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Géopolitique

Accord Inde-Maurice sur Agaléga : L’indépassable secret-defense

29 mars 2025, 18:00

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Accord Inde-Maurice sur Agaléga : L’indépassable secret-defense

■ Le hangar de la nouvelle piste d’atterrissage. © Yasin Denmamode

Question de posture. Quand ils étaient sur les bancs de l’opposition, les travaillistes ont réclamé que l’accord entre l’Inde et Maurice soit rendu public. Mais le mardi 25 mars, à l’Assemblée nationale, le Premier ministre (PM) labour, Navin Ramgoolam a affirmé que l’État est tenu d’observer une clause de confidentialité, «similar to other agreements that Mauritius has signed with other states». Il répondait à une question parlementaire du député siégeant en indépendant, Franco Quirin.

Le Premier ministre a alors fait l’historique des dates-clés qui ont marqué cet accord entre la Grande péninsule et Maurice, en reprenant le fil à partir du 27 février 2015. Mais une autre date ne doit pas être escamotée. Certes, comme l’a rappelé le PM, le 27 février 2015, le Conseil des ministres a donné son accord pour la signature d’un Memorandum of Understanding (MoU) avec l’Inde pour «l’amélioration des facilités de transports maritimes et aériens à Agaléga». Moins de 15 jours plus tard, le 11 mars 2015, le MoU a été signé. Et après encore deux semaines, le 31 mars 2025, suite à une Private Notice Question (PNQ), une copie du MoU a été déposée à l’Assemblée nationale. Quant à l’accord portant sur les projets d’infrastructures, il a été signé le 27 mai 2017.

Si toutes ces dates coïncident avec les années où le Mouvement socialiste militant était au pouvoir, justement, il ne faut pas oublier un point cité par l’ex PM, Pravind Jugnauth. En réponse à une PNQ, le 16 juin 2017, il avait informé l’Assemblée nationale que l’accord signé en 2015 avait déjà été validé par le précédent gouvernement – donc travailliste – dès octobre 2014. Que dit la clause de confidentialité dans l’accord déposé il y a dix ans ? Dans la version initiale de l’accord, il se lit comme suit: «The Parties shall exchange information in good faith and this information shall be used solely in connection with the works associated with the project. The transmission of any such information by a Party to a third party shall be subject to the written consent of the other Party.» On ne sait si la clause a évolué dans les versions subséquentes de l’accord.

Les changements de posture selon que l’on soit au gouvernement ou dans l’opposition font dire à Jocelyn Chan Low, historien et observateur averti que «tout cela, c’est de la démagogie». Il martèle : «La politique étrangère est une sphère où l’on ne doit pas faire de la démagogie.» Cela dit, il trouve «normale» la présence d’une clause de confidentialité contraignante dans un tel contrat entre États, étant donné la nature des enjeux stratégiques entourant Agaléga. Il estime que même si les travaillistes ont finalisé l’accord avant le changement de régime du 10 décembre 2014, il y a «continuité de l’État. Un accord signé par un précédent gouvernement ne concerne pas un parti politique, mais un État. L’État ne peut pas déroger à ses obligations».


Base militaire à Agaléga

Navin Ramgoolam : «I can assure the house that it is absolutely not the case»

«Il n’y a pas de base militaire à Agaléga.» C’est l’assurance donnée par le Premier ministre à l’Assemblée nationale, mardi. En dépit des nombreuses affirmations du contraire de la presse indienne. En dépit de ce que l’Indian Defence Research Wing (IDRW), par exemple, a écrit. Jocelyn Chan Low, historien et observateur, rappelle que lors de la visite de députés de l’opposition d’alors à Agaléga, «il y avait déjà eu des indications en ce sens. Ils ont dit qu’il n’y a pas de base».

Pour comprendre ce que représente véritablement Agaléga, l’historien nous invite à lire entre les lignes. «Avant les années 2000, la Chine n’avait pas de présence navale dans la région océan Indien.» D’abord, explique-t-il, parce que ce pays n’avait pas d’intérêts en Afrique. «Aujourd’hui, la présence de la Chine en Afrique s’est démultipliée.» À l’époque, la Chine n’avait pas encore de flotte navale. «C’est pour cela que la Chine n’a pas pris Taiwan en 1949. Elle avait surtout une armée de terre. Ce sont ces 20 dernières années que la marine chinoise s’est développée.» Il faut donc protéger les routes maritimes entre l’Afrique et la Chine, poursuit Jocelyn Chan Low. Cette présence chinoise s’affirme dans une partie du monde que l’Inde considère comme sa sphère d’influence. «L’Inde voit d’un mauvais œil l’arrivée des Chinois, qu’il faut pister. C’est de cela qu’il est question quand on évoque la surveillance maritime.» Certes, il y a le combat contre la piraterie et autres activités illégales, «mais pour l’Inde, c’est important de pister la marine chinoise. Agaléga est bien située pour cela». L’historien estime que ce n’est pas nécessaire d’avoir une base avec beaucoup de soldats. L’essentiel, ce sont les équipements électroniques. «Si vous allez sur place, peut-être que vous ne verrez pas de base, mais il y a des équipements.» Il rappelle que sous le régime du Mouvement socialiste militant, «toutes sortes d’équipements sont arrivés. La confidentialité concerne sans doute cet aspect».

L’historien souligne que dans le cas où une base militaire opérée par un pays étranger doit faire des manœuvres militaires, il faut obtenir le feu vert du pays hôte. «Sinon l’État est complice. Si ce n’est pas une base militaire, c’est une base de surveillance. Elle surveille quoi ?» À partir de là, les questions s’enchainent : «Est-ce que l’Inde peut opérer des avions anti-sous-marins à partir d’Agaléga ? En cas de conflit, qu’est-ce qui se passe ?»

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