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Afzal Goodur: «Je m’excuse auprès des météorologues de Vacoas s’ils pensent que je fais preuve d’arrogance»

29 janvier 2023, 17:00

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Afzal Goodur: «Je m’excuse auprès des météorologues de Vacoas s’ils pensent que je fais preuve d’arrogance»

Il est l’homme de la semaine. L’amateur de météorologie récolte les éloges des internautes alors que la station de Vacoas se fait sévèrement critiquer. C’est un homme qui, en toute simplicité, nous a reçu chez lui à Vuillemin, Quartier-Militaire. Les 10 000 likes par publication ne semblent pas lui être montés à la tête.

D’où vous vient votre passion pour la météorologie ?
Quand j’étais enfant, ma mère me parlait toujours du cyclone Carol. Ces récits me fascinaient. Bann dimounn lontan pa ti konn lir, mais ils avaient une connaissance de la météo à travers l’observation. Je me rappelle que j’avais 5 ans quand j’ai vécu Gervaise. Les toilettes de la maison étaient à l’extérieur et avant que le cyclone ne s’abatte sur nous, j’ai dit à ma mère qui m’y accompagnait que ce cyclone allait krazé. J’ai dit ça comme ça, juste comme un pressentiment. Et là, ma mère m’a dit d’observer les plantes d’aloès. Si elles se recroquevillent, cela veut dire que le cyclone sera violent. Il n’y avait pas de plantes d’aloès. Gervaise a été ce qu’il a été et il a donné naissance à ma passion pour les cyclones. Une fois, j’étais un jeune adulte, et le directeur de la météo était à la radio avec Pamela Patten lors du passage d’un cyclone. À chaque bulletin, je notais les latitudes et longitudes et je cartographiais la trajectoire. La météo disait que le cyclone bougeait en direction du sud-ouest. J’ai appelé dans l’émission pour dire que d’après les propres pointages de la météo, le cyclone se déplaçait vers l’ouest-sud-ouest. Le directeur de la météo a minimisé mon analyse en disant que c’était un détail mais j’ai insisté car sud-ouest voulait dire que le cyclone venait directement sur nous. Il avait finalement agréé.

Très tôt, donc, vous êtes allé en guerre contre la station de Vacoas !
(Rires). Wi mo koriz zot. Mo pa fer fézér selma in. Je le fais parce que je suis passionné.

J’ai parlé de vous à une source au ministère du «Disaster Risk Management», responsable de la météo. Il m’a dit : «Afzal sé enn manev mason ki trasé, mé pou mont enn lakaz ou get zouvrié, pas manev.»
Ou koné, professer res professer, zelev vinn avoka. Je respecte les profs. Ils sont en principe fiers quand leurs élèves deviennent des avocats. Je conduis un bus scolaire et parmi ceux que j’ai transportés, certains sont devenus pilotes d’avion. Pourtant, vous avez vu où nous vivons ? C’est une cité. Ena zanfan isi inn vinn pilot avion. Ena inn vinn inspekter lapolis, mwa mo ankor pé kondir mo van lekol. Certes, entre-temps j’ai ouvert une superette, j’ai une guest house et j’ai un karo banann. Je ne suis pas en train de vous dire que les météorologues sont des profs et moi, l’avocat ou le pilote. Je dis juste que chacun doit respecter l’autre.

Aujourd’hui, la météo est critiquée, vous êtes adulé. Mais vous vous êtes déjà retrouvé en mauvaise posture, notamment avec de mauvaises prévisions pour le cyclone Berguitta.
Oui. Ce fut une expérience et j’ai dû faire face à des critiques. Cela m’a permis de grandir. Vous savez, les prévisions les plus précises sont celles des prochaines trois heures. Pour celles d’au-delà, beaucoup de choses peuvent changer. Il y a des modèles numériques exécutés par des ordinateurs puissants qui vous donnent 10 jours de prévisions. Mais ces mêmes modèles après six heures peuvent avoir complètement changé leurs prédictions. Pour Berguitta, j’étais à Radio Plus quand le cyclone était à 200 km de l’île et je prévoyais de gros effets pour Maurice. Tout d’un coup c’était le calme plat. Même pas une petite brise. J’étais choqué. Impossible que nous soyons dans l’œil du cyclone. En fait, il s’était littéralement ouvert en deux. Une partie des nuages est passée à l’est ; l’autre à l’ouest ; et Maurice était au milieu. Nous étions épargnés et le cyclone s’est reconstitué juste avant d’atteindre La Réunion où il y a eu de gros dégâts. Allez revoir les photos satellites. C’était assez incroyable.

