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Finances publiques

Plus de 50 % des dépenses budgétaires pour financer les prestations sociales

25 septembre 2025, 17:00

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Plus de 50 % des dépenses budgétaires pour financer les prestations sociales

Les chiffres rendus publics, le lundi 22 septembre, dressent un constat préoccupant sur l’état des finances publiques mauriciennes. Pour l’année fiscale close en juin 2024, le gouvernement a enregistré un déficit budgétaire record, accentuant les pressions sur une dette déjà élevée. Si les recettes fiscales ont progressé, les dépenses, notamment celles consacrées aux transferts sociaux et aux allocations, ont augmenté à un rythme nettement plus rapide, creusant davantage le déséquilibre.

Le déficit global, c’est-à -dire la différence entre les recettes et l’ensemble des dépenses, y compris l’investissement public, a atteint Rs 56,2 milliards en 2023/2024, contre Rs 36,6 milliards un an plus tôt. En proportion du Produit intérieur brut (PIB), le déficit s’est creusé de 6,0 % à 8,4 %, franchissant un seuil qui alimente des inquiétudes quant à la soutenabilité budgétaire.

Même au niveau opérationnel, c’est-à dire en ne tenant compte que des recettes et des dépenses courantes, la situation s’est dégradée : le déficit est passé de Rs 23,3 milliards en 2022/2023 à Rs 44,3 milliards en 2023/2024, soit près du double. En clair, l’État ne parvient plus à équilibrer ses comptes au quotidien et doit recourir à l’emprunt pour financer ses engagements.

Les recettes totales de l’État se sont établies à Rs 170,4 milliards, en hausse de 8,1 % sur un an. Cette performance est principalement attribuable aux recettes fiscales, qui représentent plus de 83 % des rentrées budgétaires. La TVA (Rs 53,2 milliards), les impôts sur les sociétés (Rs 28,7 milliards) et les droits d’accise (Rs 21,1 milliards) figurent parmi les principales sources de financement de l’État.

Cette dépendance à l’égard de la fiscalité indirecte, essentiellement basée sur la consommation, souligne toutefois une vulnérabilité structurelle : en cas de ralentissement économique ou de baisse de la demande intérieure, les finances publiques risquent de se contracter brutalement.

Les contributions sociales (Rs 12,2 milliards) et les autres revenus, dont les dividendes d’entreprises publiques et la vente de biens et services (Rs 14,9 milliards), ont apporté un soutien complémentaire. Mais les dons extérieurs, autrefois non négligeables, se sont effondrés à seulement Rs 0,7 milliard, traduisant un recul de l’appui des partenaires internationaux.

C’est du côté des dépenses que la situation s’est véritablement détériorée. Les dépenses totales se sont envolées à Rs 226,7 milliards, tirées par une explosion des dépenses récurrentes (+18,7 %).

La grande majorité de cette progression s’explique par l’augmentation des transferts et des prestations sociales. Ces deux postes à eux seuls ont contribué à près de 80 % de la hausse des charges courantes. Le gouvernement a choisi de maintenir, voire d’élargir, les dispositifs d’aide sociale dans un contexte marqué par les revendications sur le pouvoir d’achat, le vieillissement de la population et la nécessité politique de préserver la cohésion sociale.

Ainsi, plus de la moitié des dépenses budgétaires – 53,4 % – ont été orientées vers les secteurs sociaux, principalement la protection sociale, l’éducation et la santé. Ces arbitrages confirment que la priorité des finances publiques est avant tout d’ordre social, mais ils réduisent aussi les marges de manœuvre pour l’investissement productif et la transition écologique, qui restent relégués au second plan.

Cette politique budgétaire expansionniste a un corollaire : la dette publique continue de s’alourdir. Fin juin 2024, l’encours de la dette générale du gouvernement s’établissait à Rs 491,9 milliards, contre Rs 448,8 milliards un an auparavant, soit une augmentation de 9,6 %.

La progression de la dette (+ Rs 43,1 milliards) a été légèrement inférieure au déficit enregistré, le gouvernement ayant puisé dans ses actifs financiers pour limiter l’emprunt. Néanmoins, la tendance est claire : l’État se retrouve de plus en plus dépendant du financement domestique, avec Rs 40,4 milliards levés sur le marché intérieur au cours de l’exercice écoulé.

Les charges d’intérêts et de remboursement de la dette en témoignent: elles ont représenté Rs 15,3 milliards, soit 6,7 % de l’ensemble des dépenses publiques. Concrètement, sur chaque Rs 100 dépensée, près de Rs 7 servent désormais à honorer les engagements liés à la dette, au détriment d’autres priorités.

Difficile équation budgétaire

Cette évolution soulève plusieurs enjeux de taille pour l’avenir des finances publiques mauriciennes. Premièrement, la persistance d’un déficit élevé expose le pays à un cercle vicieux d’endettement croissant, avec des marges de manœuvre budgétaires toujours plus réduites. Deuxièmement, la concentration des dépenses sur le social, bien qu’indispensable pour soutenir les ménages et protéger les plus vulnérables, se fait au prix d’une compression des investissements publics structurants, qui sont essentiels pour stimuler la croissance et la productivité à long terme. Enfin, le recours accru à l’endettement domestique concentre le risque au niveau du système financier local, déjà fortement exposé aux titres de l’État. Une éventuelle hausse des taux d’intérêt ou un ralentissement économique pourrait amplifier les tensions.

Le dilemme du gouvernement est donc clair : comment concilier un impératif social de plus en plus coûteux – notamment avec une population vieillissante et une demande croissante de prestations – avec la nécessité de restaurer la discipline budgétaire et de contenir la dette ? Sans une réforme en profondeur des dépenses publiques et une réflexion sur la structure fiscale – aujourd’hui trop dépendante de la consommation –, la trajectoire actuelle risque de fragiliser la stabilité macroéconomique.

Le rapport sur les finances publiques de 2023/2024 illustre une réalité contrastée: des recettes fiscales dynamiques mais insuffisantes face à une explosion des dépenses sociales, un déficit budgétaire qui s’élargit dangereusement et une dette publique qui atteint de nouveaux sommets. Si les choix opérés traduisent une volonté politique de protéger le pouvoir d’achat et d’investir dans la santé et l’éducation, ils posent aussi la question de la soutenabilité à moyen terme. L’équation budgétaire mauricienne devient de plus en plus complexe : entre le poids des prestations sociales, les besoins d’investissement et les contraintes de la dette, l’État se retrouve face à un défi de gouvernance économique dont les prochaines années seront déterminantes.

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