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Crise des devises : La BoM à court de solutions ?
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Analyse
Crise des devises : La BoM à court de solutions ?
La Banque centrale devrait agir de manière transparente et décisive, soutient l’auteur.
La roupie mauricienne (MUR) est de nouveau sous pression, reprenant sa dépréciation face au dollar américain (USD). Si cette tendance reflète en partie des dynamiques mondiales – notamment un renforcement du billet vert et un apaisement des tensions géopolitiques à la suite d’un accord commercial signé à Genève entre le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent et le vice-Premier ministre chinois He Lifeng –, les causes profondes de la vulnérabilité de la MUR demeurent essentiellement locales.
Le marché des changes (FX) souffre d’une illiquidité persistante et la Banque de Maurice (BoM) peine à en assurer une gestion efficace depuis la pandémie de Covid-19. Cette incapacité continue à alimenter la défiance.
Ironiquement, lors d’un récent épisode de volatilité mondiale déclenché par l’annonce controversée du président Trump à l’occasion du Liberation Day, les bons du Trésor américain ont subi l’une de leurs plus fortes pertes en une journée depuis la pandémie. Cette chute a conduit Moody’s à dégrader la note souveraine des États-Unis de Aaa à Aa1, le 16 mai. Pourtant, le marché a davantage réagi à l’annonce présidentielle qu’à la dégradation elle-même.
Dans ce climat d’incertitude, la MUR s’est brièvement appréciée face au dollar – un mouvement contraire aux fondamentaux, rapidement corrigé. Après la résolution commerciale sino-américaine, le billet vert a repris sa trajectoire haussière, soutenu par des anticipations de taux divergents et une demande renouvelée de liquidités. Sans surprise, la MUR s’est de nouveau affaiblie.
En avril, la BoM est intervenue avec une injection modeste de 10 millions USD – une mesure jugée symbolique, qui n’a ni soutenu le marché ni ancré les anticipations. Depuis, la nouvelle direction, incluant le Premier sous-gouverneur en charge des marchés financiers, affirme que la stabilisation de la MUR est en cours. Mais ces déclarations sont contredites par les pénuries persistantes, les mesures de rationnement des devises, et un arriéré croissant de demandes non satisfaites, estimé à plusieurs centaines de millions de dollars.
Une hausse de 50 points de base du taux directeur en mars, suivie d’un maintien la semaine dernière, n’a pas suffi à enrayer la dépréciation – soulignant les limites d’un resserrement monétaire sans canal de transmission fonctionnel sur le marché des changes. Six mois après l’arrivée de la nouvelle équipe, aucune stratégie crédible n’a été présentée pour résoudre le déséquilibre entre l’offre et la demande de devises. La MUR s’approche à nouveau du seuil des 47 face au dollar.
Maurice affiche un déficit courant important, alimenté par une forte demande d’importations. Si cette demande est constante, l’offre de devises reste fragmentée, reposant souvent sur des transactions bilatérales – symptôme d’un marché étroit et inefficace.
Pourtant, la BoM déclare détenir des réserves brutes record de 8,7 milliards USD. Alors pourquoi ne pas injecter davantage de liquidités ? La réponse pourrait résider dans la composition de ces réserves, des contraintes de liquidité, ou la nature des instruments mobilisés durant la pandémie. Le manque de transparence – y compris dans le rapport annuel – mine la confiance.
Face à ces tensions, entreprises, ménages et investisseurs se tournent vers la thésaurisation de devises étrangères, anticipant une dépréciation supplémentaire. Ce qui était une crise de liquidité s’est mué en crise de confiance – entamée pendant la pandémie et jamais résolue depuis.
Dans un régime de flottement dirigé avec compte de capital ouvert, comme à Maurice, la crédibilité de la devise est indissociable de celle de la Banque centrale. L’inaction actuelle de la BoM risque de compromettre les deux.
Des mesures urgentes s’imposent. Il est nécessaire de clarifier la part réellement mobilisable des réserves, de définir un cadre cohérent de politique de change et d’instaurer un dialogue transparent avec le marché. Des outils comme les swaps de change ou les interventions structurées doivent être envisagés pour répondre à la demande sans épuiser excessivement les réserves.
La confiance est en jeu. Les six premiers mois du mandat de la nouvelle direction auraient dû permettre de stabiliser le marché. Cette fenêtre semble aujourd’hui refermée. Les facteurs mondiaux – en particulier la vigueur du dollar – ont eu davantage d’influence sur la MUR que les réponses domestiques. Avec à peine 50 millions USD injectés depuis novembre, les interventions restent largement insuffisantes.
Maurice fait désormais face à une crise de liquidité grandissante, qui menace sa monnaie et la crédibilité de sa Banque centrale. Plus l’inaction perdure, plus il sera difficile – et coûteux – de restaurer la confiance, stabiliser la roupie et préserver la résilience économique. La BoM doit agir – rapidement, de manière transparente et décisive.
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