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Incivisme
Île poubelle
Photos : Beekash Roopun, Aurélio Prudence, Kiranchand Sookrah, Rishi Etwaroo, Olivia Edouard & Audrey Harelle.
Mauriciens, réveillez-vous ! Partout où se pose le regard, dans n’importe quel coin du pays, des canettes, des bouteilles, des takeaways, des tissus, des déchets ménagers, de construction, des restes d’électroménager, du plastique… aucun endroit n’est épargné. Les villes, les villages, les bords de route, la mer, les Gorges de la Rivière-Noire, même Sept Cascades, où les guides ramassent régulièrement des détritus… Il n’y a qu’à voir tous les déchets qui apparaissent dès que l’herbe est tondue le long de l’autoroute. Vous avez tellement l’habitude de vivre dans cette fange que vous n’y prêtez plus attention. Sans compter ceux qui volent les poubelles, les chiens errants qui répandent les ordures…
C’est pourtant ce qui choque en premier tout visiteur étranger. Ouvrez les yeux. Regardez par terre. Et là, il n’est pas question de gouvernement, ce sont Vous/Nous les principaux responsables. Qu’est-ce que cela vous coûte d’attendre d’être chez vous ou près d’une poubelle pour jeter vos restes de repas ? Vous pensez que les municipalités, les conseils de district, les éboueurs privés sont là pour nettoyer derrière vous ? Mais non ! Il y en a trop et partout, c’est impossible. Et avec la société de consommation, on en produit toujours plus.
Oui, il y a des lacunes dans le ramassage d’ordures, notamment les déchets encombrants, mais ce n’est pas une excuse. Avant même de penser au tri – et là, merci à certaines ONG comme Mission Verte qui ont été précurseurs –, il faut tout simplement ne pas laisser ses ordures partout. La scène de celui qui jette sa canette – savez-vous que le kilo d’aluminium vaut environ Rs 50 ? – par la fenêtre de la voiture est encore trop récurrente.
À force de ne penser qu’en termes de communauté, de bann, on en oublie le bien commun. Le patriotisme commence par là. Le respect aussi. Des autres et, surtout, de soi-même.
Reportage : La face cachée du Corps-de-Garde et de ses environs
Si vous êtes du côté de Quatre-Bornes et qu’il vous prend l’envie d’emprunter le raccourci entre Palma et Bambous, qui sert aussi de parcours de trail, ravisez-vous car vous aurez un haut-le-cœur. Non pas à cause d’une quelconque odeur pestilentielle qui flotterait dans l’air mais en raison du degré de je-m’en-foutisme des Mauriciens par rapport à la préservation de l’environnement.

Et contrairement à ce qu’en pense l’autre inepte, il est clair, au vu de la composition des déchets déversés pêle-mêle, çà et là, que les sales mains qui ont été à l’œuvre ne sont pas celles de pauvres gens vivant à la périphérie d’une ville mais de «bêtes sur deux pattes», qui ont les moyens de payer un camion rubis sur ongle pour exécuter leur basse besogne.
En sus d’une extension d’un bâtiment commercial empiétant sur le sentier, qui avait été épierré et déblayé par une sucrerie et où avaient l’habitude de passer des joggers matinaux, on peut voir éparpillés des monticules de gravats et autres déchets de chantiers, quantité de vêtements et d’ustensiles de cuisine usagés, des battants démantibulés d’une armoire en bois et contre-plaqué, de larges bouts de plastique dur dont l’une arbore la mention «Fermer la porte doucement s’il vous plaît», des palettes et d’autres détritus, qui n’y ont pas leur place. Sur une grande enveloppe en carton ayant connu des jours meilleurs, on peut lire Spotless ! Vraiment ? Quelle ironie ! Comme le disait notre guide, les petites gens ne feraient pas des kilomètres à pied pour se débarrasser de leurs ordures. «Ils les jetteraient dans la rivière ou le premier cours d’eau qu’ils verraient.» Ce qui n’est pas faux.
Ni vu ni connu : Je t’embrouille
Notre guide n’en a pas fini avec nous et nous entraîne à Bambous, plus particulièrement au réservoir de La Ferme, situé sur une terre de l’État. Pour y accéder, il faut passer devant un des bureaux de la Road Development Authority. Sur la porte d’entrée figure un gros panneau de sens interdit. Mais comme l’entrée n’est pas cadenassée, les pollueurs de tous poils font mine de ne rien comprendre. De sorte que n’importe qui peut y entrer pour balancer ses rebuts et en ressortir tranquillement, ni vu ni connu je t’embrouille.
Rue des Oursins, Baie-du Tombeau, Zone industrielle Riche-Terre
Et Dieu sait qu’il y en a entre les flancs du réservoir et les habitations qui ne sont séparés par endroits que par une simple clôture ou par un mur. Là, nous avons l’embarras du choix en termes de déchets : pneus de grosses machines impossibles à rechaper, matelas dégoûtants quand ils ne sont pas à moitié calcinés, dossier de fauteuils d’ordinateur, blocs de ciment gros comme des menhirs, bouteilles et sacs en plastique usagés à gogo, restes d’un téléviseur éventré, ameublement déchiré, seaux de peinture vides, branches élaguées et troncs coupés, tuyaux percés et des gravats partout, partout, partout. Une chauvesouris pétrifiée complète ce tableau infect. Ces déchets jouxtent même un petit temple, qui a tenté de s’en protéger par la pose d’une mince clôture.
Notre perspicace guide nous fait remarquer que lorsque l’on est propriétaire d’un terrain, les autorités veillent au grain à ce qu’il soit régulièrement nettoyé et entretenu. «Or, là, le site appartient à l’État. Pourquoi n’est-il pas nettoyé ?» Des propos qui nous clouent le bec.
La Ferme
Sur le chemin menant à la déchetterie de La Chaumière, on a l’impression qu’un Petit Poucet crasseux est passé par là car tous les 50 mètres, il y a des ordures sur le bord de la route que les travailleurs de la déchetterie sont obligés de ramasser quasi quotidiennement. Pourquoi ne vontils pas déposer leurs saletés à la déchetterie ? Notre guide a réponse à tout. «Tout simplement parce qu’il faut payer ! I don’t understand why people do not have respect for their own country and even for God.»
Ces constats qui se répètent aux quatre coins de l’île font rougir et dégoûtent. Mais lorsqu’ils sont soulignés par des étrangers vivant à Maurice, on a honte au point d’avoir envie d’aller se cacher.
Honte à vous, qui défigurez ainsi notre environnement. Honte aussi aux autorités qui sont incapables de vous prendre sur le fait et de vous faire payer pour tous les torts causés à la nature. Continuez ainsi et le paradis décrit par Marc Twain se transformera en paradis perdu…
Belle-Rive

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Route Royale, Brisée-Verdière

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Morcellement Raffray, Terre-Rouge

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Moka

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La baie du Goulet

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