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AGOA
Les enjeux des exportations mauriciennes vers les USA
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AGOA
Les enjeux des exportations mauriciennes vers les USA
Selon l’économiste Manisha Dookhony, l’AGOA a permis aux entreprises textiles mauriciennes de se développer localement et à l’international.
L’African Growth and Opportunity Act (AGOA), promulguée en mai 2000 par le président américain de l’époque, Bill Clinton, offre depuis plus de 20 ans un accès préférentiel au marché américain à un large éventail de produits africains, sous forme de « duty-free » et de « quota-free ». Pour Maurice, dont le secteur textile représente près de 90 % des exportations vers les États-Unis via l’AGOA, cette échéance constitue un enjeu majeur pour la compétitivité des entreprises exportatrices.
L’AGOA, qui devait initialement prendre fin le 30 septembre 2025, pourrait être prolongée d’un an. Selon l’agence Reuters, l’administration Trump s’est déclarée favorable à ce sursis, permettant aux pays africains de conserver l’accès préférentiel au marché américain tout en laissant le temps de poursuivre les négociations. Cette mesure concerne plus de 30 pays africains et des milliers de produits exportés.
Promulguée en mai 2000 par le président américain de l’époque, Bill Clinton, cette initiative commerciale visait à renforcer les liens économiques avec l’Afrique subsaharienne. Plus précisément, l’objectif était de favoriser l’intégration des pays africains dans l’économie mondiale en leur accordant un accès préférentiel au marché américain – pour un large éventail de produits – sous forme de «duty-free» et de «quota-free».
Prévue à l’origine pour expirer en septembre 2008, l’AGOA a été prorogée à plusieurs reprises. La première extension majeure est intervenue en juillet 2004, élargissant certains avantages. En décembre 2006, d’autres dispositions ont été adoptées, puis, en mai 2015, une reconduction de dix ans a été votée, reportant l’échéance au 30 septembre 2025.
Manisha Dookhony, économiste, explique que cette échéance est cruciale pour Maurice et les autres pays bénéficiaires. Elle détaille les impacts économiques : «Le non-renouvellement de l’AGOA entraînerait la disparition des préférences tarifaires, exposant les exportateurs mauriciens à un tarif américain standard pouvant atteindre 15 %, conformément au Trump tariff. Ces tarifs plus élevés, conjugués aux coûts logistiques déjà importants liés à la distance, fragiliseraient sévèrement la compétitivité des entreprises exportatrices, avec des conséquences directes sur l’emploi et les investissements.»*
Elle rappelle également la contribution de l’AGOA à l’économie mauricienne depuis 2000 : «Maurice a pu revitaliser son industrie textile, qui faisait face à une période difficile avec la fin progressive du Multi Fibre Agreement (MFA) en 2005. Ce dernier avait fixé auparavant des quotas rigoureux sur les exportations textiles mondiales. L’AGOA a offert un véritable fil de vie à ce secteur en permettant un accès préférentiel à un vaste marché américain pour environ 7 000 produits, compensant partiellement la disparition des quotas MFA.»
Risques
Selon elle, grâce à l’AGOA, les entreprises textiles mauriciennes ont non seulement renforcé leur présence locale, mais ont également élargi leur présence régionale et mondiale. Concernant leur stratégie d’expansion, elle ajoute : «Des investissements ont été réalisés à Madagascar, en Inde et en Afrique du Sud, pour profiter des avantages commerciaux et des coûts de production plus compétitifs tout en continuant à accéder au marché américain via l’AGOA. Cette stratégie a permis de maintenir une certaine compétitivité malgré les défis liés aux règles strictes d’origine des produits imposées par l’AGOA.»
Au sujet des risques pour le secteur textile local en cas de non-reconduction de l’AGOA, Manisha Dookhony souligne : «Ce secteur, qui représente environ 90 % des exportations mauriciennes vers les États-Unis sous AGOA, serait particulièrement vulnérable. La disparition des préférences tarifaires rendrait les produits non compétitifs face aux concurrents asiatiques à bas coûts, pouvant entraîner fermetures d’usines, pertes d’emplois massives et délocalisations. Par ailleurs, la nécessité d’utiliser du fil régional – plus coûteux et de qualité inférieure à celui d’Asie – limite déjà la compétitivité de l’industrie.»
Elle évoque également d’autres secteurs susceptibles d’être affectés : «L’AGOA soutient aussi des secteurs clés tels que la pêche, les produits de la mer, la bijouterie, les montres, ainsi que l’exportation de primates, notamment des macaques destinés à la recherche biomédicale, une filière à haute valeur ajoutée bénéficiant d’exemptions tarifaires. La fin de l’AGOA affecterait donc ces secteurs, créant des risques pour la diversification et la croissance économique.»
S’il est indéniable que l’AGOA a été un moteur vital de la croissance économique mauricienne, son expiration met en lumière la nécessité non seulement de sécuriser sa reconduction, mais aussi de repenser le modèle économique du pays et d’envisager des alternatives durables. Maurice pourrait alors se positionner sur des segments premium – dans le textile, l’agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique, la recherche médicale ou les technologies liées au cloud computing, au quantum computing et à l’intelligence artificielle, incluant les GPU et autres solutions de calcul haute performance.

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