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Questions à...

Judex Soulange : «Le port doit être géré par un professionnel et non par un nominé politique»

3 octobre 2025, 15:00

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Judex Soulange : «Le port doit être géré par un professionnel et non par un nominé politique»

Judex Soulange, «Chartered Marine Engineer».

? Qu’est-ce qui vous a conduit à devenir «Chartered Marine Engineer» ?

Depuis tout jeune, je voulais être ingénieur, mais pas nécessairement dans la marine. Le destin m’y a conduit et je ne l’ai jamais regretté. Devenir marin m’a appris à travailler dur, à toute heure, dans des conditions parfois extrêmes. C’est une école de rigueur et de résilience. Derrière mon parcours, il y a aussi un sacrifice personnel : celui de mon père qui a investi tout son argent dans mon éducation. Je lui dois énormément et j’ai une pensée profonde pour lui à chaque étape de ma carrière.

? Vous avez un parcours académique riche. Pouvez-vous nous le retracer ?

J’ai commencé par un diplôme City & Guilds. J’ai ensuite poursuivi mes études en Écosse, où j’ai obtenu un Bachelor Degree in Multidisciplinary Engineering with Marine Option, avant de poursuivre avec un Master in Marine Engineering. J’ai également complété un Executive Master en Angleterre.

? Vous avez également enseigné. Que retenez-vous de cette expérience ?

À l’École navale de Maurice, j’ai eu le privilège d’enseigner quatre matières : Thermodynamics, Naval Architecture, Instrumentation and Control, et Electrical Engineering. J’ai également créé une école de formation agréée par la Mauritius Qualifications Authority. On y proposait des modules innovants pour Maurice à l’époque : project and operation management, scaffolding, working at height, maintainability et welding. J’ai même introduit des cours spécifiques, comme le pipe sizing, qui n’étaient pas disponibles localement. L’enseignement m’a appris à transmettre, mais aussi à structurer mes connaissances.

? Vous avez travaillé en Afrique du Sud avant de rentrer à Maurice. Comment cette étape a-t-elle enrichi votre expérience ?

J’y ai travaillé deux ans. Ce passage a renforcé ma polyvalence et mon adaptabilité. J’avais cette rage d’apprendre, une curiosité insatiable pour la mécanique. C’est ce qui m’a permis de développer une approche transversale et pratique de mon métier.

? Quels conseils donneriez-vous à ceux qui veulent travailler dans l’ingénierie maritime comme vous ?

Il faut avant tout avoir la passion. Sans passion, la technique devient une contrainte. Ensuite, il faut persévérer, aimer ce que l’on fait et développer beaucoup de patience. Rien ne s’obtient du jour au lendemain. La réussite, dans ce secteur comme ailleurs, est le fruit d’un travail constant et acharné.

? Quels aspects de la formation maritime à Maurice nécessitent aujourd’hui une amélioration ?

Nous devons offrir plus d’occasions de formation spécialisée. Trop de jeunes se retrouvent restreints par un manque de filières adaptées. Au port de Maurice, par exemple, il n’y a pas eu dès le départ une formation complète, à la fois technique, opérationnelle et managériale. Résultat : nous avons des équipements très sophistiqués, mais pas toujours l’expertise nécessaire pour les optimiser. Gagner en temps et en efficacité augmenterait considérablement la productivité du port.

? L’avenir du secteur passe-t-il aussi par l’énergie et l’environnement ?

Absolument. L’accent doit être mis sur l’efficacité énergétique et la protection de l’environnement. La pollution maritime est un défi réel et pressant. Pour la maîtriser, il faut d’abord investir dans la compétence humaine : former, former et encore former. Le port doit être géré par un professionnel du secteur et non par un simple nominé politique. La méritocratie doit primer. C’est le seul moyen de garantir une gestion indépendante, efficace et durable.

? Vous évoquez la méritocratie. Avez-vous rencontré des obstacles liés aux enjeux politiques dans votre parcours ?

Oui. Par le passé, j’ai été pénalisé par des décisions marquées par des considérations politiques. C’est une réalité amère. Mais je garde espoir qu’avec le changement, la méritocratie puisse enfin s’imposer. Les compétences ne doivent pas être étouffées par des considérations partisanes. Ce que je souhaite, c’est que la reconnaissance repose uniquement sur les qualifications, l’expérience et les compétences.

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