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Enquête judiciaire patients dialysés

Vinajagee Lutchammah brise le silence sur les négligences subies

9 août 2025, 12:00

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Vinajagee Lutchammah brise le silence sur les négligences subies

Dans le procès sur les cas de négligence médicale alléguée durant la pandémie de Covid-19 à l’hôpital de Souillac, c’est le témoignage de Vinajagee Lutchammah qui a été entendu hier. Dernière proche à déposer dans cette affaire, elle a raconté, avec une intensité poignante, le calvaire vécu aux côtés de son époux, Latchummayah Lutchammah, en quarantaine… jusqu’à sa mort. Elle ne s’est pas contentée d’évoquer les faits. Elle les a vécus, dans la chair et dans l’âme. À la barre, face aux questions de Mᵉ Khaveesh Seenauth du bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP), elle a dressé le parcours de son époux, souffrant de comorbidités et sous dialyse depuis novembre 2019.

En mars 2021, une semaine avant d’être placé en quarantaine, Latchummayah commence déjà à souffrir des effets du Covid-19 alors même qu’il suit ses séances de dialyse. Aucun test PCR ne lui est proposé. «Il était malade, affaibli, mais personne ne l’a testé», déclare-t-elle. Le 26 mars, la famille est informée que Latchummayah doit être transféré en quarantaine. Vinajagee refuse de le laisser partir seul, tant son état est préoccupant. Elle finit par obtenir l’autorisation de l’accompagner à l’hôtel Tamassa, devenu centre de quarantaine. Elle raconte que plusieurs patients y sont sans masque, ainsi que l’autobus bondé, la promiscuité et l’alimentation inadaptée aux dialysés. Puis, les incohérences s’enchaînent. Un premier test PCR annonce que c’est son époux qui est positif au Covid-19. On le somme alors de se rendre seul à l’hôpital ENT. Mais sur place, les officiers de la santé disent que c’est elle qui est positive et non son époux. Une vérification plus tard révèle que c’est finalement son mari qui est atteint du virus.

Ce dernier est alors transféré à l’hôpital de Souillac où il est placé en isolement avec son épouse… et un autre patient, Keerpanand Beedassy, amputé d’une jambe et premier à décéder dans cette affaire. Vinajagee Lutchammah ne mâche pas ses mots sur le traitement réservé à Keerpanand Beedassy. Elle raconte comment, lors du transfert en van, un agent a lancé son sac sur sa jambe fraîchement amputée. «Il a crié de douleur… Mais personne ne semblait se soucier de lui.» Le soir même, ce dernier réclame de l’eau à plusieurs reprises. Silence total. «J’ai fini par lui donner la mienne. Il n’arrêtait pas de crier… Et personne n’est venu.» Keerpanand Beedassy meurt dans la nuit du 29 mars 2021.

Quant à Latchummayah, il sera transféré le lendemain à l’hôpital ENT. «On nous a dit qu’il allait mieux.» Mais le 31 mars, son état se détériore brutalement et il décède dans l’aprèsmidi. Vinajagee est catégorique : «C’est un cas de négligence. J’ai vu ce qui s’est passé. À l’hôpital, vous demandez de l’eau et on vous ignore. Pourtant, des volontaires envoyaient nourriture et boissons tous les jours à Souillac. Mais où allait tout ça ?» Ce deuil brutal la plonge dans une profonde dépression.

Aujourd’hui, elle veut que justice soit rendue. La suite des auditions est prévue le 18 août à la cour de Curepipe. Mᵉ Jean-Michel Ah Sen, représentant du DPP, devrait interroger les médecins et cadre du ministère de la Santé, confrontés à de lourdes accusations.

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