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Après Sithanen

Rajeev Hasnah survivra-t-il à l’«acte 2» à la Banque de Maurice ?

28 septembre 2025, 17:00

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Rajeev Hasnah survivra-t-il à l’«acte 2» à la Banque de Maurice ?

■ Rajeev Hasnah (FDG), Ramsamy Chinniah (nouveau SDG) et la gouverneure Priscilla Muthoora Thakoor, le nouveau trio à la tête de la BoM.

La crise qui a secoué la Banque de Maurice (BoM) depuis fin août a emporté deux de ses plus hauts responsables : Gérard Sanspeur, Second Deputy Governor, puis le gouverneur, Rama Sithanen, contraint à la démission le 20 septembre à la demande du Premier ministre. Au milieu de ce séisme institutionnel, une question demeure : que va devenir Rajeev Hasnah, l’actuel First Deputy Governor (FDG) ?

Pour l’heure, son maintien semble répondre à une logique de continuité, évitant un vide total à la tête de l’institution. Mais dans les cercles politiques comme dans les milieux financiers, nombreux sont ceux qui considèrent son départ comme une affaire de temps, programmée dans un «acte 2» de la recomposition. Rajeev Hasnah a bâti en une décennie une certaine crédibilité, s’imposant, grâce à la presse, comme une des voix régulières dans les débats économiques. Son ascension a fait de lui l’un des jeunes profils prometteurs de la BoM. Mais son image s’est brouillée lorsqu’il s’est affiché comme un fidèle lieutenant de Rama Sithanen.

Le 29 août, au lendemain de la démission fracassante de Sanspeur, Hasnah s’est tenu aux côtés du gouverneur pour contrer les accusations visant la BoM Tower. Une démonstration de loyauté qui, aux yeux des observateurs, aura peut-être franchi la ligne rouge. Car la charge de Gérard Sanspeur visait autant Rama Sithanen que Rajeev Hasnah, accusé d’avoir absorbé une partie des responsabilités du SDG démissionnaire. En s’alignant sur son gouverneur, le FDG a cristallisé sur lui une suspicion : celle d’avoir cautionné des méthodes décriées – pressions sur des nominations, interventions dans des recrutements et lobbying sur certains appels d’offres. Dans ce climat, sa proximité avec le gouverneur sortant pourrait lui coûter cher.

Pour le Premier ministre, la question est délicate. Navin Ramgoolam connaît et apprécie Rajeev Hasnah : il l’a consulté régulièrement durant la campagne électorale, notamment sur le dossier explosif de l’inflation et du coût de la vie. Son nom a même circulé comme potentiel ministre des Finances du gouvernement de l’Alliance du changement.

Son expertise technique n’est donc pas en cause. Mais l’équation est désormais politique. En maintenant Hasnah, Ramgoolam s’assure d’une transition fluide et garde à ses côtés un économiste capable de soutenir la nouvelle gouverneure. En l’écartant, il enverrait un signal fort de rupture avec l’ère Sithanen, mais au prix d’une perte de compétence et d’une nouvelle turbulence à la BoM. Le choix qui s’impose au chef du gouvernement est donc moins celui d’une personne que celui d’une stratégie : préserver la stabilité immédiate ou assumer un geste symbolique de purification.

L’arrivée de Priscilla Muthoora Thakoor à la tête de la BoM change la donne. Ancienne du FMI, elle incarne une rigueur académique et professionnelle susceptible de restaurer la crédibilité d’une institution secouée. Elle aura pour priorités de rétablir la confiance, apaiser les tensions internes et redonner une lisibilité à la politique monétaire. À ses côtés, le nouveau SDG, Ramsamy Chinniah, incarne l’expérience maison, après une carrière entièrement dédiée à la banque centrale. Ce duo, alliant expertise internationale et enracinement local, offre à la BoM un socle solide pour l’avenir. Mais il laisse aussi le FDG dans une position ambiguë : sera-t-il le troisième pilier d’un triumvirat efficace ou le vestige encombrant d’un chapitre désormais clos ?

En toile de fond, le sort du board de la BoM reste également à clarifier. Composé de personnalités nommées sous Sithanen, dont Sharmilla Bhima, Shalini Jugessur Sumputh, Matthew Lamport et Jennifer Webb, il avait cautionné le dossier à charges contre Sanspeur. La recomposition du board pourrait constituer l’«acte 3» de la restructuration, une fois la sérénité retrouvée. Dans cette dynamique de renouveau, Rajeev Hasnah semble condamné à l’incertitude. Sa compétence est reconnue, mais sa loyauté passée l’expose. Dans l’immédiat, il assure la continuité. À moyen terme, son avenir dépendra d’un arbitrage politique : conserver l’économiste ou sacrifier le symbole.

L’«après-Sithanen» s’écrit en plusieurs temps. L’«acte 1» a vu le départ du gouverneur et du SDG. L’«acte 2» pourrait bien sceller le sort de Rajeev Hasnah. Le Premier ministre devra trancher : garder à la BoM un technocrate brillant, mais marqué par sa proximité avec Sithanen, ou tourner définitivement la page pour restaurer la pleine crédibilité de l’institution. Dans cette équation, Rajeev Hasnah incarne le paradoxe de la BoM post-crise : à la fois une ressource précieuse et un héritage encombrant.

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