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Crise à Madagascar
Moscou, premier à tendre la main au nouveau régime militaire
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Crise à Madagascar
Moscou, premier à tendre la main au nouveau régime militaire
■ Conduit par le colonel Michael Randrianirina, le Conseil National de Défense de la Transition (CNDT) a reçu une délégation russe, jeudi 16 octobre.
À peine 24 heures après la chute d’Andry Rajoelina, une délégation de l’ambassade de Russie à Antananarivo a été reçue par le Conseil National de Défense de la Transition (CNDT). Moscou est le premier pays à avoir rencontré officiellement les nouvelles autorités malgaches. Une démarche qui rappelle sa méthode d’ancrage rapide observée au Burkina Faso, au Mali ou au Niger. Le colonel Michaël Randrianirina, chef du CNDT, a reçu jeudi 16 octobre une délégation de l’ambassade de la Fédération de Russie, accompagnée de représentants de l’association Les Amis de la Russie à Madagascar. Selon les informations confirmées, les échanges ont porté sur un partenariat stratégique dans plusieurs domaines : sécurité, économie, formation technique et coopération bilatérale renforcée.
Cette réactivité de Moscou n’est pas inédite. Au Burkina Faso, après le putsch de septembre 2022, la Russie avait été l’un des premiers acteurs étrangers à afficher son soutien implicite à la junte d’Ibrahim Traoré. À Antananarivo, Moscou privilégie pour l’instant un canal diplomatique : elle se présente comme un partenaire «neutre» prêt à discuter, tout en consolidant un réseau d’influence déjà bien installé depuis la présidentielle de 2018.
La Russie et Madagascar entretiennent en effet 53 ans de relations diplomatiques. Elles couvrent déjà la santé, l’agriculture, la sécurité et un programme de bourses d’études. Cette assise historique facilite une entrée en contact immédiate, sans attendre les réactions occidentales.
L’ombre de Moscou plane sur les récents événements. Des partisans d’Andry Rajoelina évoquent une ingérence russe dans la crise : drapeaux russes dans les manifestations, activités suspectes sur les réseaux sociaux et rumeurs de présence d’éléments liés à Wagner, une organisation paramilitaire russe qui œuvre dans le but d’assurer la défense des intérêts extérieurs russes. Deux figures de l’opposition présentées comme proches de Moscou auraient également soutenu les militaires. Ces éléments ne sont pas confirmés officiellement, mais ils alimentent les tensions diplomatiques autour du changement de pouvoir.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, avait réagi dès le 15 octobre : «Nous suivons avec inquiétude l’évolution de la situation à Madagascar. Nous estimons que ce qui se passe est une affaire interne à ce pays», avait-elle déclaré, appelant à éviter «toute effusion de sang». Moscou nie donc toute ingérence directe tout en conservant une position de premier plan dans la séquence politique.
La méthode russe à Madagascar n’est pas isolée. Dans les mois qui ont suivi les coups d’État au Burkina Faso, au Mali et au Niger, Moscou s’est également positionnée parmi les premiers interlocuteurs étrangers des régimes militaires. Au Burkina, cette politique s’est traduite par un appui militaire direct: arrivée d’instructeurs et paramilitaires affiliés à Wagner/Africa Corps, livraisons d’armes et rapprochement stratégique avec le pouvoir en place.
À Madagascar, le schéma diffère pour l’instant : pas de troupes visibles, mais un capital diplomatique, culturel et politique déjà constitué, activé immédiatement au lendemain de la prise de pouvoir. Pendant que Moscou privilégie une posture de dialogue, d’autres acteurs s’inquiètent. L’Union africaine (UA) a suspendu Madagascar de toutes ses instances. La France, les États-Unis et l’Allemagne ont exprimé leurs préoccupations et appelé à un retour rapide à l’ordre constitutionnel.
La SADC a dépêché une mission de médiation conduite par Joyce Banda, ancienne présidente du Malawi. En toile de fond, la Russie se positionne avant les grandes puissances occidentales, un scénario déjà observé dans la région du Sahel, où elle a supplanté Paris dans ses relations avec Ouagadougou.
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