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Anjalay Coopen Awards
Souffle de lutte et d’héritage : La flamme ne s’éteint jamais
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Anjalay Coopen Awards
Souffle de lutte et d’héritage : La flamme ne s’éteint jamais
■ Le «Joint Negotiating Panel» a honoré, à la municipalité de Port-Louis, trois figures engagées dans la défense des droits des travailleurs : Antoine Domingue, Ved Prakash Torul et Gopal Bhujan, dans la lignée du combat d’Anjalay Coopen.
La municipalité de Port Louis a accueilli, une cérémonie solennelle, hier. Depuis 2023, le Joint Negotiating Panel (JNP) honore celles et ceux qui, par leur action ou leur engagement, ont marqué l’histoire de l’industrie sucrière et, plus largement, du monde du travail. Cette année, trois personnalités se sont vues décerner cette distinction : l’avocat et défenseur des droits humains Antoine Domingue, le syndicaliste Gopal Bhujan et l’historien du mouvement ouvrier Ved Prakash Torul. La cérémonie, animée par le négociateur syndical Ashvin Gudday, a été l’occasion d’un retour sur mémoire mais aussi d’un appel à poursuivre la lutte pour la dignité des travailleurs.
Au cœur des interventions, un nom a résonné : celui d’Anjalay Coopen, de son vrai nom Soondrum Pavatdan. Figure emblématique de la résistance ouvrière, elle incarne la force, la détermination et le courage d’une génération de travailleurs qui n’a jamais cessé de revendiquer des conditions de vie et de travail décentes. Enceinte et âgée de 32 ans, elle est tombée sous les balles de la police coloniale le 27 septembre 1943, lors des grèves sur le domaine de Belle-Vue-Harel. Ce jourlà, seize coups de feu et une grenade lacrymogène furent tirés sur une foule désarmée, causant la mort de quatre travailleurs — dont Anjalay — et faisant 17 blessés.
Aujourd’hui, sa statue à Belle-Vue se dresse comme un symbole de mémoire et d’espoir. Là où la douleur a régné, la dignité se célèbre désormais. Mais la question reste posée : protégeons-nous réellement nos travailleurs ? Le faisons-nous de manière inclusive, fidèle à l’héritage de ces luttes ?
Le prix remis à Antoine Domingue rappelle que la justice n’est pas seulement une institution mais un combat humain. Avocat de renom, il a consacré sa carrière à la défense des sans-voix. Pour lui, plaider ne se réduisait pas à une technique juridique : c’était tendre la main à ceux qui n’avaient pas accès à la justice. «Nous formons un seul corps, debout pour les droits humains», affirmait-il avec conviction. Sa mémoire reste vivante dans chaque revendication syndicale et dans chaque combat citoyen pour plus d’équité.
Le deuxième lauréat, Gopal Bhujan, a livré un témoignage empreint d’émotion. Issu d’une famille de laboureurs, il a rappelé le sort de son père, emprisonné faute de pouvoir payer une caution, lors de cette journée où Anjalay à trouvé la mort. Sa trajectoire familiale illustre le sort de milliers d’ouvriers agricoles, longtemps considérés comme des «esclaves modernes». «C’est grâce à la canne à sucre que le monde a connu nos ancêtres et leur lutte», a-t-il rappelé, avant de dédier cette reconnaissance à tous les travailleurs agricoles, ces oubliés de l’histoire. Pour lui, chaque avancée sociale — comme la semaine de cinq jours — est le fruit d’une lutte acharnée, mais le chemin vers la justice sociale reste encore long.
Historien et militant, Ved Prakash Torul a replacé le syndicalisme mauricien dans son contexte fondateur. En 1935, alors que le Code noir hantait encore les relations de travail, les travailleurs engagés se sont dressés contre des conditions inhumaines : salaires de misère, nourriture insuffisante, absence de logement. Dans un élan collectif, ils ont déclenché des grèves qui ont marqué le début d’une longue marche vers la reconnaissance des droits des travailleurs. «Le syndicalisme s’est construit sur l’humilité et la solidarité», a-t-il rappelé, insistant sur l’importance de transmettre cette mémoire aux jeunes générations.
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