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Teachers’ day

«Ensemble pour demain» : La profession enseignante face à ses contradictions

5 octobre 2025, 05:00

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«Ensemble pour demain» : La profession enseignante face à ses contradictions

Photo d'illustration.

Le 5 octobre, le monde célèbre la Journée mondiale des enseignants, sous le thème «Redéfinir l’enseignement comme une profession de collaboration». À Maurice, cet événement résonne particulièrement dans un contexte éducatif marqué par des mutations rapides, des attentes croissantes et des défis persistants. Entre plaidoyer syndical, réflexion sur l’avenir du métier et reconnaissance du rôle central des enseignants, la journée est l’occasion de dresser un état des lieux de l’éducation.

Pour Arvind Bhojun, président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), le thème de cette année s’inscrit dans une urgence mondiale : «Avec les changements technologiques et scientifiques que nous vivons, il est temps de réinventer notre profession. Si nous ne collaborons pas avec tous les acteurs de l’éducation, nous risquons de rester en marge et de devenir irrelevant face à l’évolution du monde.»

À Maurice, cette redéfinition passe par une collaboration accrue entre enseignants, institutions, syndicats et autorités. L’UPSEE a d’ailleurs choisi de reporter sa célébration au 8 novembre, au MGI de Moka, en raison de la période d’examens. Mais au-delà de l’événement, Arvind Bhojun insiste sur les obstacles qui fragilisent la profession : infrastructures défaillantes, manque de formation continue, curriculum dépassé et absence d’un véritable accompagnement pour les enseignants.

«Nous observons que des millions de roupies sont dépensés, mais sans grands résultats dans l’amélioration des écoles. La maintenance des établissements publics est quasi inexistante et les écoles privées subventionnées ne voient pas réellement les fonds investis dans leurs bâtiments», déplore-t-il.

Des réformes en attente

Le président de l’UPSEE pointe également le manque de vision en matière de formation continue : «Des ateliers d’une demi-journée ne suffisent pas. Nous avons besoin d’un programme clair et durable pour préparer les enseignants aux changements curriculaires.» Quant aux contenus pédagogiques, il les juge dépassés. «Le curriculum actuel ne correspond plus aux réalités des enfants. On voit déjà un désintérêt croissant, alors que d’autres pays ont modernisé leur approche depuis longtemps.»

L’innovation, poursuit-il, est trop souvent freinée par des décisions «descendantes» : «Ceux qui travaillent dans les écoles connaissent les vrais problèmes, mais les idées doivent venir d’en haut. Cela crée une coupure entre la réalité du terrain et les réformes.»

À cela s’ajoute une inquiétude sur le cadre légal. Arvind Bhojun estime que les enseignants ne sont pas suffisamment protégés face aux allégations ou aux responsabilités disciplinaires. «Nous demandons une révision des lois et un régulateur efficace. Actuellement, la Private Secondary Education Authority (PSEA) n’a pas les moyens d’agir concrètement.»

Enfin, la question salariale demeure sensible. Selon lui, les rémunérations actuelles ne sont pas attrayantes et risquent, à terme, de détourner les jeunes talents du métier. «Si rien ne change, nous pourrions un jour être contraints de recruter des enseignants étrangers.»

Reconnaissance et gratitude envers les enseignants

De son côté, Vishal Baujeet, président de la Government Teachers’ Union (GTU), préfère mettre en avant l’importance symbolique de cette journée : «Chaque année, le 5 octobre est l’occasion de dire merci à celles et ceux qui font grandir les esprits et préparent les générations futures. Leur rôle est profondément transformateur.»

Il salue les progrès réalisés dans l’enseignement primaire : scolarisation quasi universelle, amélioration de la formation des enseignants et multiplication des établissements. Mais, il souligne aussi les limites : surcharge de travail, programmes trop lourds et manque de moyens.

«Nos enseignants méritent d’être pleinement reconnus, soutenus et valorisés. Ils sont les piliers du système éducatif mais leur parcours est souvent semé d’embûches. Pour assurer une éducation de qualité, il est indispensable de leur garantir un travail décent, un salaire équitable et des conditions de travail sûres et valorisantes.»

La GTU se positionne ainsi comme un partenaire des enseignants, déterminée à défendre leurs droits tout en soutenant leur épanouissement personnel et professionnel.

Pour la Government Secondary School Teachers’ Union (GSSTU), présidée par Yugeshwur Kisto, la Journée mondiale des enseignants est l’occasion de mettre l’accent sur des enjeux souvent passés sous silence : la santé mentale et l’amélioration du statut professionnel.

La GSSTU organise une journée de réflexion pour sensibiliser la communauté éducative aux défis psychologiques des enseignants et partager des ressources pratiques. «Nos objectifs sont clairs : sensibiliser sur le stress lié au travail, proposer des ressources, initier une réflexion sur le statut professionnel et identifier des actions concrètes», explique Yugeshwur Kisto.

Le syndicat entend favoriser le réseautage et le soutien mutuel entre collègues, tout en portant la voix des enseignants auprès des décideurs. «Le bien-être des enseignants doit être placé au cœur de l’éducation car leur équilibre psychologique conditionne directement la qualité de l’enseignement.»

Une profession en quête de collaboration

Le thème de cette année, «Redéfinir l’enseignement comme une profession de collaboration», trouve un écho particulier dans ces prises de position. Les syndicats appellent à dépasser l’isolement des enseignants, à renforcer les structures de soutien et à encourager l’innovation venue du terrain.

La question de l’équité et de la qualité éducative reste centrale. L’UNESCO recommande un ratio de 20 élèves par enseignant pour un apprentissage optimal, un objectif encore loin d’être atteint à Maurice. Par ailleurs, les appels à la mise en place d’un véritable blueprint pour l’éducation se multiplient, face au manque de visibilité sur les réformes à venir.

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