Publicité
Face à la presse hier
Paul Bérenger : «Sithanen a aidé le pays, mais le temps a passé»
Par
Partager cet article
Face à la presse hier
Paul Bérenger : «Sithanen a aidé le pays, mais le temps a passé»
Le leader mauve a animé une conférence de presse hier, après celle de jeudi dernier.
Une semaine après une première sortie médiatique, le Deputy Prime Minister (DPM) et leader du Mouvement militant mauricien (MMM), Paul Bérenger, est revenu devant la presse hier. Objectif : répondre point par point aux critiques suscitées par la nomination de son gendre, Frédéric Curé, à la présidence d’Airport Holdings Ltd (AHL), ainsi qu’aux interrogations concernant deux autres nominations impliquant ses proches. Entre défense de principes, mises au point et déclarations politiques, le leader mauve a balayé ce qu’il décrit comme «remueménage», «hystérie» et «palabres» injustifiés.
D’entrée de jeu, Paul Bérenger a expliqué que cette conférence de presse visait à «donner toutes les informations qui peuvent être données» et à «éclaircir certains points» avant de structurer son intervention autour de trois nominations – celles de sa fille, Joanna Bérenger, sa belle-sœur Dany Perrier et son gendre Frédéric Curé. Il a tenu à préciser, en premier lieu, qu’il n’a jamais influencé le parcours politique de sa fille. «Je ne lui ai jamais dit de faire de la politique active ou de ne pas en faire. Elle a toujours pris ses propres décisions et je les ai toujours respectées.» Il a ensuite rappelé qu’après la victoire écrasante de l’Alliance du changement aux élections générales, avec un 60-0 historique, la répartition des postes ministériels avait été un exercice délicat.
Le MMM, partenaire de coalition, n’avait obtenu que huit ministères. «Nous n’étions pas satisfaits, mais ce n’était pas le moment de se battre.» Il dit avoir subi «énormément de pression» pour nommer Joanna ministre. Pourtant, il a préféré respecter la règle de la séniorité et des engagements pris avant les élections : «Même si nous avions eu un neuvième ministre, ce n’aurait pas été elle mais Veda Baloomoody. Elle le comprend parfaitement.» Aujourd’hui ministre déléguée à l’Environnement, Joanna Bérenger travaille aux côtés de Rajesh Bhagwan sur un dossier qui la passionne. «Elle fait un travail formidable et je suis très fier qu’elle soit arrivée là sans jamais recevoir la moindre faveur», a insisté Paul Bérenger.
Le deuxième cas abordé est celui de Danny Perrier, la belle-sœur de Paul Bérenger, nommée ambassadrice au Mozambique. Le leader du MMM assure que cette décision ne vient pas de lui : «C’est Navin Ramgoolam qui a fait ce choix. J’étais bien surpris.» Tout en se disant touché par cette nomination, il a expliqué l’importance stratégique qu’il accorde au Mozambique, un des cinq pays clés selon lui pour l’histoire et la diaspora mauricienne – avec Madagascar, la France, l’Inde et la Chine. «Je suis sûr que Dany Perrier fera un très bon travail, surtout dans un pays qui traverse actuellement des moments difficiles.»
Curé, «un militant qualifié»
Enfin, la nomination qui a déclenché la polémique : celle de son gendre, Frédéric Curé, à la présidence d’AHL. «Il est un militant sincère, dévoué et parfaitement qualifié pour ce poste», affirme Paul Bérenger. En rappelant que la fonction de Chairman d’AHL n’est pas exécutive et que cette société est un holding, non une compagnie opérationnelle comme Air Mauritius. Selon lui, la proposition de nommer Frédéric Curé n’est pas de son initiative : elle a été faite par Rajesh Bhagwan et Ajay Gunness, ministres chargés de placer des personnes compétentes dans les conseils d’administration. «Les vrais militants veulent contribuer au progrès du pays. Ce n’est pas pour se remplir les poches», a-t-il souligné. Il a ajouté n’avoir appris cette proposition qu’après une friction au comité régional de la circonscription no 15 (La Caverne-Phoenix), où Frédéric Curé avait été candidat. «Le MMM n’est pas un Mouvement mouton mauricien. Kan bizin fer tapaz, zot fer tapaz.»
Visiblement agacé par les accusations de népotisme, il a insisté : «Je mets au défi quiconque de prouver que j’ai menti sur les faits que j’ai mentionnés.» Face aux rumeurs de tension avec le Parti travailliste (PTr), Paul Bérenger a voulu rassurer : «Il n’y a aucun risque de rupture entre le MMM et le PTr.» Il reconnaît toutefois qu’il existe des désaccords sur certaines nominations, il affirme que Navin Ramgoolam et lui travaillent en bonne entente : «Nous sommes en discussion régulièrement et nous faisons les corrections nécessaires quand il le faut.» Il en a profité pour saluer le travail de Sébastien Lamy, General Manager de l’Outer Islands Development Corporation et candidat du MMM en 2019 dans la circonscription no 6.
Le leader du MMM s’est aussi exprimé sur la situation préoccupante d’Air Mauritius : «Tout le monde est désespéré de voir ce qui se passe avec notre compagnie nationale.» Il a expliqué avoir soumis plusieurs propositions au Premier ministre, dont celle d’un partenariat stratégique, évoquant la possibilité d’une collaboration avec plusieurs compagnies aériennes. «Il n’est pas trop tard pour redresser cette compagnie», a-t-il assuré.
Paul Bérenger a rappelé que la création d’un Appointments Committee, annoncée pendant la campagne électorale, était une de ses propositions : «Le gouvernement va le mettre en place.» Interrogé sur le départ de Koomaren Chetty du poste de Senior Advisor au ministère du Tourisme, il a répondu sans détour qu’«il s’agissait d’une nomination qui n’aurait pas dû avoir lieu» et précisé qu’il avait été «évincé».
Sur le plan international, Paul Bérenger a dénoncé avec vigueur «le crime que l’Israël de Netanyahu commet à Gaza» après 22 mois de guerre. «C’est horrible !» a-t il lancé, en ajoutant : «Parfois, j’ai envie de quitter le gouvernement pour dire tout ce que je pense. Pas parce que le gouvernement a tort, mais parce que nous sommes un petit pays fragile et nous savons qui nous menace en permanence.» Sur la réforme électorale, il a rappelé que le MMM et le PTr étaient tombés d’accord sur le principe, mais que la question du Best Loser System restait à régler.
À propos de la Banque de Maurice, Paul Bérenger a estimé que, comme à l’époque de Rama Sithanen, ce dernier ne pouvait plus continuer à la diriger : «Je l’ai dit à plusieurs reprises à Navin Ramgoolam. Après les élections, il y avait des problèmes à la BoM et Rama Sithanen a aidé le pays dans des moments difficiles. Je l’avais conseillé à Navin pour le nommer en urgence. Mais le temps a passé.» Concernant l’African Growth and Opportunity Act, il se dit pessimiste en raison de l’attitude du président américain Donald Trump vis-à-vis de l’Afrique du Sud, estimant que cela pourrait avoir un impact indirect sur Maurice. Il a également attaqué l’ancien ministre des Finances, Renganaden Padayachy, qu’il juge «le plus coupable vis-à-vis du peuple et de l’économie» avec «la complicité de Pravind Jugnauth».
En conclusion, Paul Bérenger a tenté de désamorcer les critiques sur un prétendu népotisme en affirmant que ses trois proches concernés par des nominations avaient été choisis sur leur mérite, sans intervention de sa part.
Publicité
Publicité
Les plus récents