Publicité

Kronik KC Ranzé

Plans d’avenir…

21 septembre 2025, 05:30

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Plans d’avenir…

Il est clair que ce gouvernement a déjà changé pas mal de choses. Le Parlement marche mieux. De nouvelles lois ont été votées. Le DPP qui avait été marginalisé par la FCC Act a été rétabli dans sa position d’être le seul à décider qui poursuivre ou pas (reste pourtant la question de savoir quel est le recours si jamais un de nos DPP devenait rogue !). L’accord sur les Chagos est finalisé. Si l’euro coûte plus cher par 8,3 % depuis janvier, le dollar est moins cher par 3,4 % et comme nous importons lourdement en dollars et gagnons notre vie en euros plutôt, notamment dans le tourisme, c’est plutôt bien pour le pays (Merci M. Trump !).

Le MERI 2 qui mesure l’érosion de la roupie par rapport aux devises de notre commerce et du tourisme n’a flanché que de 1,4 % depuis novembre 2024. Un 14e mois a été payé à ceux qui en avaient le plus besoin. La MBC s’améliore (je n’en sais directement rien, ayant arraché mes fils d’antenne il y a plus de 20 ans…). On va enfin s’occuper de générer plus d’électricité, même si nous friserons le blackout cet été. Les chevaux courent plus libres au Champ-de-Mars. Rs 2 milliards de subventions (Rs 10 milliards éventuellement ?), tenteront de réduire le coût des achats quotidiens, malgré les risques de l’illusion de la subvention…

Cependant, tout n’est pas parfait !

Le State of the Economy ayant révélé l’état troublant de nos finances a bouleversé de nombreux calculs, tétanisant pas mal de promesses électorales mais rendant aussi obligatoire la réforme du BRP qu’aucun gouvernement précédent ne voulait toucher, alors qu’il menaçait pourtant à moyen terme de faire dérailler les finances du pays. La «réforme» CSG avait empiré la situation… Pourtant le comité d’experts qui devait être nommé pour décider de l’avenir du NPF/ CSG se fait toujours attendre…

Il y a bien eu les Assises de l’Éducation, mais la bureaucratie du ministère, défendant ses plates-bandes et le statu quo, jouerait le trouble-fête. Un Appointments Committee évoqué en campagne électorale aurait peutêtre évité quelques nominations controversées, mais ne pourra, finalement, que servir à un prochain gouvernement ? Toutes les nominations ne sont d’ailleurs pas complétées, neuf mois après la mise en selle… On nous a imposé 25 ministres (le max) et 10 junior ministers. Nos ambassades qui nous coûtent cher ne sont pas moins nombreuses. Les per diems coulent toujours. Les salaires et pensions sont inviolés. Les prébendes demeurent. Les voitures duty free aussi… Le nombre de corps para-étatiques n’a pas changé, même si frisant l’obscénité…

Ce qui nous mène à la première grave erreur de ce gouvernement : l’exemplarité ou plutôt son manque… Le premier budget du gouvernement actuel était d’évidence difficile puisqu’il fallait trouver 42 milliards de recettes nouvelles pour couvrir Rs 10 milliards de dépenses courantes de plus, dont Rs 4,3 milliards d’intérêts inévitables et Rs 4 milliards de «contingence» pour, ainsi, réduire le déficit budgétaire courant constaté de Rs 44,6 milliards pour 2024- 25, (6,3 % du PIB pour le dernier budget de Padayachy), à Rs 12,5 milliards (1,6 % du PIB) ! Rs 10 milliards attendus de l’accord Diego vont aider, mais pas guérir… Cette équation difficile à respecter demandait des sacrifices de quasiment tous les citoyens : Rs 30 milliards de taxes additionnelles et même une réduction des bénéfices sociaux de Rs 2,2 milliards. Dans ce contexte, le gouvernement choisissait de ne PAS donner l’exemple sur son propre train de vie ! Ce fut une grave erreur. Qu’il n’est pas trop tard pour corriger d’ailleurs…

Le deuxième constat est sur le plan de la transparence. On a bien publié le rapport sur les dialysés morts pendant la pandémie et celui de la Land Drainage Authority sur les zones inondables. Ces deux actes de transparence, avec le State of the Economy, ont marqué des points pour le gouvernement. Mais ils ont aussi, par contraste, souligné les cas où la promesse de transparence ne s’est pas encore concrétisée ! Le rapport Wakashio et l’accord sur Agaléga sont en tête de liste des attentes du grand public, mais il reste la publication d’un rapport sur les tables d’écoute Lepep ayant coûté Rs 5 milliards – et généré Misie Moustass, la promesse du PM de venir régulièrement rendre compte à la nation chaque 100 jours (*), les rapports transparents sur les tripatouillages du MIC et le dévergondage de la Silver Bank (qui s’affiche toujours sur la Place d’Armes !), les comptesrendus de la STC sur l’opération Smash ou Amul, le transport du pétrole depuis que le contrat Betamax fut annulé (coûtant Rs 5,68 milliards de compensation !), l’achat de riz et de pétrole, Molnupiravir, Pack n Blister, la Freedom of Information Act etc…

