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Immersion au cœur du système de santé
Tâter le pouls des cinq hôpitaux régionaux
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Immersion au cœur du système de santé
Tâter le pouls des cinq hôpitaux régionaux
Dans les cinq hôpitaux régionaux de l’île, nos journalistes se sont eux-mêmes fait ausculter, et ont suivi le quotidien des patients et du personnel médical, de jour comme de nuit. Entre files d’attente, consultations express et services d’urgence, cette enquête immersive dévoile la réalité du système de santé. Un plongeon pour mieux comprendre le fonctionnement des hôpitaux et les défis auxquels sont confrontés ceux qui y travaillent.
En pleine journée, dans le tumulte des couloirs, nous avons suivi le rythme effréné des consultations. Puis, aux petites heures du matin, dans ces hôpitaux qui ne dorment jamais, nous avons vécu au rythme des urgences. Dans les rouages d’un univers où chaque seconde compte, trois de nos journalistes – qui devaient eux-mêmes se faire ausculter – vous font découvrir, à travers leur regard, une enquête immersive et sans détour au cœur du système de santé. Mais d’emblée, nous voulons être clairs : cette enquête n’a pas pour objectif de juger les médecins, le personnel médical, ni de placer les autorités sous surveillance ou en accusation. Elle répond à une seule nécessité : informer. Immersion au cœur du système de santé.
L’hôpital sir Anerood Jugnauth, à Flacq

L’hôpital sir Anerood Jugnauth (SAJ), à Flacq – point de départ de la fracture entre le personnel médical et le ministre de la Santé, Anil Bachoo, suite à sa visite surprise et ses critiques publiques répétées – a été le choix logique pour la première visite. Nous arrivons au milieu de la nuit, à 00 h 50. En franchissant la porte d’entrée, le personnel nous oriente avec courtoisie vers le département des urgences (casualties), qui prend le relais après 22 heures, une fois le service de consultations générales (unsorted) fermé.
L’hôpital est immense et il nous faut environ deux minutes pour y parvenir, le personnel de sécurité agissant de bonne foi comme guide aux intersections principales. Fait notable : aucune file d’attente à cette heure, ni à l’enregistrement (tir kart) ni à la consultation, ce qui élimine entièrement tout temps d’attente. La médecin, dans un langage poli, pose des questions, ausculte attentivement, procède à un examen physique et fait preuve d’une empathie constante tout au long de la consultation.

Si pour nous, la distance entre la salle de consultation et la pharmacie ne pose aucun souci, cela interpelle sur la planification de l’espace, notamment pour les personnes âgées ou souffrantes. Un autre point de réflexion concerne le design des salles de consultation en matière d’intimité : une salle immense divisée en plusieurs petits sous-compartiments ou espaces de consultation, séparée uniquement par des rideaux.
L’hôpital Jawaharlal Nehru, à Rose-Belle

À l’hôpital Jawaharlal Nehru, à Rose-Belle, nous constatons une efficacité similaire. Arrivés à 13 h 03, le temps d’attente pour l’enregistrement est de trois minutes seulement. Le personnel médical procède aux vérifications usuelles, notamment de la tension artérielle.
Ensuite, direction la courte file d’attente pour la consultation avec le médecin. La prise en charge est quasi instantanée : le médecin interroge, examine les symptômes et prescrit le traitement. Si l’approche médicale reste professionnelle, le ton rapide et abrupt souligne un manque d’empathie, qui ne met pas forcément à l’aise pendant toute la consultation.
L’hôpital national sir Seewoosagur Ramgoolam, à Pamplemousses

Direction Pamplemousses, à l’hôpital national Sir Seewoosagur Ramgoolam. L’enregistrement se fait instantanément, sans aucune file d’attente. Malgré la fatigue perceptible, le personnel nous guide avec courtoisie vers l’espace dédié à la mesure de la pression artérielle, ainsi qu’à un contrôle de glycémie (taux de glucose dans le sang) via un test rapide (glucomètre, piqûre au doigt).
Une patiente étant déjà en cours de test, il ne nous faut que trois minutes pour avoir notre tour, puis, moins de deux minutes pour compléter l’examen, avant de prendre la direction de la salle de consultation. Ici, pas d’attente non plus. Le médecin nous demande de nous asseoir pour commencer à ausculter.
Si l’approche médicale demeure professionnelle dans le fond, le ton reste sec, imposant et parfois réprimandeur : «Pa dir mwa ki ou pann manze, dir mwa ki ou manze.» La tentation de lui recommander de suivre une formation CME (Continuing Medical Education) afin qu’il fasse preuve de plus d’empathie et d’une approche discursive plus adaptée est forte, mais nous nous abstenons : recadrer un médecin n’est ni notre objectif ni notre responsabilité.
La consultation, d’une durée totale de cinq minutes, se poursuit malgré tout avec des conseils utiles pour la récupération. Pas de réponse à notre «au revoir». En revanche, à la pharmacie, en plus du «bonsoir», nous recevons une explication complète sur le dosage des médicaments et les horaires de prise.
L’hôpital Dr A. G. Jeetoo, à Port-Louis

