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Marie Malié : Lustrer davantage l’institution et répondre avec pertinence aux attentes de l’industrie
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Portrait
Marie Malié : Lustrer davantage l’institution et répondre avec pertinence aux attentes de l’industrie
Marie Malié, Training Officer Tourism à l’ecole Sir Gaëtan Duval. © Beekash Roopun
Donner encore plus de visibilité et de lustre à l’Ecole Hôtelière Sir Gaëtan Duval (EHSGD) et exposer le plus possible les étudiants au monde du travail, c’est ce que fait sans relâche et depuis 18 ans, Marie Malié, «Training Officer Tourism» dans cette institution parapublique. À l’occasion de la Journée mondiale du tourisme, aujourd’hui, le parcours de cette formatrice hors pair, qui est aussi présidente de la Commission Diocésaine de la Pastorale du Tourisme, mérite d’être mis en lumière.
Marie Malié, 46 ans, est dans son élément à l’EHSGD car elle a pour elle de nombreux atouts. Outre un sens de l’accueil naturel et un sourire chaleureux, elle vient d’une famille où l’enseignement coule de source. En effet, sa mère, Geneviève David, a fait carrière dans l’enseignement au Lorette de Curepipe, sa sœur Emilie est institutrice au primaire en Australie et son autre sœur Julie enseigne au secondaire. Le seul qui n’ait pas choisi la voie de l’enseignement est leur frère, qui travaille comme policier en Australie.
Après une scolarité brillante au Lorette de Curepipe où le français, la géographie et la Food and Nutrition ont été ses matières de prédilection en Form VI, elle décide de s’orienter vers le tourisme. Un choix somme toute normal car chez les David, on a toujours eu le sens du service très développé et on pratique une politique openhouse. «À la maison, nous avons toujours vu nos parents aider les autres. Notre maison était toujours remplie d’enfants, d’adolescents et de cousins et je crois que c’est ce qui explique le choix de nos métiers.»
Elle envisage alors de s’expatrier pour ses études supérieures. Au cours d’une causerie scolaire animée par Renaud Azéma, qui était à l’époque responsable de l’EHSGD, celui-ci annonce que l’institution va proposer un programme d’études menant au Diploma in Tourism Management (équivalent du BTS Tourisme français). Il n’en faut pas plus à Marie Malié pour qu’elle change d’avis et décide de prendre avantage de ce cours car si elle part, elle laisse derrière elle famille et petit ami. Ainsi, pendant deux ans, elle est scolarisée à l’EHSGD. «Ce fut deux années exceptionnelles.»
Cette formation s’accompagne de stages à l’hôtel Trou-auxBiches où elle a pour mentor Fatima Chuttoo, ancienne Executive Assistant Manager, chez le réceptif White Sand Tours et auprès de l’entreprise Blue Safari qui organise des tours en sous-marin. Ces stages sont suivis d’offres d’emploi. Une fois diplômée, elle effectue ses premières armes au sein de l’équipe de Popo Hitié, qui vient tout juste de lancer le réceptif SummerTimes. Marie Malié est alors affectée au planning. Le gouvernement français offrant une bourse d’État pour des études de deuxième cycle, Marie Malié saute sur l’occasion et postule. Vu sa formation antérieure et son expérience professionnelle, elle décroche la bourse. Elle poursuit alors ses études supérieures, soit trois ans, à l’ESTHUA – Institut National de Tourisme de l’université d’Angers – où elle obtient un magistère en tourisme (BAC+ 5), équivalent d’un master. Cette faculté, reconnue comme le premier pôle européen de formations supérieures en tourisme, confère à son parcours une dimension académique de premier plan. Marie Malié, qui a épousé son petit ami Christopher et qui est mère de deux filles adolescentes, a un attachement très fort à la France. «J’ai adoré mes trois années en France. J’ai pu développer un solide réseau d’amis et de connaissances.»
? Dix-sept promotions d’assurées jusqu’ici
De retour à Maurice, elle bascule dans l’aviation chez IBL Travel où elle passe trois ans. C’est là qu’elle est approchée par l’EHSGD, qui recherche une Training Officer de formation française. Elle est recrutée par Roland Dubois, qui dirige à l’époque cette institution. Pendant 18 ans, elle s’est attelée à développer le programme de formation francophone menant au Diploma in Tourism Management, diplôme conjointement délivré par l’université d’Angers et le Lycée d’Hôtellerie et de Tourisme de Guyancourt, dans les Yvelines en France. Jusqu’ici, elle a assuré la formation de ce programme auprès de 17 promotions d’élèves et fait régulièrement le lien avec ces deux institutions françaises et l’institution mauricienne. «Ces 18 ans ont été très riches. J’ai toujours voulu redonner tout ce que j’ai reçu à mes étudiants. Ma fierté, c’est eux.»
Les étudiants qui veulent faire suivre leur diplôme par une licence et un master en tourisme peuvent le faire puisque l’université d’Angers a un accord en ce sens avec la MCCI Business School (MCCIBS), qui propose les cours y relatifs. «Nous travaillons actuellement au renforcement de nos programmes conjoints en tourisme et hôtellerie avec le Lycée d’Hôtellerie et de Tourisme de Guyancourt. J’essaie aussi de maintenir le lien avec la France et l’Institut français de Maurice car mon but est d’apporter une plus grande visibilité à l’école. J’incite aussi mes étudiants à effectuer des stages à l’étranger et veille à multiplier les opportunités leur permettant de bénéficier d’expériences de terrain enrichissantes.»
