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Jatin Ramlowat : Le label Paradoxe Club sort son EP «Sega Tron» aux couleurs de l’océan indien
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Jatin Ramlowat : Le label Paradoxe Club sort son EP «Sega Tron» aux couleurs de l’océan indien
Joli coup que celui réalisé par le jeune Jatin Ramlowat, producteur de musique électronique dont le premier EP expérimental «Séga Tron» a plu au label français Paradoxe Club au point où l’actuel gérant Birol, l’a signé. Une visibilité qui a permis au jeune Mauricien d’obtenir des critiques flatteuses dans deux magazines spécialisés en musique électronique.
La musique électronique a son propre vocabulaire et si vous n’y êtes pas familier, vous aurez l’impression, dans un premier temps, d’être largué. C’est le sentiment que l’on a eu lorsqu’on a entamé une conversation avec Jatin Ramlowat, 22 ans, étudiant en troisième année de communication à l’université de Maurice et producteur de musique électronique. Il a heureusement fait notre éducation.
Depuis tout petit, ce Vacoassien, aîné de deux enfants, se passionne pour la musique et en particulier pour les rythmes. À 13 ans, alors qu’il étudie au collège du St Esprit, il suit en parallèle et pendant un an, un cours de guitare et de solfège au conservatoire François Mitterrand. Il se fait ensuite offrir un clavier sur lequel il apprend à arranger des sons en autodidacte. Mais ce qui le passionne le plus, ce sont les percussions. Il s’intéresse à plusieurs rythmes dont ceux du séga, du maloya réunionnais, et plusieurs autres rythmes mondiaux. «Faire de la musique est politique. C’est exprimer quelque chose. À une époque, le séga était mal vu. Or, les descendants d’esclaves s’exprimaient et racontaient leur vécu à travers le séga. Aujourd’hui, par exemple, on critique le dancehall en disant que c’est une musique vulgaire. Mais en fait, ceux qui font du dancehall expriment simplement leur vécu à leur façon. Généralement, ces musiques émanent de personnes marginalisées et qui ne sont pas prises en considération.»
Infusion
Poussant sa pensée plus loin, il déclare entendre des rythmes 6/8 similaires à celui du séga dans le Geet Gawai. «Quand j’écoute la musique du Bihar d’où viennent les ancêtres de bon nombre de Mauriciens mais aussi les miens, elle est très différente du Geet Gawai, qui est davantage joué en ternaire. Cela indique une évolution et que le Geet Gawai mais aussi que la musique des groupes comme Séga Thermogen, Lataniers et d’autres groupes similaires, ont été infusés par le rythme du séga. C’est une preuve que la culture mauricienne est basée sur le métissage et c’est ce concept d’infusion-là qui est l’inspiration principale de Séga Tron.”
À partir de là, Jatin Ramlowat s’est mis aux percussions sur son clavier MIDI et à arranger les sons produits avec la rythmique du séga qu’il a fusionnée avec les rythmes du maloya réunionnais, des sons africains, asiatiques et ceux de la diaspora africaine au Brésil et au Portugal. Cela a donné son interprétation personnelle du ségatronic, soit des sons infusés aux rythmes susmentionnés.
Il a beaucoup cogité durant le Covid-19 et en 2023, il a pensé à un projet d’enregistrement d’EP avec quatre sons de ségatronic. C’est en 2024 qu’il s’y est mis sérieusement, enregistrant ses rythmes de ségatronic sur son ordinateur et retravaillant ses sons sur un logiciel spécial.
Adoptant comme nom de scène ‘tripes’, anagramme du mot esprit, il a nommé son EP «Séga Tron». Prenant son courage à deux mains, en début d’année, il a envoyé l’EP Séga Tron contenant quatre sons en lien soundcloud privé par mail à plusieurs DJ étrangers et à certains labels dont le Paradoxe Club français, fondé par plusieurs personnes comme Birol, DJ et producteur qui gère à présent cette boîte. Ayant complété deux autres sons, il les a envoyés à nouveau aux personnes susmentionnées.
Reviews flatteuses
À sa grande surprise, en février, il a reçu une réponse du label Paradoxe Club, qui a confirmé qu’il veut sortir son EP, ce qui signifie que le label prend à ses frais le mastering, l’Art work, la communication presse etc. Et début septembre, «Sega Tron» est sorti sur des plateformes musicales telles que Spotify, Deezer, Apple Music et même sur Band Camp où il est possible d’acheter de la musique. Dans sa communication à Jatin Ramlowat, Birol a précisé qu’il a bien aimé ses sons. C’est d’ailleurs ce dernier qui lui a soufflé le titre Séga Tron. «Birol en écoutant mes sons n’arrêtait pas de dire : ça séga tron ! J’ai donc retenu Séga Tron comme titre pour l’EP.»
La visibilité de ce marketing a entraîné dans son sillage deux reviews de magazines de musique électronique connus à l’échelle mondiale, soit un feature dans DJ Mag sous la plume de Joseph Francis, qui contribue à plusieurs magazines de musique électronique et qui a même mis le lien de Band Camp pour encourager les amateurs à acheter, et une apparition sur Resident Advisor. «Le simple fait d’avoir une review dans DJ Mag signifie que Joseph Francis a aimé mes sons. Quant à Resident Advisor, on m’a donné deux features, soit This Week’s New Music et lorsque j’ai mis un mix pour annoncer la sortie de l’EP Séga Tron, on l’a qualifié de Mix of the Day.»
Une autre particularité de «Séga Tron» est que les sons ne comportent pas de drop, soit d’arrêts. «Il y a des accords et des mélodies mais c’est minimal. La star de Séga Tron c’est la rythmique.»
«Séga Tron 2» en gestation
L’EP de Jatin Ramlowat a reçu un bel accueil sur les réseaux sociaux. Lui qui n’avait pas d’attentes particulières par rapport à cette expérimentation, s’est vu invité en septembre dernier à se produire pour l’anniversaire du label Kayamba Records à La Réunion. «J’ai joué en mode DJ au Karroussel de La Possession pendant deux heures, aux petites heures du matin.» Il a aussi fait une résidence de musique électronique au cours du même mois avec des artistes de maloyatronic à La Réunion, à savoir Boogz Brown, qui est aussi un graphiste connu des Mauriciens pour avoir réalisé du street art lors de Porlwi by Night et à la House of Digital Art sous le duo «Kid Kreol & Boogie». BoogzBrown a d’ailleurs signé avec le prestigieux label Infiné. Le jeune Mauricien a aussi collaboré avec SleepyTamashi, DJ et producteur de musique électronique. «C’était deux jours de résidence extraordinaires.»
Jatin Ramlowat projette maintenant de sortir «Séga Tron 2» en 2026. «Je veux puiser dans des sonorités encore plus électroniques et hybrides. Le premier Séga Tron c’était de l’expérimentation. Dans le 2, je veux peaufiner le son et pousser mon potentiel au maximum. J’espère pouvoir donner plus de visibilité aux sons de ségatronic mauricien à l’échelle globale.» C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.
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