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Portrait
Le voyage vers soi de la Demoiselle du Dao sans nom
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Portrait
Le voyage vers soi de la Demoiselle du Dao sans nom
Wùmíng Dào Xiaojie Thong est née à Cassis, un jour d’Eid. Dans sa maison d’enfance, la présence la plus forte n’était pas celle de ses parents, mais celle de son grandpère chinois. Il avait grandi sous l’ombre des conversions forcées au christianisme, mais il avait gardé la flamme de sa tradition. Il était le gardien de son enfance, le repère de ses croyances, celui qui lui enseignait l’importance de l’équilibre entre l’esprit et le monde. Quand il est mort, elle n’avait que dix ans. Depuis, elle n’a jamais cessé de porter son souvenir comme une boussole.
À 20 ans, sa vie a basculé. Sa mère l’a poussée dans un mariage arrangé et elle a quitté Maurice pour la Norvège, croyant à un nouvel horizon. Mais ce qui aurait pu être un départ vers la liberté est devenu un long emprisonnement. Pendant 18 ans, elle a vécu sous l’emprise psychologique et spirituelle de son mari. Privée de soutien, isolée et sans ressources, elle a dû apprendre seule à survivre. La séparation est intervenue en 2015, mais le divorce officiel n’a été prononcé qu’en juin 2025 – dix ans d’attente, dix ans de silence et d’isolement.
Pour tenir, elle s’est tournée vers ce qu’elle avait toujours connu : la spiritualité et la mémoire de son grand-père. Elle a exploré le judaïsme pendant deux ans, puis le bouddhisme pendant cinq ans, jusqu’à recevoir l’ordination d’Upasika dans un monastère Theravada en 2019. Mais c’est dans le taoïsme qu’elle a trouvé son langage intérieur. Le Dao De Jing est devenu son guide et en 2017, elle a fait un vœu : un jour, elle deviendrait enseignante taoïste.
Sa foi, elle l’a vécue pleinement, malgré les incompréhensions. Entre 2017 et 2025, elle a été hospitalisée de force quatre fois. La raison ? Jeûner, prier, honorer ses ancêtres, pratiquer ses vœux taoïstes. «Ma spiritualité a été traitée comme une maladie», dit-elle. Pourtant, elle a tenu. Chaque épreuve l’a rapprochée de la mission qu’elle s’est donnée : honorer la mémoire de son grandpère et rester fidèle à ses racines.
Depuis 2024, elle s’est engagée dans un jeûne spirituel d’un an, qu’elle appelle l’Année du retour ancestral. Chaque repas est offert aux ancêtres. Chaque matin, elle allume l’encens, récite les prières qu’elle a apprises enfant, dépose la nourriture pour l’esprit de son grand-père, et médite. Dans ces gestes simples, répétés chaque jour, elle retrouve le lien avec sa famille et son héritage.
Elle a aussi créé ses petits rituels de pensée positive. Quand le doute l’envahit, elle écrit des mots sur des papiers qu’elle laisse sur l’autel de son grand-père, comme des messages qu’elle envoie dans le temps et l’espace. Elle se rappelle constamment que la vie est faite de cycles, que la douleur peut être transformée en apprentissage, que chaque perte peut ouvrir une nouvelle porte.
Aujourd’hui, elle porte un nouveau nom, Wùmíng Dào Xiaojie Thong, qui signifie Demoiselle du Dao sans nom. Elle souhaite rester dans la voie de son grandpère, préserver ses enseignements et s’assurer que son héritage trouve enfin sa place. Sa vie est un chemin tracé par l’exil, la douleur et les injustices, mais aussi par l’intensité d’une foi retrouvée et la force d’une promesse tenue : «Je ne souffre plus du mariage», dit-elle. «Je souffre maintenant de la responsabilité.»
Responsabilité de mémoire. Responsabilité de transmission. Responsabilité d’un chemin spirituel qui, malgré l’exil, continue de tracer son sillon. Son histoire ressemble à un conte. Celui où la petite fille perdue découvre que la fidélité à ses racines peut transformer la souffrance en force. Une histoire où la fin, malgré les blessures, est une reconstruction, un retour aux sources et une réconciliation avec soi-même.
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