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Kronik KC Ranzé
Remue-ménages
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Kronik KC Ranzé
Remue-ménages
On ne se rend toujours pas compte de la catastrophe que nous a laissée le gouvernement précédent ! Si on s’en rendait vraiment compte, on ne dormirait pas la nuit…
Je ne parle pas, ici, ni du Budget de l’État, qui a occasionné des mesures fiscales majeures et des réductions de dépenses (notamment à travers l’âge de la pension de retraite qui passe, logiquement, de 60 à 65 ans), et qui devrait ramener le pays plus près d’une situation raisonnable, ni encore de la balance de nos échanges avec le reste du monde (balance commerciale et des comptes courants déficitaires), car ces rééquilibrages vont prendre un certain temps avant de démontrer leur succès. On évoquera, pour l’heure, ce qui reste, c.-àd. essentiellement les passifs découlant de diverses décisions bancales, qui demandent des décisions à court terme…
Le DPM a raison de dire que les deux plus gros problèmes du pays à l’heure actuelle sont Air Mauritius et la BoM. Ce ne sont pas nécessairement des problèmes de personnes, mais plutôt des héritages financiers dont les conséquences sont colossales! Et d’ailleurs les deux problèmes sont en partie liés…
Selon le State of the Economy, Air Mauritius accumulait, au 30 juin 2024, un déficit de Rs 16,5 milliards, situant ses fonds propres au chiffre négatif de Rs 10,4 milliards, ce qui, selon la Companies Act 2001 catégorise Air Mauritius comme techniquement en faillite. Rs 1,22 milliard de ces pertes découlent de la vente, à perte, de plusieurs avions en 2021 sous l’administration de Sattar Hajee Abdoula. Il faudra injecter du capital frais! Ce que Qatar Airways, si jamais, ne fera qu’à ses conditions…
Le fait d’afficher un profit de Rs 253 millions pour le trimestre à juin 2025, aussi bienvenu soit-il, ne change rien de fondamental au bilan de MK. Il faut aussi souligner que ce résultat n’est, lui-même, pas seulement le fruit de restructurations bénéfiques, puisqu’il profite aussi d’un prix de jet fuel en baisse depuis sa pointe de septembre 2023 et aussi d’un euro en hausse pour ses ventes, face au dollar utilisé pour ses achats de fuel. Ces facteurs externes compensaient plutôt bien les 24 incidents d’avions cloués au sol pour la période…
Le propriétaire de MK, Airport Holdings Ltd, selon les informations fournies à Top 100 Companies, est apparemment en meilleure forme, avec Rs 39,4 milliards de chiffre d’affaires, un EBITDA de Rs 6,7 milliards et des actifs nets du groupe de… Rs 52,3 milliards à juin 2024. Mais là où surgit la difficulté, c’est que l’investissement de la MIC de Rs 25 milliards dans AHL, lui donnant 49 % des actions de la holding, serait basé sur une surévaluation des actifs d’AHL par un évaluateur mineur, qui aurait été plutôt accommodant aux thèses et aux besoins du ministère des Finances, à ce moment-là. En effet, selon la réponse du PM le 15 avril dernier, les actifs valent seulement Rs 10 milliards auxquels ont été rajoutés Rs 41 milliards de goodwill ! Ces faits sont confirmés par la Banque mondiale !
Il y a du goodwill pour sûr, mais qui est véritablement en mesure d’estimer ce goodwill ? Si la «vraie valeur» ne peut se confirmer que dans une vente entre un willing seller et un willing buyer (ce que n’étaient ni la MIC, ni AHL, de ce que l’on sait…), ce n’est pas demain la veille, puisque l’on ne vendra pas AHL, sa position de monopole et ses contrats BASA, quelle que puisse être l’évaluation d’un spécialiste de Private Equity !
Les conseils d’administration de la MIC et d’AHL ainsi que le ministère des Finances qui officiaient à tout ceci et qui approuvaient ce charabia de restructuration de MK devront-ils un jour expliquer et en répondre ? On attendra longtemps…
Quant à la BoM, ayant évacué M. Sanspeur, il lui reste à trouver une voie de sortie sur le dossier MIC (où il faudra sûrement provisionner AHL et quelques autres dossiers…, vu ses grands efforts pour faire ses «clients» rembourser leurs engagements en avance (*) Ce qui demandera de recapitaliser la BoM!) ainsi que sur le dossier Silver Bank de M. Prateek Gupta, qui aurait, à travers des sociétés fictives, détourné (emprunté !) la quasi-totalité des déposants de cette banque entre janvier 2022 et janvier 2023, sans jamais rembourser quoi que ce soit ! Un an plus tard, le 13 février 2024, Silver Bank était mise sous conservatorship, coûteux et improductif. Le choix ? Write off tous les prêts (et déposants…) ou chercher, une fois encore, un «gourou» bancaire sans expérience (comme M. Gupta, M. Sookun ou M. Somaia…) que l’on croirait, une fois encore, capable de sauver les meubles, avant de le voir disparaître dans les fumées d’une débâcle prévisible.