Vous avez mal vécu ces critiques ?
J’ai mal vécu mes prévisions, tout simplement. J’en étais moi-même déçu. La météorologie est une passion personnelle d’abord. Les posts, les likes sont secondaires. C’est ce qui vous permet de surmonter les critiques, car elles sont de facto secondaires.

La station de Vacoas peut dire la même chose. Elle n’a que faire des critiques de la population…
Ah non ! Je ne suis pas d’accord. La station de Vacoas est une autorité avec des responsabilités. Elle a des équipements, une grosse équipe rémunérée, de gros moyens. Leurs erreurs sont parfois grossières. Zot érer kapav touy dimounn. Nous ne saurons jamais si la vieille femme de 90 ans qui s’est noyée aurait évité de se rendre sur la berge du cours d’eau si l’alerte de fortes pluies avait été maintenue jeudi matin. Par contre, vous vous souvenez de ce motocycliste qui est mort parce qu’on a levé une alerte cyclonique trop tôt ? Je vous donne une certitude : s’il fait plus de 30 degrés et que les vagues sont de 0,9 m à 1,1 m, qu’il n’y a pas de brise en surface, pas de brise en hauteur, vous aurez une brise de mer à 100 % et les brises de mer viennent de l’ouest. Parfois, c’est tout simple.

Lever l’alerte de fortes pluies jeudi était donc une erreur ?
Certainement ! Trouvé sa lapli-la ti pé vini ! J’ai dit à tous ceux qui m’ont écrit la veille «imposib éna lékol dimé». J’étais choqué à 5 h 30 du matin d’apprendre que les classes allaient reprendre.

Le directeur de la météo explique que les nuages qui allaient nous arroser s’étaient formés à 50 km de nos côtes…
Faux. Ils se sont formés à 170 km. Zot pann gété ki oter vaper delo la ti pé monté ? Plus haut, il fait plus froid, la condensation est plus importante et les particules sont plus grosses. Avec la gravité, il pleut. Avant même la formation de ces nuages, les données atmosphériques étaient réunies pour leur formation. C’était prévisible ! Si moi je l’ai écrit sur Facebook, mercredi soir, puis très tôt jeudi matin, eux, ils n’ont pas pu le prévoir ? Et pile à 3 h 22 du matin, la basse pression entre Maurice et La Réunion a commencé à se former. Avec le courant d’air de l’ouest, c’était clair que ces nuages allaient venir vers nous. J’ai attendu pour voir l’altitude qu’elle allait prendre et la concentration de sa vapeur. À 6 h 30 j’ai vu que zafer pa pou bon.

Juste pour ça, la météo aurait dû maintenir l’avis de fortes pluies ?
Samem asé. Pa gagn drwa pa trouvé sa. Des nuages qui grossissent très vite et qu’un courant d’air pousse vers Maurice. J’ai tout sauvegardé sur mon laptop. Pour toutes mes prévisions, je sauvegarde toutes mes données. Sur Internet, il y a même des données – altitude, taille, pression atmosphérique, trajectoire – pour les cyclones du passé. On trouve de tout sur Internet.

Vos propos n’arrangent pas la situation. La station météo passe par une crise de confiance avec vous au milieu et vous leur tombez dessus encore plus…
Ekouté, mo pa pe fer gran nwar. Je m’excuse auprès des météorologues de Vacoas si c’est ce qu’ils pensent de moi. Mais dans les faits, même si les autorités m’imputent tous les péchés du monde, qu’on dise que je ne suis qu’un amateur ; qu’on dise que je ne fais que copier les prévisions des autres ; dans les faits, il faut reconnaître que mes prévisions se réalisent. Je ne suis qu’un amateur qui écrit sur Facebook. Si la population a plus tendance à me faire confiance qu’à l’autorité officielle, ce n’est pas de ma faute.

C’est la faute à qui ?
Bé Météo ! Enn dimounn kapav fer érer. Bé enn lékip dimounn kapav fer érér ? Les prévisions météorologiques sont cruciales pour un pays. Les peintres, ferrailleurs, soudeurs, camionneurs, maçons, pêcheurs, organisateurs d’événements, écoliers et, j’en passe, dépendent tous des prévisions météorologiques. Même les femmes au foyer en dépendent pour la lessive.

