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Pré-primaire

Payer pour apprendre, un nouveau casse-tête pour les familles

14 octobre 2025, 10:00

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Payer pour apprendre, un nouveau casse-tête pour les familles

■ Parents et syndicalistes dénoncent une mesure qui risque d’accentuer les inégalités dès la petite enfance. Photo: AFP

C’est une mesure qui fait déjà grincer des dents alors qu’elle n’entrera en vigueur qu’en janvier 2026. Le gouvernement avait annoncé, lors du dernier Budget, la révision du Free Pre-Primary Education Scheme, une réforme qui changera profondément le visage du secteur pré-primaire à Maurice. Désormais, les parents qui choisissent d’inscrire leurs enfants dans une école privée devront s’acquitter de frais mensuels. Et à peine la nouvelle relayée dans les médias, les réactions n’ont pas tardé à pleuvoir sur les réseaux sociaux.

«S’il n’y a qu’une poignée d’écoles publiques face au secteur privé, que deviendront les parents à faibles revenus ?», s’interroge Céline, mère de deux enfants. D’autres s’inquiètent pour le personnel encadrant. «Les écoles privées devaient obligatoirement avoir un assistant par enseignant. Sans l’apport du gouvernement, ces personnes risquentelles de se retrouver au chômage ?», demande un autre parent.

Pour Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), cette réforme est «un recul social». Il rappelle que le gouvernement avait déjà fragilisé le secteur par le passé : «Une fois au pouvoir, il avait baissé le salaire de tous les enseignants du pré-primaire à Rs 16 500. Il a fallu une intervention de la CTSP pour que cela remonte à environ Rs 20 000. Quand le gouvernement a ensuite instauré la subvention de Rs 2 750 par tête, nous avions déjà averti qu’elle ne suffirait pas et qu’elle exclurait les enfants pauvres d’une éducation de qualité.» Le syndicaliste tire à nouveau la sonnette d’alarme : avec une trentaine d’enfants par institution, il faut au minimum six employés – enseignant, assistant et caretaker, entre autres. «Si chacun touche environ Rs 20 000, la masse salariale atteint Rs 120 000. C’est mission impossible pour faire tourner une école sans soutien public», souligne-t-il.

Selon lui, cette réforme risque surtout d’alourdir le fardeau des familles à faibles et moyens revenus. «Le gouvernement dit vouloir subventionner les foyers inscrits sur le Registre social, mais cette logique issue des stratégies de la Banque mondiale restreint l’État-providence aux plus pauvres. La lower middle class est en train de basculer dans la précarité.» D’ajouter : «On veut réduire la dette publique, mais à quel prix ? Maurice reste l’un des pays où le secteur privé est le moins taxé, avec une corporate tax de seulement 15 %.» Le constat est amer : les coûts augmentent partout, de l’électricité aux denrées alimentaires. «Même le dholl puri, passé à Rs 28, reste l’aliment le plus abordable et le plus complet. Si une personne ne peut plus s’en offrir, que lui reste-t-il ?», déplore Reeaz Chuttoo.

La CTSP prévoit de rencontrer le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, pour tenter de faire infléchir la décision. «Si l’on veut garantir la réussite des enfants, il faut investir dans la petite enfance, pas la rendre payante», plaide le syndicaliste. Combien de parents pourront débourser entre Rs 5 000 et Rs 13 000 par mois pour un enfant de trois ans ?

En attendant, le ministère de l’Éducation prépare une réunion avec les managers et les syndicats, tandis que l’Early Childhood Care and Education Authority travaille déjà sur les modalités d’application. Mais une chose est sûre : la réforme du pré-primaire ne passe pas inaperçue et le débat ne fait que commencer.

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