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Commissaire de police : without fear or favour?
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Commissaire de police : without fear or favour?
« …in the preservation of peace and the prevention and detection of all offences, and all other duties as required of me by law, without fear or favour, affection or ill will. So help me God » Police Oath
«Fear or favour», disent-ils tous à chaque prestation de serment, une promesse d’agir sans crainte ni faveur. Mais c’est bien les «faveurs» qui ont fait tomber Anil Kumar Dip. Est-ce une ironie qu’un commissaire de police finisse derrière les barreaux ? Ou bien est-ce la conséquence logique d’un poste où le pouvoir, à son sommet, finit par se croire au-dessus des lois ?
Ce dossier veut vous plonger au cœur de l’histoire de cette fonction, en rappelant la noblesse et le prestige d’un poste qui incarne l’autorité de l’État, mais aussi les dérives et fragilités qui sont souvent éclaboussés.
Depuis l’Indépendance, chaque commissaire a laissé une empreinte, parfois glorieuse, parfois infamante. Certains ont marqué par leur discipline et leur rigueur, modernisant la police, lançant de nouvelles stratégies de lutte contre la drogue ou imposant une fermeté respectée. Dans la mémoire collective, ce sont les «hommes de principe» … ou censés l’être.
Arrestations, soupçons de corruption, ingérences politiques, accusations d’abus de pouvoir: les épisodes de disgrâce se sont succédé. Certains commissaires ont dû rendre des comptes devant la justice, devant nous…
Avant la prise de fonction de Raj Dayal, pas de scandales majeurs dans nos fichiers. Cependant, on remarque que Cyril Morvan fut limogé. Selon une source, ce serait dû à sa proximité avec le MSM, il avait même un bureau au Sun Trust. Les CP d’alors étaient critiqués pour des décisions influencées par le pouvoir politique et une gestion «favorable au pouvoir».
L’ex-CP Raj Dayal a eu une carrière tumultueuse. En 1997, une commission d’enquête est mise sur pied pour examiner une affaire retentissante dans la police, dans laquelle Raj Dayal est directement mis en cause. Suspendu de ses fonctions, il est officiellement relevé de son poste de commissaire le 31 janvier 2000. On lui reproche d’avoir utilisé une lettre rédigée par l’ex-inspecteur Ben Buntipilly, alors qu’il savait que son contenu était mensonger. En mai 2004, il est arrêté par l’ADSU sous une charge provisoire de complot pour dissimuler de la drogue. Il est accusé d’avoir donné des instructions pour faire agresser le Senior Puisne Judge Bernard Sik Yuen et assassiner deux policiers, dont l’inspecteur Hemant Dass Ghoorah. Après un long interrogatoire, il est libéré sous caution avec interdiction de quitter le pays. Dayal rejette toutes les accusations, dénonçant un complot orchestré par des trafiquants pour détruire sa réputation, et rappelle avoir consacré 29 ans de sa vie à la police.
De ces 15 personnes qui ont tenu le poste de commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh est celui qui compte le plus d’années avec huit ans de service comme CP. Décrit comme ferme et exigeant, en février 2008, l’express rapportait des «relations glaciales» avec le parti politique au pouvoir comme raison de sa démission.
Dhun Iswur Rampersad, selon nos archives, a eu un mandat relativement calme. Il a, par contre, comparu devant l’Equal Opportunities Commission : Rajesh Moorghen avait déposé une plainte pour discrimination sur la base de la religion.
Puis vint Mario Nobin. Ce dernier est connu pour l’affaire Mike Brasse. Il prend la fonction en 2015 et crée l’Anti Robbery Squad (ARS). Cependant, en 2022, il est impliqué dans une affaire où le trafiquant de drogue a affirmé l’avoir rencontré pour obtenir un passeport temporaire. Brasse a été arrêté avec 42 kg de drogue d’une valeur de Rs 600 millions. Nobin a été inculpé provisoirement pour «utilisation de sa fonction à des fins personnelles». Il a été libéré sous caution de Rs 75 000.
Un mandat court, de juin 2020 à août 2021 a suivi pour Khemraj Servansing. Il a été au centre de plusieurs controverses. En 2021, une clé USB contenant des images de tortures infligées par des officiers de la Criminal Investigation Division (CID) de Terre-Rouge a été remise au bureau de Khemraj Servansing. L’enquête menée par le Central CID n’a pas abouti, et des hauts gradés impliqués ont été mutés. En juin 2022, il a été annoncé que l’ancien CP serait interrogé dans le cadre de cette affaire, mais les suites restent floues.
Ces affaires, répétées au fil des décennies, ont nourri une méfiance profonde du public, et installé l’idée que ce poste pouvait être instrumentalisé par le pouvoir en place… Derrière chaque nomination, chaque départ forcé, chaque scandale, se joue la crédibilité de l’institution tout entière.
Néanmoins, le poste de commissaire de police qui, à première vue, semble si complexe et lourd à porter ne l’est pas autant, car tout est une question de rigueur et de principes.
Un ancien commissaire, qui a accepté de nous parler sous couvert d’anonymat car «mo pa anvi mo nom paret avek tou sa bann zafer la» décrit la fonction comme «noble», mais exige une conduite exemplaire et une gestion humaine. Pour lui, le poste de CP est sans doute l’un des plus sensibles du pays. Chef suprême de la force policière, il est chargé de maintenir le law and order, de veiller à la protection de la vie et des biens et de s’assurer que les lois sont appliquées de manière impartiale. À la tête d’environ 13 000 policiers, le CP incarne autant l’autorité que la responsabilité. «Le poste n’est pas compliqué en soi. La clé, c’est la simplicité, la modestie et un bon planning. Il faut éviter tout égoïsme et se rappeler que l’on sert la population avant tout.» Le CP doit être un leader qui inspire, pas un chef qui impose.
Pourtant, l’actualité assombrit ce portrait idéal. L’arrestation d’Anil Kumar Dip soulève de vives questions sur l’intégrité de la fonction. L’affaire met en lumière le contraste entre la mission officielle du poste – garantir la justice et l’impartialité – et les dérives possibles liées à l’exercice du pouvoir.
Ce paradoxe n’est pas nouveau : les CP sont souvent pris en étau entre pressions politiques, attentes du public et gestion interne d’une force colossale. L’ancien commissaire contacté souligne que le vrai défi réside dans la capacité à «régner avec noblesse», à garder la distance nécessaire avec les influences extérieures et à agir avec rectitude.
Le poste de CP demeure à la fois un pilier de l’ordre démocratique et un miroir des fragilités institutionnelles du pays. Sa crédibilité repose sur un équilibre délicat entre autorité, intégrité et humilité.
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