Après Flacq, Rose-Belle et Pamplemousses, cap cette fois sur Port-Louis, à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. Le temps d’attente pour l’enregistrement est de 15 minutes avant d’être guidés vers la salle d’attente. Dès les premiers contacts, le personnel se montre très chaleureux.
L’infirmier qui prend les signes vitaux et celui qui nous accompagne pour les tests font preuve d’une grande attention : ils posent des questions, vérifient chaque détail et s’assurent que nous comprenons bien chaque étape. La salle est remplie, mais le personnel réussit à concilier efficacité et écoute.

Lorsque nous présentons les résultats de nos signes vitaux, un paramètre inquiète. L’équipe décide de nous garder sous surveillance pendant une heure, tout en effectuant les vérifications nécessaires et en prescrivant ce qu’il faut pour réguler notre état. Juste à côté, un patient venu pour des troubles respiratoires est pris en charge immédiatement. Dans son cas, les infirmiers se montrent plus fermes.
À travers leurs questions et recommandations, nous percevons clairement l’inquiétude et la bienveillance des infirmiers et médecins concernant le bien-être du patient. Néanmoins, notre observation directe de cette scène révèle à nouveau le problème de manque d’intimité. Les soins pédiatriques se déroulent également dans la même pièce, ce qui semble ralentir la prise en charge, affectée par la gestion simultanée des enfants et des adultes. À noter que le problème d’espace, qui concerne plusieurs hôpitaux, fait que deux cabines sont utilisées pour quatre médecins.
L’hôpital Victoria, à Candos

Notre tour de l’île se termine à l’hôpital Victoria, à Candos. Arrivés à 22 heures, nous sommes dirigés vers la section casualties pour l’enregistrement. Malgré une quinzaine de patients dans la salle d’attente, la prise en charge progresse rapidement. En 30 minutes, c’est notre tour pour la consultation avec le médecin.
Un élément qui contraste avec la majorité de nos visites : l’accueil et l’attitude du personnel dans les différentes sections. Ceux-ci se montrent froids, parfois même abrupts, avec un manque total d’empathie. Seul le médecin affiche un sourire et une réelle attention.
Cette enquête nous aura permis de découvrir une autre facette des hôpitaux : un lieu où fatigue, pression et manque de personnel peuvent parfois influencer l’attitude des soignants, mais où dévouement, professionnalisme et bienveillance demeurent la véritable fondation de la profession. À l’opposé de tout jugement, cette immersion aura, nous l’espérons, permis de rendre compte de la réalité quotidienne des hôpitaux, où garantir des soins de qualité à chaque patient reste la priorité malgré les différentes contraintes.
«C’est un très mauvais signal»
La Senior & Other Nursing Staff Association, dans une lettre adressée au ministre de la Santé et datée du 1er septembre, proteste contre le transfert «injuste» du «Charge Nurse». Le président, Russhid Golamaully, se dit étonné de voir ces transferts et souligne le manque de communication du ministre : «Cela fait dix mois et il n’a rencontré aucun des représentants des infirmiers. Or, nous sommes des partenaires de ce système de santé. Il est primordial d’avoir un dialogue. Notre objectif est d’offrir un service de santé de qualité. Nous sommes surpris qu’il ne nous ait même pas consultés. C’est un très mauvais signal.» Il ajoute que le transfert punitif n’est pas la solution, alors même que les infirmiers n’ont commis aucune faute : «Nous sommes disposés à discuter autour d’une table pour que chaque partie donne son point de vue. Le ministre doit cesser de procéder de manière unilatérale.» Au sujet des transferts qu’il juge arbitraires, il explique que cela risque de créer un chaos dans le quotidien des infirmiers. Concernant les «Special Monitoring Teams», il est catégorique : «Nous sommes totalement contre ces équipes, destinées à nous surveiller. C’est contre-productif. Il y a déjà des ‘Nursing Supervisors’, des ‘Nursing Administrators’, ainsi que les ‘Regional Nursing Administrators’, habilités à faire ce travail de monitoring.» Il conclut en insistant sur le malaise des infirmiers, tout en laissant la porte ouverte à une solution visant le bien-être du personnel de santé et des patients.
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