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Rama Sithanen, encore le fusible ?
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Rama Sithanen, encore le fusible ?
Sacrifié en 2010 pour faire de la place à Pravind Jugnauth sous la pression du MSM, Rama Sithanen se retrouve, quinze ans plus tard, au cœur d’un nouveau psychodrame, cette fois-ci sous la pression du MMM, mais pas que…
La question qui turlupine : Sithanen, peut-il cumuler les fonctions de gouverneur de la Banque de Maurice et de président de la Financial Services Commission (FSC) ? On se demande aussi s’il sera une nouvelle fois sacrifié, cette fois pour calmer Paul Bérenger, les impatiences du MMM et ses détracteurs du monde de la finance, dont certains se trouvent au sein même de la Banque centrale ?
Les attaques répétées de Bérenger contre Sithanen ne sont pas des coups de sang isolés. Elles obéissent à une logique politique implacable. Le MMM, quelque peu marginalisé au gouvernement, cherche à reprendre la main, surtout vis-à-vis du secteur privé (dont une bonne partie préfère discuter avec Sithanen). La cible est claire: réduire l’influence de Sithanen, devenu la figure centrale d’une Banque de Maurice qui s’est arrogée, en tant que président non exécutif de la FSC, un rôle décisif dans la régulation financière. Dans le viseur des Mauves : probablement le poste de gouverneur, certes, mais aussi celui de président de la FSC. Il y aurait de sérieux prétendants aux vestiaires, nous dit-on. Aussi avec Sithanen aux commandes, la ministre novice et mauve des Services financiers n’a pas les coudées franches. Sans lui, l’espace de manœuvre pourrait s’élargir.
Ce qui se joue dépasse de loin les querelles de personnes. L’alliance, qui avait promis la rupture avec les méthodes du MSM, offre déjà le spectacle de ses fissures internes. Neuf mois après son 60-0 historique, elle donne l’impression de flotter, ballottée par des nominations controversées, des affaires embarrassantes et désormais par ce conflit à la Banque de Maurice, alimenté par un Gérard Sanspeur devenu un déstabilisateur patenté, féru des attaques sous la ceinture sur les réseaux sociaux.
Autrefois favori du Premier ministre, Sithanen est aujourd’hui l’homme à abattre. Ses adversaires ne manquent pas. Outre Bérenger, qui l’attaque frontalement, certains proches de Navin Ramgoolam espéraient décrocher des postes-clés au sein de la State Commercial Bank et voient en Sithanen un obstacle majeur. Même au sein de sa propre équipe à la BoM, Sanspeur, son numéro trois, a monté un dossier contre lui…après avoir été blâmé par sa hiérarchie. Une convergence de critiques qui laisse planer une question : Sithanen n’est-il pas en train de devenir le fusible idéal d’une alliance en quête d’équilibre ?
Au-delà des rivalités, la vraie question demeure institutionnelle. Faut-il unifier la régulation bancaire et financière, ou maintenir le modèle dit «twin peaks», qui sépare la supervision prudentielle (BoM) de celle des services financiers (FSC) ?Les anciens gouverneurs, à commencer par Manou Bheenick, avaient souligné les failles du système actuel : régulation fragmentée, supervision inefficace, incapacité à anticiper les crises. Des scandales à répétition, des licences de change distribuées à la légère, des distorsions de concurrence sur le marché des devises en témoignent. En comparaison, Singapour et Malte ont opté pour un régulateur unique, capable d’assurer une cohérence, une stabilité et une réactivité accrues.
L’histoire locale est éloquente. En 2001, lorsque Bérenger était ministre des Finances, le compromis avait été d’accorder à la Banque centrale la présidence de la FSC, tout en maintenant les deux entités séparées. Une solution transitoire censée conduire à une fusion en 2010… jamais réalisée. Résultat : deux décennies plus tard, les mêmes débats ressurgissent.
Dans ce contexte, le cumul des fonctions par Sithanen n’est pas une aberration. Il s’inscrit dans une logique de cohérence institutionnelle, même si ses détracteurs y voient une concentration de pouvoirs excessive. Le gouverneur est président non exécutif de la FSC, qui reste gérée par un CEO indépendant. La vraie question n’est donc pas tant celle du cumul que celle de la gouvernance : comment éviter les dérives, les conflits d’intérêts et les règlements de comptes politiciens ?
Sithanen avait déjà été sacrifié sur l’autel des compromis politiques. Ministre des Finances, il avait été écarté du gouvernement Ramgoolam dans le cadre des tractations qui ont scellé l’alliance entre le Parti travailliste et le MSM. L’accord conclu prévoyait de confier le portefeuille stratégique des Finances à Pravind Jugnauth, afin de maintenir le MSM dans la coalition et de prolonger la mainmise du PTr sur le pouvoir.
Architecte de réformes saluées à l’international mais impopulaires localement, Sithanen incarnait une ligne orthodoxe marquée par la dépréciation de la roupie et une discipline budgétaire perçue comme insensible aux réalités sociales. Ses tensions avec la Banque centrale de Bheenick, ses menaces de démission restées lettre morte et l’affaire de son conseiller Ali Mansoor, désavoué par Ramgoolam, étaient autant de signaux de sa mise à l’écart.
À la veille des élections générales du 5 mai 2010, le couperet est tombé : Sithanen n’a pas obtenu d’investiture. Cruellement tenu en haleine jusqu’au dernier moment, il a vu son nom disparaître des listes, malgré ses espoirs. L’image de ce technocrate pratiquement en larmes devant la presse reste gravée. Pour ses adversaires, son départ répondait autant à des impératifs électoraux – donner des gages d’ouverture au MSM – qu’à un calcul stratégique : se débarrasser d’un ministre devenu encombrant, car impopulaire dans la rue.
Aujourd’hui, l’histoire semble prête à bégayer. Navin Ramgoolam est face au même dilemme : protéger son gouverneur ou l’offrir en sacrifice pour préserver une alliance qui bat de l’aile. Le contexte est encore plus délicat qu’en 2010 : Moody’s place Maurice sous surveillance, les réformes budgétaires s’annoncent douloureuses et la dette publique atteint des sommets.
Sacrifier Sithanen serait un signal désastreux envoyé aux marchés et aux investisseurs, mais ignorer les impatiences de Bérenger pourrait fissurer l’alliance. L’équation est brutale. Le fusible peut sauter, mais l’explosion pourrait emporter tout le circuit.
Le pays, lui, n’a plus le luxe des querelles d’ego. Il attend des réformes structurelles, pas des règlements de comptes. En 2010, la manœuvre a offert un sursis politique. Quinze mois plus tard, sur fond de l’affaire MedPoint, le MSM choisissait le divorce avec le PTr. Quinze ans plus tard, la donne est différente : la crédibilité d’un pouvoir qui s’était présenté comme celui de la rupture est en jeu – au-delà des attaques liées au fils de Sithanen, aux sondages de Pulse Analytics et à l’affaire du syndicaliste Chid Rughoobar, suspendu par la Banque centrale du tandem Sithanen-Hasnah, mais défendu bec et ongles par le ministre du Travail, Reza Uteem…
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