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Mauritian Family Origins Project: des conseils pour retracer les «gran fami»
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Mauritian Family Origins Project: des conseils pour retracer les «gran fami»
Triste réalité. «Toutes les familles n’arrivent pas à retracer leurs ancêtres. Celles qui sont arrivées au début de la colonisation quand les archives n’étaient pas bien entretenues ou qu’il n’y avait pas d’archives du tout (comme pour les populations réduites en esclavage) ont le plus de difficulté. Il leur est pratiquement impossible de remonter très loin en arrière.»
Ce constat sans fard s’affiche sur la page d’accueil du Mauritian Family Origins Project. Le site, un projet de l’université de Maurice, du Centre for Research on Slavery and Indenture et du réseau international de chercheurs Slavery in Africa : A dialogue between Europe and Africa (Slafnet), a été lancé le 24 février. Mais si les recherches sont ardues, voire impossibles audelà d’un certain nombre de générations, est-ce à dire qu’il faut abandonner toute quête d’identité ?
Bien au contraire, indique ce nouvel outil qui s’adresse à tous ceux qui souhaitent établir leur arbre généalogique. Le Mauritian Family Origins Project est surtout à visée pédagogique : nous permettre d’apprendre de l’expérience des autres. L’expérience d’une douzaine de familles qui partagent non seulement l’histoire de leurs aïeux mais aussi l’historique de leurs recherches.
Vijaya Teelock historienne, membre du Centre for Research on Indenture and Slavery (CRSI), explique que ce projet est une suite des initiatives déjà entamées dans le passé. La liste des esclaves libérés en 1835, soit les registration returns, avait été compilée. «Il y avait environ 40 000 noms d’esclaves.» À partir de ce recensement, le centre Nelson Mandela pour la culture africaine a créé une base de données pour aider les familles à retracer leurs ancêtres. «Mais cela ne couvre pas toute l’histoire des familles d’origine esclave. Certaines étaient là depuis le XVIIIe siècle alors que la base de données du centre Nelson Mandela couvre seulement 1835, c’est-à-dire le XIXe siècle, au moment de l’abolition de l’esclavage.»
Les recherches généalogiques dépendent lourdement de l’accès aux documents d’archives : les actes de naissance, décès et mariage, les actes notariés. «La difficulté c’est que les documents d’archives ne sont pas accessibles», martèle l’historienne. Elle s’insurge contre une situation paradoxale : «si vous faites des recherches pour retrouver vos parents, comment saurez-vous que c’est bien eux, sans explorer les documents qui sont aux Archives nationales ?»
À titre d’exemple, elle cite le patronyme François, qui est très répandu. «Il faut passer en revue tous les François même si vous n’avez pas de lien de parenté avec tout le monde. Comment prouver avec lesquels de ces François vous êtes parenté alors que vous faites justement des recherches de parenté ?»
Cette situation «ridicule», selon l’historienne, contraste fortement avec la pratique à l’étranger affirme-t-elle. «On veut toujours imiter l’Europe. Nous, Mauriciens, pouvons consulter des archives de l’état civil qui se trouvent en France et qui concernent notre pays, mais nous ne pouvons pas avoir accès à des documents qui se trouvent à Maurice.» Ce qui explique pourquoi elle réclame que «tout document de l’état civil ayant plus de 100 ans doive être rendu accessible».
Les documents d’archives ne sont pas qu’une ressource pour la recherche généalogique. «C’est lié à la question des terres», souligne Vijaya Teelock qui était la vice-présidente de la Commission Justice et Vérité. «Comment les familles vont-elles retrouver leurs terres si elles n’ont pas accès aux documents ?» Selon elle, «depuis la fin des travaux de la Commission Justice et Vérité, l’accès aux documents est bloqué. C’est ce qui ressort des nombreuses plaintes. On ne sait pas pourquoi l’accès aux documents est bloqué, ni comment on distingue entre un authentique membre de la famille qui fait des recherches généalogiques» de quelqu’un qui aurait d’autres motivations.
*Consulter le site Mauritian Family Origins Project à l’adresse : https://origins.omeka.net/
Le ministère du Logement et des Terres recrute généalogiste
<p>Le 28 février, le ministère du Logement et des Terres a ouvert un appel à candidatures pour recruter un généalogiste. Date limite pour postuler : le mercredi 23 mars. Il s’agit d’un contrat de six mois, renouvelable.</p>
<p>Les services du spécialiste seront requis pour établir l’arbre généalogique des familles concernées dans les cas de dépossession alléguée de terres, mis à jour par la Commission Justice et Vérité. Une expérience d’au moins dix ans dans la préparation d’affidavit de notoriété – qui concerne la succession et la liste des héritiers – est exigée. De même que la capacité de déchiffrer des documents anciens d’état civil.</p>
<p>Réagissant à cet appel à candidatures, l’historienne Vijaya Teelock, qui a été vice-présidente de la Commission Justice et Vérité, souligne qu’«<em>une seule personne ne pourra pas aider autant de familles. Cela prend des années pour établir la généalogie de quelqu’un, surtout dans le cas des familles descendantes d’esclaves</em>». L’expérience a montré que «<em>parmi tous ceux qui ont voulu retracer leurs ancêtres esclaves, très peu y sont parvenus</em>». La faute à la difficulté d’accès à l'indexation de l’état civil. «<em>C’est pire pour les actes notariés.</em>»</p>
<p>Dans son rapport soumis en 2011, la Commission Justice et Vérité a recommandé la création d’un centre de généalogie national, pour aider les familles. Une ébauche du <em>Mauritius Genealogy Centre Bill</em> avait été préparée avant d’être remisée au fond d’un tiroir.</p>
<p><strong>Des cas pour inspirer tous les autres</strong></p>
<p>Douze familles ont accepté de partager des pans de leur histoire familiale sur le site du <em>Mauritian Family Origins Project</em>. C’est notamment le cas de la famille Bhundoo, qui a retracé l’ancêtre arrivé avec père et mère, à l’âge de cinq ans. Et qui à l’âge de dix ans, en 1863, a été engagé comme enfant laboureur pour cinq ans, sur la propriété de Bel Air, Savanne. Établissement sucrier où travaillait déjà son père. Les histoires de la famille Nundramdoss (qui a retrouvé plus de 50 ancêtres venus d’Inde) ou encore de la famille Kathrada (dont l’un des membres a fait une donation en 1965 pour la construction du Muslim Girls College) sont tout aussi fascinantes. Les responsables du projet espèrent ajouter d’autres témoignages au fil du temps.</p>
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