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Construction

Entre flambée des coûts et ralentissement des projets

17 septembre 2025, 09:00

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Entre flambée des coûts et ralentissement des projets

■ Maisons en terre et en conteneurs s’inscrivent dans une tendance vers des solutions plus écologiques et économiques.

Le secteur de la construction, deuxième pilier économique du pays avec une contribution de 6,6 % au PIB en 2023 selon Statistics Mauritius, traverse une zone de turbulences. Hausse continue des prix des matériaux, pénurie de main-d’œuvre et incertitudes liées aux politiques publiques pèsent lourdement sur son développement.

Les causes de la situation actuelle dans le secteur de la construction sont multiples. Elles découlent à la fois des répercussions de la pandémie de Covid-19, des tensions géopolitiques qui affectent l’importation et le fret, et d’une inflation salariale soutenue. Résultat : un coût de la construction en hausse constante et une croissance freinée. Entre juillet 2024 et juin 2025, l’indice des prix de la construction est passé de 141,3 à 145,5. Après une relative stabilité en août, septembre et octobre 2024, une tendance haussière s’est enclenchée en janvier 2025 avec une progression de 1,3 %. Les mois suivants ont confirmé cette dynamique.

En avril, l’indice a été tiré vers le haut par la hausse des prix de plusieurs matériaux, dont le mortier prémélangé, les carreaux, le granit ou encore les installations électriques. Certaines baisses, comme celles des barres d’acier et des installations sanitaires, ont toutefois atténué cette progression. En mai, les hausses du ciment, de la peinture ou du remblai ont été compensées par de fortes baisses sur l’acier et la menuiserie bois. En juin, une nouvelle augmentation de 0,3 % a été enregistrée, portée cette fois par l’aluminium, la peinture et les installations sanitaires.

Dans ce contexte tendu, Gérard Uckoor, fondateur de l’Association des petits contracteurs, décrit un quotidien de plus en plus compliqué pour les professionnels du secteur. «Nous travaillons avec la population, les particuliers, le gouvernement. Quand nous faisons une cotation pour une maison estimée à Rs 3 millions, nous constatons que le prix des matériaux augmente progressivement. Ce n’est pas évident, car le client a déjà prévu son budget pour une construction clé en main et, à la fin du projet, il se retrouve avec une facture qui avoisine les Rs 4 millions. Parfois, la maison reste inachevée.»

Pour faire face à ces difficultés, il suggère la création d’une centrale d’achats sur le modèle de ce qui existe à l’étranger. «Dans ce cas, tout le matériel de construction serait regroupé et les prix pourraient rester stables pendant six à sept mois, protégeant ainsi les clients et les professionnels contre les hausses successives.» Le coût de la main-d’œuvre constitue un défi majeur, s’élevant aujourd’hui de Rs 2 000 à Rs 3 000 par jour. Le manque de travailleurs qualifiés accentue encore la pression sur le secteur. Gérard Uckoor attire l’attention sur la situation des travailleurs locaux. «Ceux qui sont disponibles n’arrivent pas à progresser. Ils touchent leur salaire et dès le 15 ou 16 du mois, l’argent est déjà épuisé. Il y a un manque de considération pour le travailleur. Il faut soutenir la maind’œuvre locale.»

À ces difficultés de coûts, s’ajoute un climat d’incertitude. Le budget 2025-26 annonce quelques projets majeurs, mais la liste reste limitée. Parmi les chantiers phares, figurent l’autoroute M4, qui sera réalisée en deux phases de Forbach à Pont Blanc puis jusqu’à Bel-Air ; et la deuxième phase de la Ring Road, incluant deux tunnels à travers Quoin Bluff et Monneron Hill pour relier le Boulevard Victoria et Tranquebar. Le barrage de Rivière-des-Anguilles, attendue depuis longtemps, viendra compléter ce volet. Rs 2,4 milliards sont prévus pour des projets de drains à travers l’île et Rs 67,5 millions pour des logements sociaux destinés aux bénéficiaires du registre social. Au total, le gouvernement projette Rs 128 milliards d’investissements sur cinq ans dans les infrastructures, englobant transport, eau, logement, déchets, assainissement, drainage et électricité.

Toutefois, la Building & Civil Engineering Contractors Association (BACECA) a exprimé son inquiétude face aux mesures du Budget 2025-26. L’organisation souligne notamment l’absence quasi totale de nouveaux projets publics pour les deux prochaines années. Cette situation intervient alors que les entreprises du secteur sortent à peine d’une année 2024 marquée par la Wage Relativity et le paiement du 14e mois, sans ajustement des Fixed Priced Contracts. Selon la BACECA, le risque est réel de voir des licenciements et même des fermetures d’entreprises locales.

Les rares projets annoncés ne semblent pas offrir de réelles opportunités aux opérateurs mauriciens. Le barrage de Rivière-des-Anguilles sera confié à des entreprises étrangères, tandis que d’autres projets, comme les drains, accusent des retards liés aux procédures de conception et d’acquisition de terrains. La construction des Archives nationales et de la nouvelle Académie de police sont, elles, réservées à des entreprises indiennes via des accords G-to-G.

Du côté du privé, la situation n’est pas plus encourageante. La confiance des investisseurs est fragilisée par des changements soudains du cadre fiscal : hausse des taxes sur les transferts de terrain, suppression de l’exonération de TVA sur les projets smart cities, restrictions accrues sur l’acquisition de biens immobiliers par des étrangers et fiscalité plus lourde sur les hauts revenus. Ces mesures, selon la BACECA, risquent d’entraîner un ralentissement massif, avec un impact direct sur les flux d’investissements étrangers, la valeur de la roupie et le PIB.

Consciente de ces enjeux, l’association a soumis au ministère des Finances une série de recommandations. Elle propose, pour le secteur public, le maintien d’un minimum de projets structurants, une marge de préférence accrue pour les entrepreneurs locaux, une révision des conditions contractuelles et un respect strict des délais de paiement. Elle plaide également pour une accélération des projets en partenariat publicprivé (PPP), avec la participation obligatoire d’entreprises locales et des incitations renforcées. Pour le secteur privé, la BACECA recommande un moratoire de deux ans sur les incitations fiscales liées aux smart cities ainsi que le maintien des avantages pour les projets écologiques.

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