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Interview
Anishta Babooram : «Beaucoup de personnes veulent être Dieu mais il faut essayer d’être humain avant !»
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Interview
Anishta Babooram : «Beaucoup de personnes veulent être Dieu mais il faut essayer d’être humain avant !»
Anishta Babooram, «junior minister» à la santé. © Kiranchand Sookrah
? Comment s’est passée votre arrivée au ministère de la Santé ?
Ça s'est très bien passé. Je suis toujours à la rentrée. Le ministère de la Santé est grand et représente un challenge. J’aime le défi. Je fais ce que j’aime et je sens que c’est ma vraie vocation. L’accueil était très chaleureux.
? Qu’avez-vous retenu de votre bref passage au ministère de l’Egalité des genres ?
J’ai retenu que l’égalité des genres doit rester une priorité non seulement à Maurice mais dans le monde entier car nous menons un combat encore. Nous vivons encore dans un monde patriarcal. Cela crée un sentiment d’infériorité pour certains hommes qui n’acceptent pas qu’une femme puisse travailler ou faire bien dans son travail. C’est une lutte continue de l’éducation.
? Aucun regret de votre passage au ministère de l’Egalité des genres ?
Je mène toujours ce combat là où je suis. Je peux dire que le ministre m’a aussi confié le dossier de cancer qui affecte les femmes. Je sais que le cancer affecte tout le monde mais je vais pouvoir apporter ma contribution.
? Quels sont les enjeux majeurs auxquels vous avez à faire face avec le ministre au niveau de la santé ?
Je ne suis pas médecin mais je peux dire que tout est important dans ce ministère. Que ce soit le plus petit des symptômes. La moindre négligence peut avoir des consé- quences graves.
? Il y a des visites surprises dont la dernière du ministre à l’hôpital de Flacq en soirée. Pourquoi ces visites ? Vous avez des doléances quotidiennes ?
Oui et moi-même j’en reçois énormément même sur mon Messenger. Le ministre m’a appris à le faire aussi : c’est d’assurer que quand une personne va à l’hôpital, elle soit traitée correctement. La santé est gratuite à Maurice mais ça ne veut pas dire que nous ne devons pas bénéficier d’un bon traitement. C’est taxpayers’ money.
Aujourd’hui nous mettons de l’ordre dans tout ça notamment avec l’e-health qui sera lancé. Il y a une formation en cours notamment avec le personnel de Flacq. Une fois que ce sera mis en œuvre, vous allez voir que le phénomène de «met lake» dans l’hôpital sera revu.
? Quelles sont les responsabilités qui vous ont été confiées par le ministre ?
Donc le premier c’est aryuvedic. On a un département aryuvedic dans plusieurs hôpitaux de l’île mais certaines personnes ne le savent pas. On a eu des reproches concernant un manque de médicaments en ce sens et le ministre m’a demandé de veiller à ce qu’il n’y ait pas de pénurie. On prend beaucoup de personnes par surprise dans ce ministère et cela aide à assurer que le travail se fait correctement.
? Le secteur de la santé comporte pas mal de problèmes. Vous évoquez vous-même un manque de personnel. Comment se fait-il en 2025 que ces problèmes soient encore présents ?
Il suffit de voir l’actualité même pendant la période de Covid quand vous voyez comment la santé a été gérée. Je pense aussi que ce n’est pas une bonne idée que de mettre un médecin à la tête du ministère de la Santé car ce dernier risque de faire des préférences. Durant les dernières années, on a vu que le travail n’a pas été fait de manière indépendante. C’est très condamnable ce qui s’est passé.
? Plus de neuf mois après que le gouvernement est au pouvoir, quel est votre bilan de la situation ? Il y a une colère générale concernant la nouvelle réforme de pension, les promesses électorales non tenues…
On ne peut pas tenir toutes les promesses en neuf mois. On a un mandat de cinq ans pour le faire. Donnez-nous le temps de le faire. Concernant la BRP, la pension, je sais que cette mesure a touché la population en général…
? Vous avez des reproches sur le terrain en ce sens ?
