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Diplomatie
Chagos : entre Londres, New Delhi et Port-Louis, un jeu d’équilibre stratégique
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Chagos : entre Londres, New Delhi et Port-Louis, un jeu d’équilibre stratégique
■ Avec les accords signés entre Narendra Modi et Navin Ramgoolam, la vaste zone maritime, qui englobe la base de Diego Garcia, devient un nouvel espace de coopération indo-mauricienne.
Alors que le Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill poursuit son parcours au Parlement britannique, les relations triangulaires entre le Royaume-Uni, l’Inde et Maurice autour de l’archipel des Chagos prennent une nouvelle tournure. Entre négociations diplomatiques, coopération stratégique et contraintes logistiques, Maurice navigue dans des eaux complexes où se mêlent enjeux de souveraineté, de sécurité et de développement.
Le 20 octobre, la Chambre des communes va examiner, en Committee of the Whole House, le Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill. Ce texte, qui fait suite à la second reading déjà validée par 330 voix contre 179, vise à entériner juridiquement la rétrocession de l’archipel des Chagos à Maurice, tout en confirmant la présence militaire anglo-américaine sur Diego Garcia.
Ces débats londoniens pèsent lourdement sur le calendrier mauricien. Selon nos informations, un éventuel déplacement officiel du Premier ministre, Navin Ramgoolam, vers l’archipel avant l’adoption finale du texte pourrait être interprété comme une provocation et donner du grain à moudre aux opposants britanniques. L’Attorney General, Gavin Glover, a d’ailleurs confirmé à l’express que «non, ce n’est pas possible cette année», en raison à la fois de contraintes logistiques et de considérations politiques. Un trajet maritime de Maurice à Diego Garcia prendrait une vingtaine de jours, faute de liaisons aériennes directes. Ces obstacles techniques s’ajoutent donc aux enjeux diplomatiques, rendant improbable une visite à court terme.
Une alliance consolidée
C’est dans ce contexte tendu que le Premier ministre s’est rendu en Inde, où il a conclu une série d’accords de coopération avec son homologue Narendra Modi. À Varanasi, les deux dirigeants ont dévoilé un paquet économique spécial d’une valeur totale de 680 millions de dollars, incluant 25 millions de dollars d’assistance budgétaire directe.
Mais au-delà des chiffres, c’est la dimension stratégique qui retient l’attention. L’Inde s’est engagée à participer au redéveloppement du port de Port-Louis, à l’expansion des infrastructures routières et aéroportuaires ainsi qu’au développement et à la surveillance de la Chagos Marine Protected Area. Cette vaste zone maritime, qui englobe la base militaire de Diego Garcia, devient ainsi un nouvel espace de coopération indo-mauricienne.
Narendra Modi a insisté : «Ce package n’est pas une assistance. C’est un investissement dans notre avenir commun.» En retour, Navin Ramgoolam a exprimé sa gratitude en soulignant l’importance symbolique d’un navire indien pour un futur déplacement aux Chagos : «Nous voulons planter notre drapeau aux Chagos. La symbolique d’un navire indien pour ce voyage serait très forte.»
L’Inde se positionne désormais comme le partenaire privilégié de Maurice pour sécuriser et exploiter les ressources de sa Zone économique exclusive (ZEE), récemment étendue avec le traité avec le Royaume-Uni. Le secrétaire aux Affaires étrangères, Vikram Misri, l’a rappelé en affirmant que Maurice avait aujourd’hui plus de responsabilités et devait protéger ses ressources maritimes pour les développer. L’Inde, selon lui, est prête à accompagner ce processus.
Cette coopération s’étendra aux domaines de l’hydrographie, avec des projets conjoints sur cinq ans pour établir des cartes de navigation et collecter des données ainsi qu’à la modernisation de la garde-côte mauricienne et à la formation d’officiers. Narendra Modi a insisté sur le fait qu’un océan Indien libre, ouvert, sûr et stable constituait une priorité partagée, réaffirmant la volonté de l’Inde d’être le «premier répondant» et le «fournisseur net de sécurité» dans la région.
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