de redevances. Si aucune mesure n’est prise rapidement, ce sera la mort lente du commerce local.»

Entre le poids croissant du commerce numérique, les marchands illégaux qui s’installent en bordure de trottoir, et le pouvoir d’achat en berne, les commerçants avancent en terrain miné. Beaucoup espèrent que les mesures annoncées prochainement par le gouvernement permettront d’assainir le secteur et de redonner un second souffle au commerce formel.

Mais pour l’heure, c’est la prudence qui domine. À l’approche des fêtes, les vitrines s’illumineront comme chaque année, mais derrière les décorations et les guirlandes, les commerçants restent suspendus à une question cruciale : la saison de Noël sera-t-elle encore synonyme de relance ou marquera-t-elle une nouvelle épreuve pour le commerce mauricien ?

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