Pas vraiment car je pense que c’est un manque de communication car quand j’explique la mesure aux gens, ils comprennent. Je pense qu’il faut avoir plus d’explications et de communication par rapport à ça. Une chose que les gens ne savent pas, c’est que l’âge de la retraite est à 65 ans à Maurice depuis des années. C’était inconcevable que durant cette période les jeunes travaillent pour payer cette pension. Certaines personnes choisissent de prendre la retraite à 60 ans mais il y en a d’autres qui touchaient une pension mais qui travaillaient encore.
? Concernant ce manque de communication autour de la réforme de la pension que vous évoquez, qui est censé faire cette communication ?
Nous-même, même si on ne l’a pas fait avant. On doit être réaliste. Il y a eu plusieurs consultations avant le Budget et le temps n’a pas permis aussi avant la présentation du Budget. Certaines personnes attendaient qu’on annonce cette mesure avant même la présentation du Budget. Bon maintenant la réforme est expliquée.
? Certaines personnes déplorent que cette mesure ne figure pas dans le programme du gouvernement…
Je dois dire peu importe quel gouvernement a présenté un manifeste électoral et c’est ce même manifeste que nous appliquons une fois au pouvoir. On a annoncé beaucoup de projets et promesses certes mais ce n’est qu’une fois au pouvoir que nous avons vu l’état actuel de l’économie. Nous ne sommes pas élus que pour faire plaisir. L’état actuel de l’économie nous a poussés à faire des choix. Parfwa li dir. Kan bwar medsinn parfwa li amer me li fer ou dibien.
? Qu’en est-il des nominations ? Certains nominés ont même été obligés de refuser le poste sous la pression populaire.
Je salue ceux qui se sont retirés et ont refusé les nominations car ça montre qu’ils ont un certain principe. Ils ont reconnu que ça ne se fait pas. J’aurais souhaité que ça soit comme ça dans le passé mais c’était tout le contraire. Aujourd’hui on a des personnes qui ont des principes et se sont retirées car elles ont compris qu’elles ont des liens familiaux et leur nomination est controversée.
? Est-ce qu’à la base même il ne fallait pas penser à ça avant de nommer ces personnes ? Comme vous le dites vous-même, ça ne se fait pas.
Je pense que ça n’a pas été fait sur des liens familiaux à la base mais par rapport aux compétences.
? Venons-en aux critiques du Deputy Prime Minister Paul Bérenger envers le gouverneur de la Banque de Maurice. Vous en pensez quoi ?
C’est la démocratie. Pendant 10 ans, la démocratie a été bafouée dans ce pays. Aujourd’hui on peut lever la voix, même moi, pour dire que nous ne sommes pas d’accord avec quelque chose. C’est la liberté d’expression. Néanmoins il faut faire attention à ne pas exercer cette liberté d’une manière à faire du tort à une autre personne.
? Vous avez visité les prisons avec feu Me Hervé Lasemillante. Qu’avez-vous retenu de cette expérience ?
La première fois que j’ai vu la condition des femmes dans les prisons, ça m’a marquée. J’ai eu un regard plus humain envers les prisonniers même si j’ai essuyé des critiques concernant ma prise de position envers les détenus. Ena dir mwa be bann kriminel sa, zot inn fer move travay. Kifer ou dir zot bizin ena drwa ? Zot tou fer move travay lor later. Seki nou trouve zot dan prizon. Seki nou pann trouve zot deor pe fer sourir, koze riye. Tou dimounn ena défo. Je ne justifie pas la criminalité mais on est tous fautifs de cette situation. La société, c’est nous. Bokou dimounn anvi vinn Bondye me bizin essay être humain avan tout. Un rapport est attendu pour les évènements à Melrose.
? Une réaction sur le départ de Gérard Sanspeur de la Banque de Maurice et la décision du Premier ministre en ce sens ?
Le PM a agi avec tous les éléments qu’il faut, je pense. Il a toujours agi comme ça.
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