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Joëlle Coret: «Je n’écoute pas ceux qui disent qu’un artiste ne fait pas de politique»

9 mai 2022, 08:00

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Joëlle Coret: «Je n’écoute pas ceux qui disent qu’un artiste ne fait pas de politique»

Ce matin, l’Union des Artistes (re)prend la parole officiellement. Sans langue de bois, la présidente de ce syndicat parle des divisions entre travailleurs d’un même secteur. Mais surtout de l’urgence d’avoir un cadre légal pour réglementer les contrats de travail.

Seize ans pour concrétiser un syndicat, c’est long, non ? 
On en parle depuis 2006. À l’époque, je me produisais à l’hôtel et, déjà, le problème majeur c’était l’absence de contrat de travail pour les artistes du circuit. 

Contrat qui souvent n’existe toujours pas. 
Par manque de cadre légal et à cause de l’insécurité d’emploi, c’est un groupe d’artistes d’hôtels qui s’est mobilisé en premier. 

Vous aviez pris contact avec des artistes mainstream
Pas individuellement. Mais on a fait une annonce disant que tous les artistes de l’île Maurice bizin zwenn ansam. On réclamait déjà un statut des artistes. En 2008, l’union a été enregistrée une première fois au Registrar of Associations. Par la suite, j’ai quitté Maurice (NdlR, pour une carrière de chanteuse à Dubaï, Bahrein, aux Seychelles, etc.

Comment un syndicat des artistes peut-il arrêter de fonctionner parce qu’une personne n’est pas là ? 
Mwa osi mo pann konpran. Pourquoi ça n’a pas marché quand je n’étais pas à Maurice ? Cela n’aurait pas dû dépendre que de moi. Quand je suis rentrée définitivement en 2013, j’ai appris qu’il fallait tout recommencer à zéro. Le Registrar nous avait enlevé des listes. 

C’est ironique. Votre syndicat s’appelle Union des Artistes, mais il pointe du doigt la division entre artiste mainstream et artiste du circuit hôtelier. Pourquoi n’arrivez-vous pas à vous entendre ? 
Je suis à la fois un performer d’hôtels et j’ai fait un album avec mes compositions. Ce sont deux plateformes différentes mé artis res artis. Il y a juste différentes catégories. Tout cela est défini dans la proposition faite par l’Unesco pour le Status of Artist Bill. 

Ces divisions expliquent-elles pourquoi c’est le lundi 9 mai 2022 que l’Union des artistes reprend publiquement la parole ? 
Je le redis. L’Union des artistes, c’est pour tous les artistes de l’île Maurice. Les sculpteurs, les deejay… Beaucoup m’ont approchée en disant qu’ils n’ont pas eu d’allocation de la Mauritius Revenue Authority parce qu’ils ne sont pas reconnus comme artistes. Il y a aussi ceux qui, en France, seraient considérés comme des intermittents du spectacle, les danseurs, etc. 

La première assemblée générale de l’Union des artistes a eu lieu l’an dernier. Combien de membres avez-vous ? 
Environ 70 membres… 

… Du mainstream ou du circuit hôtelier ? 
Il n’y a pas beaucoup du mainstream. 

La réticence est toujours palpable ? 
Oui. Dans les 70 membres, il y a environ une dizaine d’artistes mainstream. 

Des grosses pointures ? 
Il y a Jerry Rouget, Denis-Claude Gaspard et quelques autres. Des artistes connus sont au courant parce que je fais aussi partie d’un groupe qui voulait al lager. C’était le Kolektif Lavwa Akter Kiltirel (KLAK), mais on n’entend plus rien depuis (NdlR, collectif né en août 2021 au lendemain de l’exemption de paiement de tarifs sur l’utilisation de la musique accordée aux hôtels et Air Mauritius). 

Après deux confinements, quelles réponses l’union peut-elle apporter aux artistes ? 
L’union veut proposer des contratstypes. Attention, pas de confusion. Tansion éna krwar linion pé pran kontra pé fer zot travay. Nous donnons des conseils légaux, proposons un modèle de contrat. 

Par le biais de votre négociateur syndical. 
C’est Ivor Tan Yan. Je ne le connaissais pas personnellement, mais depuis pas mal de temps je l’entendais parler des droits des travailleurs. Par la suite, j’ai appris qu’il avait travaillé avec Jack Bizlall. Mo dir super. J’ai rencontré Ivor Tan Yan pour la première fois quand j’ai intégré la plateforme 100% Citoyens, pour les élections générales de 2019. 

