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Main-d’œuvre

Assises du travail : repenser l’emploi entre locaux et migrants

1 septembre 2025, 13:00

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Assises du travail : repenser l’emploi entre locaux et migrants

■ Le dossier des travailleurs étrangers aura une place importante lors des discussions lors des Assises du travail, le 25 septembre.

Le 25 septembre prochain, le ministère du Travail réunira syndicats, patronat, ONG et grand public autour d’un rendez-vous inédit : les Assises du travail et de l’emploi. L’objectif annoncé est ambitieux : repenser les politiques d’emploi, renforcer le dialogue social et poser les bases de réformes législatives dans la transparence.

Selon le ministre du Travail, Reza Uteem, cette initiative vise à «promouvoir le travail décent, faciliter l’accès à un emploi rémunérateur et créer un environnement professionnel sûr, serein et productif». L’idée est également d’accompagner employeurs et travailleurs pour élaborer un cadre législatif moderne et équilibré, en phase avec les réalités économiques et sociales du pays. Parmi les thématiques clés qui seront débattues, la main-d’œuvre étrangère s’annonce comme l’un des points les plus sensibles.

Avec le vieillissement démographique et l’exode croissant de talents, le recours aux travailleurs migrants apparaît inévitable. «La demande va continuer à croître», admet Reza Uteem, lors de ses interventions, tout en insistant sur l’impératif de garantir à ces travailleurs des conditions conformes aux standards internationaux. Dignité, équité et respect des droits fondamentaux sont, selon lui, non négociables.

Du côté syndical, le ton est plus critique. Pour Ashvin Gudday, négociateur de la General Workers Federation (GWF), la protection des travailleurs étrangers doit être une priorité. «Il faut leur donner des facilités adéquates et les protections nécessaires, car il y a de l’exploitation», martèle-t-il. La GWF plaide pour la création d’une agence nationale dotée d’une base de données sectorielle. Celleci permettrait de mesurer les besoins réels de main-d’œuvre et d’éviter les dérives : «On doit savoir où il faut des travailleurs étrangers, mais toujours en veillant à ce que la priorité soit donnée aux Mauriciens.»

?Entre travailleurs saisonniers et jeunes diplômés

Le syndicaliste avance aussi une autre piste : valoriser davantage les travailleurs saisonniers locaux. «Dans le secteur cannier ou encore le transport, certains sont employés temporairement. Pourquoi ne pas les embaucher de façon permanente au lieu de recruter à l’étranger ?» Mais au-delà de cette équation, c’est le risque de mise en concurrence directe avec les jeunes diplômés qui inquiète. Ashvin Gudday cite l’exemple des young professionals étrangers embauchés à Rs 22 500, en compétition frontale avec de jeunes Mauriciens sortis de l’université. «Pour un patron, il est souvent plus rentable d’avoir un étranger, qu’il peut pousser à faire de longues heures supplémentaires.»

Le coût du travail étranger est effectivement plus bas : pas de contribution au Portable Retirement Gratuity Fund (PRGF), pas de congés de vacances, ni d’autres bénéfices sociaux. «Cette situation alimente l’exode des talents mauriciens», déplore le syndicaliste, appelant à un meilleur contrôle et à un rééquilibrage.

?Les quotas en question

Autre point de discorde : le quota de travailleurs étrangers. L’ancien gouvernement avait instauré un ratio de trois travailleurs étrangers pour un Mauricien. Mais le précédent régime a supprimé ce plafond dans quatre secteurs stratégiques : l’industrie manufacturière, la bijouterie, le port franc et l’ICT. Pour la GWF, il est urgent de rétablir ce ratio, afin d’éviter que certains secteurs ne deviennent quasi totalement dépendants de la main-d’œuvre étrangère.

Se pose aussi la question de la barrière linguistique. «Beaucoup de travailleurs étrangers ne parlent pas créole, ce qui complique leur intégration», note Ashvin Gudday.

Pour Stéphane Maurymoothoo, membre du Regrupman Artizan Morisien (RAM), la lecture est plus nuancée. Il pointe du doigt le manque de valorisation des ouvriers mauriciens et l’absence de modernisation du secteur des PME. «Quand on voit comment le gouvernement traite ses ouvriers, beaucoup préfèrent partir à l’étranger. Du coup, les travailleurs étrangers deviennent incontournables.»

S’il reconnaît certaines difficultés, notamment la barrière de la langue, il estime toutefois que les migrants ne représentent pas une menace pour les travailleurs mauriciens. «Ils comblent des manquements dans plusieurs secteurs. Et n’oublions pas que ces hommes et femmes font d’énormes sacrifices, en quittant leur famille pour venir travailler ici. Cela mérite respect.»

Mais la réalité des salaires interroge.Selon Stéphane Maurymoothoo, certains travailleurs étrangers gagnent entre Rs 20 000 et Rs 25 000 par mois, mais sans garantie de paiement régulier : «Il y a même des compagnies qui paient tous les deux ou trois mois, sans respecter les règles.» Une situation jugée injuste, qui renforce le sentiment d’inégalité : «On veut de la qualité, mais en payant moins. Est-ce qu’on accepterait la même logique si on importait des avocats ou des comptables étrangers ?»

Entre impératif économique et justice sociale, les Assises du 25 septembre seront l’occasion de trancher plusieurs dilemmes : comment intégrer les travailleurs étrangers tout en protégeant les droits des Mauriciens ? Comment valoriser les métiers locaux et freiner l’exode de la main-d’œuvre ?

Autant de questions qui alimenteront des débats sans doute animés. Mais une chose est certaine : le monde du travail mauricien est à un tournant. Les réformes qui découleront de ces assises pourraient bien redéfinir l’équilibre fragile entre compétitivité, dignité et équité sociale.

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