Marie Malié s’estime heureuse d’avoir le soutien de Karmaraj Nosib, Acting Training Centre Manager et de ses deux Assistant Training Centre Managers, Kishan Ramjutton et Sadna Juwaheer. «Je veux plus de recrutement, notamment au niveau régional et international, et développer davantage les relations avec l’industrie afin de donner encore plus de lustre à l’école hôtelière», dit-elle en rappelant que la formation offerte est gratuite.
Il y a 18 ans, à la demande de feu Harmon Chellen, ancien directeur de l’EHSGD, elle représente son institution lors de la messe du tourisme, organisée annuellement par la Commission Diocésaine de la Pastorale du Tourisme, mise en place en 1987 par Monique Dinan. «Pour les autres activités de la commission, je suis la voix du diocèse de PortLouis.» Et depuis 14 ans, elle préside cette commission.
Cette année, la messe du tourisme aura lieu le 2 octobre au Long Beach Hotel à Belle-Mare et son thème est «Marchons ensemble pour un tourisme à visage humain». «Notre focus porte sur les employés du tourisme, soit la personne humaine. C’est important de prendre en considération la personne qui travaille. Le tourisme est un domaine très dur, les horaires sont difficiles et cette personne sacrifie sa vie de famille. Souvent, on nous demande en quoi l’église est concernée par le tourisme. Or, l’église s’intéresse à tout ce qui affecte la personne humaine. Comme le disait Mgr Margéot, le touriste n’est pas un pigeon à plumer. C’est avant tout une rencontre avec l’habitant.»
? Relancer les pèlerinages spirituels
Marie Malié et les membres de cette commission avaient travaillé sur cinq pèlerinages spirituels pour touristes et mauriciens dont trois ont été lancés avec succès. Sauf que le Covid-19 est venu y mettre un terme. «Je veux les relancer, surtout le pèlerinage Port-Louis Interculturel, peut-être avec des enseignants à la retraite et la société d’histoire de Maurice. Nous pensons aussi proposer un tour de l’île interculturel pour la clientèle française, polonaise et réunionnaise.»
Marie Malié entend aussi essaimer les antennes de la commission à travers l’île afin qu’elles proposent des activités «aux croyants qui restent à la périphérie». Mais pour cela, elle a besoin du soutien des prêtres des paroisses et des personnes engagées dans le tourisme dans chaque région de l’île.
Sous son impulsion, la commission a aussi démarré un projet intitulé Partaz Kiltir Moris avec le soutien de Natacha Khoodoruth et de Marjory Chenel. «C’est chercher les talents en cuisine, en artisanat, en musique traditionnelle et les autonomiser afin qu’ils puissent offrir une expérience immersive aux touristes. De 2021 à 2023, nous avons lancé ce projet avec le concours financier de l’Organisation Internationale de la Francophonie et le groupe hôtelier Attitude, qui offre le lieu pour la formation. À ce jour, nous avons formé 15 personnes. Nous sommes actuellement en phase de ‘mise en tourisme’ mais cela prend difficilement car il faut tenir compte des réalités du terrain.»
? Suggestions à retenir
Le tourisme peine à retenir les jeunes mauriciens et Marie Malié en est très consciente. «Il y a plusieurs raisons à cela : les horaires sont difficiles, les salaires peu attrayants et l’apprentissage pratique est parfois resté militaire. Un jeune n’acceptera plus qu’on l’engueule en cuisine, par exemple. Il y a aussi le fait que les jeunes veulent tout et tout de suite. Mes élèves me disent : ‘Madame, one life, on n’a qu’une vie. Ils veulent s’expatrier et avoir tout vite. C’est bon d’avoir des ambitions et souhaiter devenir entrepreneurs mais l’industrie a besoin de retenir les jeunes mauriciens.»
De l’autre côté, dit-elle, l’industrie se retrouve avec des employés étrangers, qui souvent ne maîtrisent ni le français, ni l’anglais et encore moins le kreol. Et il est impossible de revenir en arrière. «On doit les remercier de venir soutenir l’industrie mais ce qui est clair et qui donne une mauvaise image à notre tourisme, c’est qu’il manque un solide programme d’intégration et de mise à niveau. Il faut qu’ils aient une formation en anglais et en français. Certains hôtels le leur donnent mais pas tous. Il faudrait leur donner aussi une formation culturelle afin qu’ils aient une connaissance de Maurice et des cultures. Il ne faut pas les traiter comme des citoyens de deuxième zone.»
Marie Malié estime que les travailleurs étrangers dans l’industrie touristique doivent être chapeautés par des mentors mauriciens. «Il faut un job shadowing pendant un an et que chaque employé étranger ait un mentor mauricien.» Ce dernier pourrait encadrer un petit groupe de cinq. «Ce mentor mauricien doit être valorisé par une prime et un certificat. Certains hôteliers travaillent actuellement avec des sous-traitants, qui leur proposent de la main d’oeuvre étrangère comme serveurs, en housekeeping et en maintenance. Mais ces personnes sont des vacataires et cela n’aide pas à créer une culture d’entreprise.»
La Commission Diocésaine de la Pastorale du Tourisme compte se rapprocher de la pastorale des migrants afin de cerner leurs problématiques et voir comment mieux les intégrer. Marie Malié reste optimiste. «Avec un bon encadrement et une formation comme je l’ai mentionnée, les travailleurs étrangers vont se calquer sur l’hospitalité mauricienne et vont s’adapter comme le Mauricien s’adapte ailleurs», estime-t-elle. Souhaitons qu’elle ait raison…
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