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La place de Maurice dans la vision Mahasagar
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La place de Maurice dans la vision Mahasagar
La diplomatie reprend ses droits après les distractions politiques de ces dernières semaines, avec, en filigrane, la crise de gouvernance qui secoue la Banque de Maurice et les divergences entre les deux partenaires de l’alliance gouvernementale sur l’avenir d’Air Mauritius. Ainsi, en l’espace de deux mois, Maurice aura l’occasion de raffermir ses liens diplomatiques, économiques et commerciaux avec deux pays amis : l’Inde et la France.
Depuis mardi, le Premier ministre a mis le cap sur la Grande péninsule pour une visite d’État d’une semaine. L’on se rappellera que le 8 novembre dernier, le Premier ministre indien, Narendra Modi, avait téléphoné à Navin Ramgoolam pour l’inviter à une visite officielle. En raison des dossiers urgents qu’il devait traiter aussitôt après son accession au pouvoir, Navin Ramgoolam n’avait pu faire le déplacement. À la place, c’est Narendra Modi qui, dans le cadre de notre 57e anniversaire d’indépendance, a effectué en premier une visite d’État à Maurice.
Un déplacement à marquer d’une pierre blanche. Il a été ponctué par la signature d’accords majeurs, notamment sur la lutte contre la criminalité financière, le renforcement de la sécurité maritime dans l’océan Indien, la possibilité de régler les transactions commerciales sur l’axe Inde-Maurice en roupie mauricienne ou roupie indienne, le renforcement des capacités industrielles grâce à l’appui de Delhi et le financement de projets portant sur le remplacement des conduites d’eau, entre autres.
La visite de Navin Ramgoolam en Inde s’inscrira dans cette volonté de renforcer la coopération entre Port-Louis et Delhi. Au menu : la signature de sept Memoranda of Understanding. Deux accords en particulier méritent notre attention. Le premier accord porte sur la sécurité et la transition énergétique, ainsi que la distribution et la gestion du gaz naturel liquéfié.
Le second concerne une collaboration entre le Conseil de la recherche scientifique et industrielle etl’Industrie océanographique qui prévoit, entre autres, la conduite de travaux de recherche sur les hydrocarbures et les minéraux dans notre zone économique exclusive.
En outre, lors du tête-à-tête entre Navin Ramgoolam et Narendra Modi à Varanasi ce jeudi, les discussions se concentreront, entre autres, sur la coopération dans le commerce, les nouvelles technologies et le tourisme.
Arrivé au pouvoir en 2014, Narendra Modi a toujours signifié son intention de positionner l’Inde comme une puissance mondiale, autant d’un point de vue économique que militaire. Ses stratégies économiques bien pensées à l’instar de «Make in India», de «Digital India» et d’«Invest India» n’ont pas été que des slogans de branding creux. Celles-ci ont permis à la Grande péninsule de renforcer sa base industrielle, de conquérir le statut de nouvelle usine logicielle du monde et de doubler ses investissements directs étrangers en l’espace de dix ans.
Concernant son alliance avec Maurice, elle est non seulement mue par une longue histoire d’amitié, mais aussi, elle s’inscrit dans un contexte géostratégique. Narendra Modi voit l’océan Indien comme «the Ocean of India» et, à ce titre, entend préserver son influence dans la région. D’ailleurs, la stratégie Mahasagar (Great Ocean) de Narendra Modi vise à étendre le champ d’influence et le leadership de l’Inde autant sur le plan économique que de la sécurité maritime au niveau du Sud global.
Dans cette stratégie, Maurice joue un rôle éminemment clé, d’autant plus que l’Inde ne veut plus céder un pouce de terrain à la Chine, surtout depuis l’installation au pouvoir aux Maldives du régime pro-Chine de Mohamed Muizzu.
Sous le régime de Pravind Jugnauth, Narendra Modi avait su habilement placer ses pions sur l’échiquier géopolitique. Son plus gros coup a été de convaincre l’ancien Premier ministre de signer un Memorandum of Understanding en 2015 sur le développement d’infrastructures (militaires ?) à Agalega. C’était lors d’un déplacement de Pravind Jugnauth à Delhi. Une polémique est entretenue autour de cet accord, dont on ne connaît toujours pas les détails. Car le ministre des Affaires étrangères, le Dr Subrahmanyam Jaishankar, a insisté auprès du Premier ministre pour que ses termes restent de l’ordre du secret.
Si l’Inde demeure un partenaire majeur pour Maurice, elle est également une concurrente, surtout dans le secteur du global business. Ayant à peine dix ans d’existence, la GIFT City, née de la vision de Narendra Modi, occupe aujourd’hui le 46e rang dans le classement du Global Financial Services Index, devançant Maurice de 12 places. Des sociétés comme Alchemy Capital Management ont déjà migré de Maurice vers la GIFT City. Alors que l’on parle d’une synergie entre Maurice et la GIFT City, il est primordial que nos dirigeants s’assurent que les intérêts du centre financier mauricien sont préservés.
Après la visite de Navin Ramgoolam en Inde, ce sera au tour d’Emmanuel Macron d’effectuer une visite d’État sur notre sol les 21 et 22 novembre. Le président français passera à Maurice avant de se rendre à Johannesburg où il participera au Sommet du G20. L’on se souviendra qu’en avril dernier, Emmanuel Macron avait dû annuler à la dernière minute son déplacement à Maurice parce qu’il devait participer aux obsèques du pape François.
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