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Santé

Personnel soignant : la relève peine à trouver sa place dans un système à bout de souffle

22 octobre 2025, 15:30

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Personnel soignant : la relève peine à trouver sa place dans un système à bout de souffle

Malgré 300 nouvelles recrues en formation, le secteur public reste confronté à un déficit criant de personnel, des salaires peu attractifs et des conditions de travail décourageantes.

Ils sont environ 300 apprentis infirmiers à suivre leur formation à la Nursing School. Leur cérémonie d’induction se tient aujourd’hui. Dans trois ans, ces jeunes seront en première ligne pour prendre soin des patients dans les hôpitaux publics à travers le pays. Mais derrière l’engagement et la vocation qui animent ces futurs soignants, une question persiste : comment motiver davantage de jeunes à rejoindre un métier aussi exigeant qu’essentiel, dans un système de santé sous tension ?

Les futurs infirmiers le reconnaissent : leur formation est aussi intense que passionnante. «On nous apprend comment nous occuper des patients, comment les mobiliser selon leur motricité. On observe aussi les gestes techniques, comme la pose ou le retrait d’une canule», confient plusieurs d’entre eux.

Mais si le savoir-faire technique s’acquiert, le savoir-être demeure indispensable. C’est un métier que l’on choisit par vocation, insiste le Dr Vinesh Sewsurn, président de la Medical and Health Officers Association et de la Federation of Civil Service and Other Unions (FSCOU). «Le secteur médical est noble, mais il faut avoir la vocation pour y exercer. C’est un domaine qui attire surtout ceux qui ont de l’empathie pour les autres», souligne-t-il.

Pourtant,l’enthousiasme initial se heurte vite aux réalités du terrain: longues heures, rémunération jugée insuffisante et conditions de travail éprouvantes. Résultat :le secteur public peine à retenir ses jeunes recrues. Pour le Dr Sewsurn,le manque d’attractivité du métier est avant tout une question de conditions de travail et de recon- naissance. «Le volume de travail, les horaires irréguliers, les rémunérations à l’heure… tout cela doit être revu. Le package salarial doit être conséquent, surtout quand on sait que le privé offre de meilleures conditions.»

Le syndicaliste déplore aussi que les soignants du public soient souvent surchargés et peu écoutés. «Beaucoup font des heures supplémentaires qui ne sont pas payées dans les délais. Le Pay Research Bureau ne doit pas faire la sourde oreille: il faut revaloriser le travail du personnel soignant et paramédical.» Mais au-delà du salaire, il plaide pour une meilleure communication avec le public. «Les patients attendent longtemps, leurs rendezvous sont souvent repoussés… Nous devons pouvoir leur expliquer les raisons de ces retards. Le ministère devrait lancer une campagne de sensibilisation pour rétablir la confiance et le respect mutuel.»

Le Dr Sewsurn insiste aussi sur la nécessité d’alléger la charge des médecins. «Pour bien expliquer à un patient sa maladie, ses traitements et le suivi à faire, il faut du temps. Mais quand un médecin enchaîne les consultations sans répit, c’est humainement difficile.»

Un constat que partage le Dr Vasantrao Gujadhur, Senior Advisor au ministère de la Santé. Il reconnaît qu’un écart important persiste entre les conditions du public et celles du privé, tant en termes de salaire que de charge de travail. «La charge dans le secteur public est énorme. Nous avons un manque de personnel à tous les niveaux et le recrutement ne suit pas. Beaucoup finissent par partir, parfois vers d’autres institutions publiques offrant de meilleures perspectives.»

Le manque de perspectives est également un frein majeur. «Une infirmière doit souvent attendre la fin de sa carrière pour devenir Charge Nurse. Un Medical and Health Officer reste au même poste, sauf s’il devient spécialiste, mais cela exige un congé sans solde et une stabilité financière.» Les possibilités de promotion sont limitées, ce qui démotive bon nombre de soignants. «Ceux qui travaillent comme chauffeurs ou aides-soignants n’ont pratiquement aucune chance d’avancer. Nous faisons face à un manque de recrutement, dû en partie à l’absence d’un vrai plan et aux contraintes financières.»

Le Dr Gujadhur pointe un manque de planification des ressources humaines dans le secteur. «On recrute 300 infirmiers, mais combien partiront à la retraite ou quitteront le service dans les trois ans ? Sans un bon Human Resources planning, on n’arrivera jamais à combler les manques.» Cette absence de vision à long terme fragilise tout le système. D’autant plus que les attentes du public augmentent, tout comme les besoins en équipements et en médicaments. «Le budget du ministère augmente chaque année, mais les coûts aussi. Les médicaments deviennent plus chers et les équipements doivent être remplacés régulièrement.»

Des dettes qui pèsent lourd

À cela s’ajoute une situation financière com- plexe. «Nous devons encore Rs 280 millions pour le vaccin Pfizer», révèle le conseiller. Il s’interroge : «Pendant la pandémie, on prélevait Rs 2 par litre d’essence et de diesel pour financer la lutte contre le Covid. Où est passé cet argent ?»

Selon lui, le ministère de la Santé doit jongler entre le remboursement des dettes, le paiement des heures supplémentaires et l’entretien du matériel médical, souvent coûteux. «Les heures supplémentaires seront payées, mais cela prendra du temps. On parle de près d’un milliard de roupies pour l’ensemble du secteur. Et on ne peut pas tout puiser dans le budget actuel, car il faut aussi prévoir pour les équipements.»

Malgré ces obstacles, les professionnels du secteur restent convaincus que le métier d’infirmier mérite d’être revalorisé. Au-delà des chiffres et des contraintes budgétaires, il s’agit d’un pilier fondamental du système de santé.

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