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Hommage
Octave Wiehe : recherches pionnières de l’un des «Pères de l’écologie mauricienne»
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Hommage
Octave Wiehe : recherches pionnières de l’un des «Pères de l’écologie mauricienne»
■ Un héritage scientifique et écologique à découvrir.
À l’entrée du campus de Réduit, se trouve l’auditorium Octave Wiehe. Est-ce que tous les étudiants qui y reçoivent leur diplôme de fin d’études savent qui était ce botaniste et phytopathologiste qui a tant travaillé dans la recherche ? On lui doit l’essor du Mauritius Sugarcane Industry Research Institute, dont il a été le premier directeur de 1953 à 1968, avant d’être vice-chancelier de l’Université de Maurice de 1968 à 1973. Un vibrant hommage lui a été rendu le mardi 30 septembre, à l’auditorium qui porte son nom, en présence du président de la République, Dharam Gokhool. Une biographie, «Octave Wiehe Un Mauricien visionnaire» a aussi été lancée. À cette occasion, Jean Claude Autrey, chancelier de l’université de Maurice a retracé avec force détails et observations, la carrière de Paul Octave Wiehe. Nous en reproduisons ici de larges extraits.
Le Dr. Wiehe fait partie de ces patriotes qui ne s’étaient épargnés aucun effort pour faire progresser notre pays qu’une éminente personnalité avait qualifié d’«overcrowded baracoon» (NdlR: ouvrage de V.S Naipaul paru en 1972), terme intraduisible pour désigner que notre pays n’avait aucune chance de réussite.
«King Sugar»
La Commission économique de Maurice (1947-1948), présidée par John H. Gorvin, avait été instituée avec pour mandat : «de faire les recommandations appropriées en lien avec l’économie de l’industrie sucrière à Maurice». Le Dr. Wiehe était l’un des deux secrétaires de cette importante Commission. La mise en œuvre de ces recommandations prit six ans avec l’ordonnance nº9 de 1953, qui fut adoptée par le Conseil législatif le 29 juin 1953, conférant une existence juridique au Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI). Lors de sa première réunion, le conseil nomma l’honorable André L. Nairac (plus tard Sir André Nairac) à la présidence et décida d’offrir le poste de directeur de l’Institut à Paul Octave Wiehe.
En termes de chiffres, l’Institut était financé par un prélèvement de Rs 2 par tonne de sucre exportée et les recettes de la première année s’élevaient à Rs 820 000.
Une des qualités du Dr. Wiehe fut de s’entourer de scientifiques de haut niveau et compétents, ce qu’on appellerait aujourd’hui une «dream team». Il y eut quatre générations d’employés au cours du mandat d’Octave Wiehe au MSIRI.
Les cadres qui étaient au nombre de 50 à son départ comprenaient cinq de ses successeurs à la tête du MSIRI. Il mit l’emphase sur l’acquisition des infrastructures à Réduit et sur les stations expérimentales, sur celles de bâtiments tels le laboratoire de bactériologie de 1905 qui devint la salle Bonâme que nous connaissons aujourd’hui.
S’il est un critère pour juger de l’apport de la recherche à l’industrie, il faut souligner que la production sucrière augmenta de 500 000 à 600 000 tonnes entre 1953 et 1968, prélude sans doute à la production record de 719 000 tonnes de sucre en 1973. Quand on pense que la production de 2025 ne sera que de 210 000 tonnes du sucre, on croit rêver.
Le Dr. Wiehe fit du MSIRI une institution de réputation mondiale, une des rares institutions de l’île Maurice à l’être.
■ (de g. à dr.) Jean Claude Autrey, chancelier de l’Université de Maurice et Mgr Denis Wiehe, fils d’Octave Wiehe, au lancement de la biographie.
■ Octave Wiehe et son épouse France, lors d’une de ses nombreuses missions à l’étranger (1950).
■ Le 29 novembre 1958 à Réduit, le Dr. Octave Wiehe reçoit du gouverneur sa décoration de «Commander of the Most Excellent Order of the British Empire».
■ En septembre 1930, Octave Wiehe poursuit ses études à l’Imperial College of Science and Technology de Londres.
L’herbarium du MSIRI
Une étape importante fut l’acquisition des divers herbiers qui existaient depuis le 18ème siècle pour la somme de Rs 1 000 en 1959 et mena à la création du Mauritius Herbarium qui fut intégré au MSIRI en 1969 juste après le départ du Dr. Wiehe. Ce centre de référence internationale renferme plus de 25 000 spécimens.
Étude de la déforestation, délimitation de réserves naturelles, les travaux en écologie des Drs Wiehe et Reginald Vaughan en font les pères de l’écologie mauricienne.
Vice-chancelier de l’université de Maurice
Le Dr Leslie John Hale démissionna de son poste de vice-chancelier en juillet 1968.
Le Dr Wiehe assuma ses nouvelles fonctions le 1er novembre 1968. Quand le Dr. Wiehe arrive à l’université, il trouve l’école d’Agriculture à l’étroit dans l’ancien bâtiment du collège, l’école d’Administration logée dans une maison à Rose-Hill alors que l’école de Technologie industrielle n’a pas de local et l’université n’a pas de bibliothèque.
Le Dr. Wiehe fit appel au secteur privé et mobilisa des ressources financières importantes de l’étranger surtout du Royaume-Uni. Ce qui mena à la construction des nouveaux bâtiments pour les trois écoles. Les premiers diplômes de l’université furent remis aux étudiants en 1969, un an après l’arrivée du Dr. Wiehe.
Le 31 octobre 1973, à la fin de son contrat, il quitte l’université. Il se consacra à l’établissement agricole de Labourdonnais particulièrement à la production d’Anthurium andreanum et des missions d’expertise à l’étranger. Il poursuivit sa passion pour les orchidées. Deux ans plus tard, le 31 août 1975, le Dr Wiehe décéda subitement laissant un grand vide dans sa famille et dans les domaines académique, de recherche et de production agricole. Il repose au cimetière de Pamplemousses.
La biographie : Projet de Mgr Denis Wiehe, fils D’octave Wiehe
Mgr Denis Wiehe, évêque émérite des Seychelles a assisté au lancement de la biographie de son père, le mardi 30 septembre dernier. En préface du livre intitulé Octave Wiehe Un Mauricien visionnaire, il revient sur la genèse de l’ouvrage. «Quelques jours après le décès de mon père, survenu le 28 août 1975, j’ai rencontré Madeleine Ly-TioFane (1928-2011) bibliothécaire au MSIRI. Je lui ai proposé d’écrire la vie de mon père, ancien directeur du MSIRI. Elle m’a répondu que c’était à moi de le faire. Je ne m’en sentais pas le moindrement capable, vu mon engagement dans ma vie de prêtre, totalement dédiée aux autres. Et puisqu’aucun membre de ma famille n’était disponible, le projet d’écrire la vie d’Octave Wiehe a été pour moi chose morte».
Jusqu’à ce que Mgr Denis Wiehe prenne sa retraite comme évêque des Seychelles en 2020. «Suivant mon retour à Maurice (…) j’ai été exposé à des lettres de mes parents gardées précieusement par ma grand-mère (…) J’ai eu un moment d’éveil et l’idée d’écrire la vie de mon père a refait surface». Il conserve l’image d’un père, «assidu au travail (qui) sacrifiait des sorties de famille au profit de la rédaction de ses études de plantes». C’est un comité constitué de Mgr Denis Wiehe, Pierre Raffray, Lindsay Edouard et l’éditeur Olivier Lalouette de Streak Designs qui a réalisé la biographie richement illustrée.
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