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Éclairage

Sérénité monétaire : Ramgoolam tourne la page Sithanen

20 septembre 2025, 18:00

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Sérénité monétaire : Ramgoolam tourne la page Sithanen

POV

Le 20 septembre, en conférence de presse, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a tranché : il a demandé au gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Rama Sithanen, de «step down» pour permettre à l’institution monétaire de retrouver sa sérénité et sa stabilité. Cette annonce, qui prendra effet le 30 septembre, met un terme à une séquence houleuse de dix mois à la tête de la Banque centrale. Si, à sa nomination en novembre 2024, l’ancien ministre des Finances apparaissait comme un atout pour la crédibilité de la place financière, il quitte aujourd’hui la BoM Tower en laissant derrière lui un climat de suspicion, de controverses et une réputation fragilisée.

Pour beaucoup d’observateurs, «the writing was on the wall». Depuis mars, la confrontation entre Rama Sithanen et Gérard Sanspeur, son ancien numéro deux, avait transformé la BoM en champ de bataille. Accusations croisées, fuites dans la presse, allégations de pressions sur le personnel, de nominations douteuses, d’influence sur des appels d’offres… l’institution, censée incarner la rigueur et la discrétion, se retrouvait en plein tumulte médiatique. L’épisode des enregistrements audio, attribués au fils du gouverneur et contenant des propos injurieux envers certaines personnes, a fini par écorner l’image de la Banque centrale.

La tension a franchi un palier le 12 août, lorsque le vice-Premier ministre a publiquement exprimé ses réserves sur la gouvernance de Sithanen, pointant particulièrement deux dossiers sensibles : la Mauritius Investment Corporation (MIC) et Silver Bank. Ce signal politique fort, suivi quelques semaines plus tard par le départ forcé de Gérard Sanspeur le 29 août, laissait entrevoir que le gouverneur ne pourrait pas tenir bien longtemps.

En demandant à Rama Sithanen de se retirer, Navin Ramgoolam a voulu éviter que la banque centrale ne s’enfonce davantage dans la polémique. «La sérénité et la stabilité» de la BoM étaient devenues, selon ses mots, des biens trop précieux pour être sacrifiés à des querelles de personnes et une surexposition médiatique nuisible à l’image du pays.

Le Premier ministre ne conteste toutefois pas les compétences techniques de Sithanen. Il a même salué quatre indicateurs clés : l’appréciation de la roupie de 6 % vis-à-vis du dollar depuis le début de l’année, l’inflation contenue à 3,3 % en août, des réserves en devises portées à 9,5 milliards USD et un profit record de près de Rs 7 milliards pour la banque.

Mais, dans les faits, ces performances ne suffisaient plus à contrebalancer les risques réputationnels de la BoM. Les critiques récurrentes sur son style, sa propension à répondre frontalement à Gérard Sanspeur et ses maladresses dans la gestion des perceptions publiques ont nourri le malaise. Au lieu d’éteindre l’incendie, Rama Sithanen l’a alimenté. Dans un centre financier scruté par Moody’s et d’autres agences internationales, l’autorité monétaire ne pouvait plus se permettre d’être un feuilleton à rebondissements.

Les failles de gouvernance

Au cœur du problème se trouve également une dimension familiale qui a miné son mandat. Le rôle trop visible de son fils, consultant financier, dans la sphère de la BoM Tower, a alimenté les soupçons de conflits d’intérêts. Des cadres de la banque l’auraient croisé trop souvent, donnant l’impression d’une proximité malvenue entre affaires privées et institution publique. Comme le souligne Jean-Paul Chasteau de Balyon, ex-haut cadre du privé et spécialiste de la bonne gouvernance, «Sithanen père a fait le lit de son malheur et celui du fils, car il n’a pas su dès le départ ériger le firewall indispensable entre lui et son fils concernant ses obligations professionnelles et fiduciaires. Il a ouvert une brèche dans laquelle il a permis son fils de s’engouffrer et ce dernier trop heureux de se sentir pousser les ailes d’un pouvoir qui ne lui revenait pas de droit».

Ces imprudences ont nourri une perception délétère : celle d’une banque centrale vulnérable à des influences personnelles. Or, dans ce type d’institution, la perception compte autant que la réalité. Un soupçon de favoritisme ou d’ingérence suffit à fissurer la confiance du marché, des partenaires internationaux et du public.

La force de Rama Sithanen, son expérience et sa réputation d’économiste se sont malheureusement retournées contre lui. Habitué des débats publics, il a cru pouvoir répondre coup pour coup aux attaques, oubliant que le gouverneur d’une banque centrale est censé incarner la réserve et la stabilité. Son style offensif, perçu comme une marque d’arrogance par ses détracteurs, a fini par irriter le chef du gouvernement lui-même.

À sa conférence de presse post-Monetary Policy Committee du 13 août, Rama Sithanen affirmait pourtant bénéficier de la pleine confiance du Premier ministre. L’express avait titré qu’il s’agirait sans doute de sa dernière réunion du MPC, ce qui avait valu des critiques acerbes de sa part. Quelques semaines plus tard, les faits ont donné raison à cette lecture. La réalité politique s’est imposée sur la compétence technique.

Qui pour lui succéder ? La tâche sera immense pour cet «oiseau rare» : restaurer la crédibilité de la BoM, rétablir un climat serein en interne, maîtriser les perceptions externes et assurer les missions fondamentales de stabilité monétaire. L’urgence, à court terme, reste la protection du pouvoir d’achat des ménages face aux pressions inflationnistes et la disponibilité de devises, notamment de dollars, pour satisfaire les besoins des importateurs.

Le futur gouverneur devra également veiller à maintenir la confiance des partenaires internationaux, au moment où Maurice est étroitement surveillé par les agences de notation et les institutions financières multilatérales. La moindre erreur de gouvernance pourrait coûter cher à un pays déjà confronté à des défis budgétaires et à une dette publique élevée.

Évincé après seulement dix mois, Rama Sithanen doit désormais songer à son avenir dans le secteur privé. L’opinion publique lui est devenue hostile, mais son expertise reste indéniable. Il lui faudra démontrer qu’il demeure une voix qui compte dans le débat économique et qu’il peut rebondir en dehors de la BoM Tower.

Cette affaire dépasse le cas individuel de Rama Sithanen. Elle rappelle combien la BoM doit rester à l’abri des querelles de pouvoir, des interférences politiques et des influences personnelles. Son indépendance, réelle et perçue, est la clé de la stabilité financière et de la crédibilité de la juridiction mauricienne. La saga Sithanen-Sanspeur aura au moins eu le mérite de mettre en lumière la fragilité d’une institution dès lors qu’elle perd de vue sa vocation première.

En demandant à son gouverneur de se retirer, le Premier ministre a voulu tourner la page. Reste désormais à écrire la suivante : celle d’une banque centrale restaurée dans sa mission, loin des scandales, proche de sa raison d’être – la confiance.

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