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L’austérité sans exemplarité est un suicide politique

11 septembre 2025, 05:00

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François Bayrou a chuté lundi soir, victime d’un vote de confiance qu’il avait lui-même provoqué. Le pari était insensé : imposer à un pays en tension une cure d’austérité brutale, sans pédagogie ni contreparties. En supprimant deux jours fériés pour financer 43 milliards d’euros d’économies, le Premier ministre français a réveillé la rue plus qu’il n’a rassuré les marchés. Résultat : neuf mois à Matignon et un crash politique qui restera comme l’un des plus brefs de la Ve République.

À des milliers de kilomètres, Port-Louis observe. Car ce qui vient de se jouer à l’Assemblée nationale, à Paris, n’est pas qu’un épisode hexagonal. C’est un miroir tendu à Navin Ramgoolam, qui cherche encore à faire accepter sa réforme des retraites. Bayrou avait ses jours fériés ; Ramgoolam a ses mères au foyer de 59 ans privées de Basic Retirement Pension et de pension contributive. Dans les deux cas, des mesures comptables, parfois nécessaires, mais présentées avec une froideur technocratique qui alimente un sentiment d’injustice.

Le point commun entre les deux premiers ministres est un angle mort redoutable : la pédagogie du risque. Bayrou a parlé d’«hémorragie» budgétaire, mais sans jamais expliquer ce que coûterait l’inaction au quotidien des Français. Ramgoolam, de son côté, blâme encore l’héritage de Pravind Jugnauth. Mais cette ligne d’argument atteint ses limites. Car, au bout de presque un an de mandat, les Mauriciens n’écoutent plus l’excuse commode du «passé». Ils veulent comprendre pourquoi la réforme frappe d’abord les petites gens, et pourquoi l’exemple ne vient toujours pas d’en haut – les per diem de Rs 73 000 n’ajoutant qu’à l’exaspération.

Comment justifier que les pensions soient rabotées pour les foyers modestes sans que les élus touchent à leur propre régime ? Comment demander des sacrifices aux citoyens tout en maintenant les salaires confortables des hauts fonctionnaires ? Le contraste est brutal. Et, comme en France, il nourrit la colère diffuse qui s’accumule dans la rue et sur les réseaux.

Bayrou a voulu créer un effet de choc – «moment de vérité», disait-il. Mais, en croyant réveiller la nation, il l’a braquée. La suppression de jours fériés a été vécue comme une provocation, d’autant qu’aucune niche fiscale pour les ultrariches n’était remise en cause. Le sentiment d’effort à sens unique a été fatal.

À Maurice, le scénario pourrait se répéter. Une réforme imposée sans dialogue – «la réforme du siècle, expliquée comme au siècle dernier», écrivions-nous en éditorial le 10 juin – devient un levier de mobilisation antigouvernementale. Et une coupe budgétaire mal expliquée se transforme vite en crise politique. Dans une ère de sondages instantanés et de colères virales, il ne suffit pas de rassurer le FMI ou les agences de notation. Il faut d’abord convaincre le citoyen. Sinon, c’est la rue qui dicte le tempo.

Là où Bayrou a échoué, Ramgoolam peut réussir – à condition de transformer l’arithmétique en récit. Car une nation n’accepte des sacrifices que si elle en comprend la finalité. En France, l’austérité a été perçue comme une punition sans horizon. À Maurice, le défi est d’inscrire l’effort dans un projet partagé : un futur de croissance soutenable, une garantie de dignité pour les générations à venir, un contrat de confiance renouvelé entre gouvernants et gouvernés.

Cela suppose d’autres méthodes : parler vrai, aller sur le terrain, multiplier les relais sociaux, expliquer comme en campagne électorale – mais sans mentir, sans promesses intenables, comme nous y invite le président des Seychelles. Les sacrifices doivent être présentés non pas comme des amputations, mais comme des investissements dans un avenir commun. À défaut, l’équation budgétaire restera illisible et sera rejetée.

La leçon est implacable : l’austérité sans exemplarité est un suicide politique. Bayrou a chuté parce qu’il a exigé sans donner l’exemple. Ramgoolam, s’il maintient la réforme des retraites, doit accompagner ce geste d’un signe fort : réformer aussi les pensions des élus, réduire les avantages de l’exécutif, montrer – au moins – que l’effort est équitablement partagé.

À défaut, la vague de mécontentement post-réforme deviendra un tsunami politique. Blâmer l’héritage du MSM n’y changera rien : le sort de Bayrou le démontre. Les électeurs sanctionnent ceux qui se retranchent derrière des excuses au lieu d’assumer leurs choix. La rigueur budgétaire devient alors un poison politique. Deux Premiers ministres, deux dettes, un même pari : sauver la crédibilité nationale. L’un a chuté. L’autre peut encore écrire un récit d’avenir – à condition d’entendre, enfin, que la démocratie n’est pas une équation comptable, mais une affaire de confiance.

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