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Plumes engagées
On m ’a dit d’être fort
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Plumes engagées
On m ’a dit d’être fort
Sarah-Amélie Goder.
À l’heure du tout à l’image et du buzz sans suite, «l’express» souhaite faire découvrir la plume de poètes, de chanteurs, d’écrivains et de tous ceux qui jettent leur âme sur le papier, et qui mettent en mots des réflexions profondes.
On m’a dit :
«Sois fort.»
Ne pleure pas.
Tiens bon.
Garde le visage calme,
Même quand l’âme se fissure.
On m’a appris à sourire
Alors que le cœur saignait,
À dire «ça va»
Quand tout, en dedans, s’effondrait.
Alors j’ai appris à me taire,
À cacher mes tempêtes sous la peau,
À retenir mes larmes
Comme si elles étaient interdites.
Et toi ?
Tu connais ça, n’est-ce pas ?
Ce poids qu’on porte sans un mot,
Cette fatigue qui s’installe doucement,
Cette colère muette,
Comme une mer qu’on n’a jamais laissée déborder.
On nous a dit :
«Sois fort.»
Mais personne ne nous a appris
À être tendres avec nous-mêmes.
Alors, à force,
On ne sait plus comment faire.
On ne sait plus comment demander de l’aide,
Ni comment la recevoir.
On tend la main sans oser,
On ravale nos besoins,
Parce qu’on a appris à tout porter,
À se dire que tomber,
C’est trahir cette idée de force
Qu’on nous a plantée dans le cœur.
Mais être fort,
Ce n’est pas serrer les dents.
Ce n’est pas étouffer la douleur.
C’est savoir dire :
«J’ai peur.»
«J’ai mal.»
«J’ai besoin d’une main.»
C’est oser tomber
Et se relever tout doucement,
Sans honte,
Avec le cœur encore tremblant.
Parce que la vraie force,
Ce n’est pas dans les poings,
Ni dans le silence.
C’est dans la fragilité qu’on accepte,
Dans la lumière qui traverse nos fissures.
Vous savez,
La force, ce n’est pas une armure.
C’est une peau fine,
Pleine de cicatrices et de souffle,
Qui continue malgré tout à frémir.
C’est ce battement discret,
Celui du cœur qui refuse d’abandonner,
Même quand il n’a plus de mots.
Alors si un jour,
Tu dis simplement :
«Je suis fatigué.»
Et que tu laisses quelqu’un t’écouter,
Sans te cacher, sans te défendre.
Alors là,
Tu seras fort.
Pas parce que tu tiens,
Mais parce que tu t’autorises à exister,
Entier,
Vrai,
Humain.
La force, ce n’est pas d’être seul.
C’est d’oser être ensemble.
C’est d’oser être doux,
Même quand tout autour est dur.
Et parfois,
C’est simplement d’apprendre à tendre la main,
À nouveau,
Maladroitement,
Et à laisser quelqu’un la serrer,
Sans se croire faible.
Parce qu’au fond,
La force,
C’est peut-être ça :
Réapprendre la confiance.

Bio
Sarah-Amélie Goder
Jeune poétesse et slameuse métisse, ses mots vibrent au rythme des silences qu’on tait. Sa plume, douce et lucide, explore les zones fragiles de l’être – celles qu’on cache derrière les sourires et les «ça va» de façade. À travers ses textes, elle cherche à redonner voix à la vulnérabilité, à dire que la force ne réside pas dans le mutisme, mais dans le courage d’avouer qu’on vacille. Engagée dans la tendresse et l’humain, elle prête sa voix à ceux qui n’osent plus demander de l’aide, à ceux qui apprennent, pas à pas, que la fragilité n’est pas une faiblesse mais une lumière.
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