C’est donc un de vos collègues de parti ? 
C’est seulement là que je lui ai parlé de l’union. Mo dir linn travay avek enn gran sindikalis eski li pou ékout mwa? Mais il a accepté. 

Est-ce qu’à terme le syndicalisme, c’est pour aller vers la politique ? 
On peut le dire comme ça, même si on m’a dit que les artistes ne font pas de politique. 

Vous comprenez ce positionnement-là ? 
Mo pann ekout zot. Ceux qui disent ça ne réfléchissent pas à l’avenir, à la reconnaissance que nous méritons. Nou bizin enn dimounn ki rant dan parlman pou nou. 

Il y a déjà une artiste au Parlement. 
Artis bizin al pran séki li li mérité. Voilà pourquoi je fonce. Des artistes sont déjà venus vers nous. Beaucoup craignent que les hôtels pa pou le fer kontra. Mais tout dépend de l’approche. Si nous voulons nous professionnaliser, nous ne pouvons pas rester à attendre que quelqu’un d’autre le fasse pour nous. Et on s’étonne que des contracteurs prennent tout. On ne peut pas accepter les conditions, apré nou plénié. 

À la reprise des activités dans les hôtels, des artistes se sont plaints d’un «contracteur» agissant comme intermédiaire, justement accusé de rafler tous les contrats. 
Nou pé sey fer konpran. L’artiste peut trouver du travail, mais qu’est-ce qui le dérange ? Après 20 ans de service dans un établissement, il peut se retrouver sur le pavé sans rien. Certains profitent du manque de cadre juridique. Nous faisons un appel à tous les partenaires pour que ce cadre légal voie enfin le jour. Même si c’est une agence qui emploie l’artiste, qu’il y ait un document qui spécifie pour combien d’heures par semaine, pour quelle rémunération. Ce sera aussi un contrat de confiance. Au lieu que l’artiste ne touche que 10 % et le contracteur 50 %, alors que l’hôtel paie 100 % sans savoir où va tout l’argent. Quand le prix est en écrit, artis pa pou kapav dir pé kokin lor so latet. 

En 2008, vous étiez à la tête de l’Union des artistes. En 2022, vous êtes à nouveau la présidente. 
Quand nous avons commencé, boukou kamarad pa lé pran sa. 

De quoi ces artistes ontils peur ? 
Peur des représailles. À l’époque, on me disait que si je faisais un syndicat, je ne trouverais pas de travail dans le circuit artistique. On me disait : «Si to fer sa, bann kontrakter pou aret twa.» Je ne voulais pas devenir présidente. Je me disais que ceux qui étaient déjà dans ce domaine avant moi allaient prendre la tête. De nombreux musiciens disent que cela fait 20 ans qu’ils essaient de faire ça. Je croyais qu’on allait se réunir. Au final, je me suis retrouvée seule. C’est avec les deux, trois kamarad qui travaillaient à l’hôtel avec moi, à cette époque, que nous avons fait des démarches. La première fois que vous êtes officiellement enregistré, c’est l’équipe qui décide qui est à la tête. On m’a dit : «To mem inn amenn nou, to mem prézidan.» 

En 2021, quand on a réactivé l’union, j’ai expliqué que je n’étais pas là pour asizé donn lord. Je ne fais pas ça par intérêt personnel. On a amendé les règlements de l’union pour qu’un président ne fasse que deux mandats maximum. Cette fois-çi, après une assemblée générale, les membres ont voté pour que je sois présidente. Les artistes ne le savent pas. Nous finançons toutes les démarches de nos poches. Pa pansé Joëlle inn swazir so dimounn. Sa ousi mo'nn tandé. Sauf que quand j’ai fait appel aux artistes pour se joindre à l’union, sé sa bann dimounn-la kinn vini.

Outre le contrat de travail pour les artistes, quel autre dossier vous tient à coeur ? 
Le Self-Employed Assistance Scheme où la MRA nous considère comme travailleur indépendant. Nou artis nou pa self-employed. 

C’est l’État qui vous a catégorisé comme tel. 
Oui. Maintenant il faut voir comment il va nous considérer dans le Status of Artist Bill. Il dit qu’il travaille dessus.

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