Une des phrases fétiches de M. Bérenger souligne constamment les bénéfices de «met latet ensam». Et s’il dialoguait avec M. Sithanen pour trouver «ensam» les meilleures solutions ?
*****
Si notre avenir se trouve en Afrique, il faudrait quand même savoir de quelle Afrique on parle ?
Il y a une Afrique de débrouillardise indéniable, une Afrique de grande créativité culturelle, une Afrique d’avenir et d’espoir qui se transforme continuellement. Aussi une Afrique pauvre et de coups d’État.
Mais l’Afrique qui intéresse les grandes puissances de ce monde, c’est essentiellement une Afrique de commodités, de ressources minérales et pétrolières et plus récemment de terres rares. Si certains investissements d’infrastructures se sont faits, c’est clairement avec l’arrière-pensée d’extraction et d’exploitation. À ce chapitre, les Chinois ont construit des ports, des chemins de fer, des stades ou des parlements, les Russes semblent concentrés sur la voie sécuritaire, style Wagner, l’Inde paraît plus focalisée sur l’économie de marché alors que les anciens colonisateurs et l’Amérique, en «pole position» au départ, cèdent du terrain et des privilèges petit à petit.
L’approche chinoise, après avoir été largement applaudie au début par les pays bénéficiaires, commence à susciter de sérieuses réactions de rejet. De 2014 à 2024, le service de la dette africaine vis-à-vis de la Chine a quintuplé. La Chine détient, par exemple, 64 % de la dette extérieure du Kenya, et 59 % de ses revenus fiscaux remboursaient cette dette (**). Si encore cette dette n’avait eu que des résultats favorables, mais le ressentiment s’installe quand les travaux du chemin de fer reliant Nairobi à Mombasa sont stoppés nets en 2019, ou qu’un commerçant chinois bien connecté, déstabilise le petit commerce des Kenyans… L’Angola, le plus important débiteur de la Chine en Afrique avec $46 milliards, a donné, le mois dernier, 24 heures pour l’évacuation de tous les citoyens chinois du pays! Motif ? Du commerce illicite, du trafic de minéraux, de la pollution d’usines, de la corruption, pas de transmission de savoir et de partenariats (comme la Chine elle-même le réclame pourtant de ses investisseurs en Chine…) et une attitude de condescendance et d’exploitation vis-à-vis des Angolais qui, cumulativement a explosé après un incident dans une usine textile chinoise. Il est estimé qu’il y avait entre 250 000 et 300 000 Chinois en Angola au début des hostilités.
Les «petites mains» chinoises qui suivent les prêts d’investissements nationaux ne font pas toujours honneur à Pékin. En Zambie, l’extraction de cuivre menait une compagnie chinoise à polluer la rivière Kafue qui dessert quelque 60 % des Zambiens. Au Congo, des trafiquants d’or chinois sont arrêtés à la frontière (***). Au Malawi, le gang de Lin Zhang, qui écume tout le sud de l’Afrique pour de la corne de rhinocéros ou des écailles de pangolin et qui décime ainsi la nature, a été arrêté, condamné puis… pardonné par le président (****). Ça semble mieux se passer pour les 60 000 citoyens chinois en Éthiopie (deuxième pays le plus endetté d’Afrique vis-à-vis de la Chine), l’ambassadeur à Addis se vantant même du million d’emplois créés en Éthiopie par son pays (*****). Qu’il y ait eu exploitation, corruption et racisme paraît évident, comme dans la période coloniale d’ailleurs…
L’Inde, qui bénéficie d’une diaspora longtemps implantée et adaptée, surtout en Afrique de l’Est (sauf dans l’Ouganda d’Amin Dada, en 1972 !) semble mieux se faire accepter sur la base des 10 principes de Kampala, élaborés lors de la visite de Modi en 2018. Les investissements dans l’industrie pharmaceutique et la santé sont mieux reçus et permettent des transferts réels de connaissance. La France est en repli presque partout en Afrique francophone, mais progresse au Nigeria et en Afrique du Sud, anglophones! Les Anglais tiennent leur bout de drap grâce à Guinness et la Premier League… Les Américains investissent dans le corridor de Lobito en Angola pour canaliser les minerais extraits du Congo et de la Zambie par rail et ainsi contrer les appétits chinois. Pendant que les tarifs de Trump désolent, la Chine annule les siens pour les 53 pays d’Afrique…
En parallèle, le MPox s’étend, l’Ebola menace, l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria loin d’être les moteurs du continent, sont englués dans de multiples problèmes… Africains, nous avons quelques cartes à jouer : notre stabilité, notre qualité de vie, une fiscalité encore légère et notre manque d’appétit pour les terres rares; même si chez nous les terres se font rares… et chères.
(*) Mauritius Investment Corporation : 45 % des financements obligataires remboursés sous peu
(**) India and China compete to shape Africa’s economic future
(***) BREAKING : ANGOLA ORDERS CHINESE NATIONALS OUT IN 24 HOURS
(****) The Telegraph l Notorious poaching gang leaders pardoned in Malawi
(*****) Wikipedia l Chinese people in Ethiopia
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