Comment réconcilier la population à la station de Vacoas ?
Cela va prendre du temps et dépendre de la précision de leurs prévisions. Il faut qu’elle fasse mieux et ce, dans la durée. Cela passe par aksepté kan zot prévizion pa bon.

Vous avez des amis à la station de Vacoas ?
Je vous fais une confidence. Quand je venais de commencer à publier mes prévisions, et quand j’entendais le nom d’un météorologue à la radio, je le cherchais sur Facebook et je lui envoyais une friend request. Mo pé anvi fer kamarad ar li mwa. Dès que j’envoie une demande d’amis, on me bloque. Mo avoy lot, lot blok mwa. Il n’y a qu’un seul météorologue qui échange avec moi et qui m’envoie des messages d’appréciation. Mo péna narien kont zot mwa ta.

Êtes-vous déjà allé à la station de Vacoas ?
(On note une petite tristesse dans son regard). Non, zamé monn alé ta. Mo ti a voudré alé enn zour. Zot pa pou kontan mwa zot.

Vous irez s’ils vous invitent ?
Oui. Si c’est pour me traiter comme un ami. Pa invit mwa apré maltret mwa.

Les données des bulletins de la station de Vacoas ont été vos seules sources avant l’avènement d’Internet ?
Ce n’est qu’en 2012 que j’ai commencé à rechercher des données sur Internet. En 2013 j’ai commencé à partager mes analyses sur Facebook. Avant cela, sur le bouquet de CanalSat, il y avait une chaîne dédiée à la météo. Voilà comment j’ai prédit les inondations de 2008. Ce jour-là, j’ai garé mon school bus dans la cour de l’école et j’ai dit aux enfants de ne pas descendre. Je suis allée voir la maîtresse d’école pour lui dire de me donner la permission de ramener les enfants chez eux parce qu’il y aurait le déluge. Elle a refusé en m’expliquant que c’était contre le protocole et que la météo n’avait rien dit à ce sujet. A 10 h 30, c’était effectivement le déluge ; elle m’a rappelée pour que je vienne récupérer les enfants. La pauvre, elle n’a même pas pu prendre la route pour rentrer chez elle. Toutes les routes furent inondées. Ces inondations furent hélas meurtrières. Aujourd’hui, il y a Internet avec beaucoup de données et de modèles numériques qui sont publics.

Vous consultez les images du radar de Trou-Aux-Cerfs ?
Jamais ! Je vais sur le site de la météo de Vacoas pour voir leurs données sur la pluviométrie et les vents enregistrés. Mon plus gros challenge et ma plus grosse satisfaction, c’est la pluviométrie. Si mes prévisions s’avèrent, c’est une satisfaction personnelle. Mais je ne vais pas sur leur site pour recueillir des données pour faire mes prévisions. Bondié pini mwa, mo pa get radar Moris. Je regarde les images du radar de La Réunion, mais depuis quelque temps, l’image est moins nette. Le problème avec les radars, c’est que ce sont juste des nuages actifs en temps réel ou même vieux de cinq minutes. Parfois, ces nuages se dissipent ou s’intensifient avant d’atteindre nos côtes. Le radar est utile en temps de cyclone. Mes prévisions, elles, se basent sur d’autres types de données.

Cela vous prend beaucoup de temps ?
Oui. Analyser les données me coûte 45 minutes à une heure. J’ai déjà songé à arrêter parce que ce temps investi ne me rapporte rien. C’était du temps où j’aurais pu investir dans mon champ ou mon petit supermarché. Mais quand je publie, les internautes m’envoient des bénédictions. Zot dir Allah béni ou, Jésus béni ou. Bénédiksion dimounn enn gran zafer sa.

Pravind Jugnauth avait une fois fait une ironie à votre sujet. Il avait dit «bizin avoy li dan bann institition international déor».
Cela m’avait blessé. Il aurait pu répondre d’une autre façon et ne pas m’attaquer. Monn fer zis form 4 mwa. Mo ti malin lekol, mais c’était l’époque où les usines poussaient comme des champignons et j’ai choisi de quitter l’école pour aller travailler. Cela m’avait blessé parce que je n’ai pas de diplôme. Si j’en avais, j’aurais argumenté. Mais je n’en ai pas. Mo pa donn li tort. Li pa kapav vinn pran mo par ek koul biro météorolozi Vacoas.

Bann-la ki koul li ?
Wé. Bann-la met li dan laont.

On est dans la circonscription no8. Que dit la météo pour Pravind Jugnauth ?
Sa kalité prévision la mo pa konn fer sa. (Rires)

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