Finalement et peut être plus crucialement, ce doit être le début de bilan sur le plan de l’économie, puisque le nerf de la guerre c’est la croissance qu’il nous faudra pour sortir le pays de l’ornière, sur les trois prochaines années ! Pour cela, le pays a besoin d’investissements, de production, un certain maintien de la consommation et un coup de fouet à nos exportations ! Que disent les premiers chiffres après le budget ? L’EDB a-t-il toujours un portefeuille de projets à lancer ? Approuve-t-on les projets avec la célérité requise par la situation ? Les voyages en France, au Japon et en Inde vontils, au-delà des bontés échangées et d’aides ponctuelles, aussi généreuses fussent-elles, nous rapporter de l’activité économique salutaire ? Navin Ramgoolam, ayant lucidement établi le cap du pays avec ce premier budget, peut-il encore servir le pays au mieux en étant à la fois Premier ministre, chef de parti, ministre de l’Intérieur, ministre de Rodrigues et des territoires extérieurs ET ministre de nos Finances ?

La réforme électorale, le financement des partis politiques, MK, la réforme du transport public, le trafic de la drogue, le Reward Money et sa police scélérate, les valises de Rs 114 millions sans propriétaires… tout cela est sans doute important, mais sans une économie qui tourne, on va brasser de l’air, les comptes nationaux vont persévérer dans leur déséquilibre, la jeunesse va continuer à voir son devenir ailleurs et le pays aura un avenir plus rabougri que celui auquel il aurait pu aspirer.

*** 

BBC World, MW 1575. Cette radio a disparu de nos ondes depuis début avril 2025 ! C’était il y a 169 jours! Ce mercredi, Multi Carrier (Mtius) Ltd, qui transmettait la BBC, confirmait, au téléphone, le énième «vol de cuivre» qui aurait réduit la BBC au silence et annonçait… encore deux mois d’attente pour la réparation ! Face au vol de cuivre, on promet d’enterrer le câble. Malheureusement, le câble va devoir sortir de terre à ses deux extrémités ! J’ai peur !

*** 

On nous a promis du changement. Certains épisodes de notre quotidien ressemblent pourtant à du copié-collé du passé…

La semaine dernière, on a arrêté le journaliste autonome Jasodanand sur une déposition de Tevin Sithanen qui lui reprochait un «post» sur Scoop.mu. On peut supposer qu’il s’agit de l’enquête du 11 septembre ? Tevin Sithanen aurait pu choisir de contester les «faits» de cette enquête, mais tentait plutôt, sous l’ICT Act, de faire taire, ce qui n’était pas sans rappeler les épisodes les plus foireux du gouvernement précédent… On ne sait pas encore à ce stade si ce sont seulement les policiers qui ont fait du zèle, mais ce qui est certain, c’est que le landing de nombreux agents chez Jasodanand, 24 heures seulement après la déposition du jeune Sithanen, avec portable et laptop saisis, a dû, à la fois, décupler le nombre de lecteurs de Scoop.mu et aider à détruire l’image de «changement» dans le comportement des policiers du pays !

La déclaration du commissaire de police Sooroojbally lundi, n’est pas venu arranger les choses : «Inn fer seki bizin fer», déclarait-il au journal Le Défi. Or, les preuves du «délit» s’il y en a, soit l’enquête publiée du 11 septembre ; suivie d’ailleurs d’encore plus de détails le 15 septembre, étaient déjà disponibles, le sont encore et ne réclamaient aucune urgence et encore moins un traitement d’exception ?

Ah ! l’ICT Act ! On l’avait oubliée celle-là avec ses modifications scélérates de 2018 !

Car, fondamentalement, l’ICT Act et sa fameuse clause 46(h)(ii) existent toujours et n’ont PAS été éliminées par le seul vote de 60-0, comme certains ont pu le croire ! Cette clause décrète en effet que c’est «an offence» d’utiliser une information ou une communication qui «is likely to cause or causes annoyance, humiliation, inconvenience, distress or anxiety…».

Sithanen Jr est-il «annoyed» ou «inconvenienced» ? Sithanen Snr l’est certainement maintenant ! Et il sait bien à qui il le doit !

S’il est une question à poser au commissaire de police, à ce stade, c’est sans doute pourquoi «… seki bizin fer» n’a pas été fait dans d’autres cas d’«annoyance, humiliation, inconvenience, distress or anxiety» ayant pourtant fait l’objet d’une déposition depuis novembre 2024… ?

(*) Discours du PM à la nation le 12 mars dernier : https://lexpress.mu/s/navin-ramgoolam-je-voustiendrais-au-courant-des-progres-presque-tous-les100-jours-543295

Publicité